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La Une Livres

Guerres et paix chez les atomes, Sam Kean

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire, Contes

Guerres et paix chez les atomes, traduit de l’anglais (US) par Bernard Sigaud, 440 p. 10/2011. 23.00 € . Ecrivain(s): Sam Kean Edition: Jean-Claude Lattès

Le titre original est : the disappearing spoon, and others tales of madness, love and the history of the world from the periodic table of the elements.

On peut aussi bien traduire : la cuillère éclipsée, et autres contes de la folie, de l’amour et de l’histoire du monde à partir du tableau périodique des éléments.

La cuillère magique, souvent présentée dans les foires et toujours présentée dans les shows électroniques grand public, continue à surprendre. La magie, manipulation et prestidigitation, s’envisage aussi sous l’angle de l’obstacle épistémologique. Son destin traverse plusieurs phases, superposables dans le temps. Croyance, curiosité, frein au savoir et éradication de l’esprit scientifique. Mais ce n’est pas aussi simple. Et les éléments insécables (qui sont eux-mêmes devenus coupables) recèlent une poésie et une grammaire, une alchimie et un savoir, une psychologie et une sociologie, des mystères et des lumières qu’a su restituer Sam Kean dans un bel ouvrage littéraire (le peu d’illustrations pourrait souligner ce trait), ouvrage qui n’a rien à voir avec une « chimie pour les nuls ». A moins que ces pseudo-nuls troquent leur bêtise contre une candeur féconde.

Le Juif de service, Maxim Biller

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue allemande, Récits, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire

Le Juif de service, Septembre 2011. 160 p. 19 € . Ecrivain(s): Maxim Biller Edition: L'Olivier (Seuil)

Le titre de ce livre est assurément à prendre comme un manifeste. Dans ce récit – bouquet de bribes autobiographiques de l’auteur – on a le sentiment que Maxim Biller s’installe volontairement dans la position de l’écrivain-juif-qui-ressemble-aux-écrivains-juifs. L’écrivain juif de service donc !

 

Des passages qui évoquent Shalom Auslander :

« L’été 1977 je voulais m’installer dans un kibboutz, me mettre au travail à 5 heures et avoir toute ma journée libre à partir de 13 heures. (…) L’été 1980 je partis pour trois semaines dans un kibboutz mais fichai le camp au bout de trois jours parce que je ne voulais pas travailler pour rien, surtout à 5 heures du matin, et pissai par vengeance dans la haie de citronniers »


D’autres où on navigue dans l’univers de Woody Allen :

« Je suis juif parce qu’à vingt ans je racontais déjà des histoires juives, parce que la perspective de prendre froid me fait plus peur que celle d’une guerre et parce que je considère que le sexe est plus important que la littérature. »

Un sujet français, Ali Magoudi

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel, La rentrée littéraire

Un sujet français, 410 pages, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Ali Magoudi Edition: Albin Michel


« Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras », disait souvent Abdelkader Magoudi à son fils, Ali, l’auteur du livre, psychanalyste de formation. Mais le père n’a jamais raconté et il a emporté dans sa tombe les secrets de cette vie romanesque. Une vie marquée par la colonisation française, par son statut d’immigré nord-africain débarquant en France, par l’occupation allemande, par Vichy, par le nazisme, par le communisme en Pologne ou la décolonisation…

Ali Magoudi décide de se lancer dans l’enquête, car il a un fils en âge de poser des questions et qu’il veut pouvoir lui donner des réponses.

Il part de quelques documents. Il va devoir fouiller dans les archives de l’administration française. Il voyagera aussi en France, en Pologne ou en Algérie, sur les traces de son père. Le travail est long et fastidieux, il avance par sauts de puce, à peine des grains de poussière. Quand il avance…

« Je mesure la démesure des territoires mnésiques à conquérir ».

Ariel, Sylvia Plath

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 11 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Gallimard

Ariel. 113 p. Poésie / Gallimard 5 € (réédition Gallimard Du monde entier, 2006). . Ecrivain(s): Sylvia PLATH Edition: Gallimard

La mort pour mettre fin à la vie du désastre.


Sylvia Plath, Ariel, présentation et traduction de Valérie Rouzeau, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2009, 5 euros.

Ariel paraît en 1965, « deux ans après que Sylvia Plath s’était donné la mort à Londres, par l’un de hivers les plus froids qu’ait connu l’Angleterre ». Ces poèmes ont été écrits pour la plupart « entre octobre 1962 (après le départ de Ted Hughes) et février 1963 – les derniers écrit sont datés du 5 février, il s’agit des poèmes « Balloons » (« Ballons ») et « Edge » (« Extrémité »). Sylvia est morte le 11 », comme le note Valérie Rouzeau dans son avant-propos. Il faut saluer une fois encore, à l’occasion de cette réédition en poche, après que l’a fait Jean Bogdelin au sein de La Cause littéraire, sa traduction, libre et inventive autant que précise, qui permet aussi de mesurer à quel point les trouvailles poétiques de Plath ont enrichi son écriture non pas de traductrice mais de poétesse : Pas revoir bien sûr, mais surtout Quand je me deux (Le Temps qu’il fait, 2009), ou encore Va où (Le Temps qu’il fait, 2002).

La onzième heure, Isabelle Pestre

, le Lundi, 10 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

La onzième heure, septembre 2011, 192 p. 17 € . Ecrivain(s): Isabelle Pestre Edition: Belfond


Lisbeth, onze ans, est une petite fille qui souffre de l’absence de regard de ses parents. Enfant de vieux, il lui semble qu’elle existe à peine au sein de la famille ; quant aux enfants de son âge, ils ne lui prêtent d’attention que pour se moquer.


« Dans son désarroi, elle n’a songé ni à crier ni à s’enfuir. Il n’y avait plus que cela, son espoir humilié. Et la honte de ne pas trouver en elle assez de sang-froid ou de colère pour riposter » (page 22).


Et la jeune fille qu’on fait venir cet été pour la garder, dans cette maison de Charente-Maritime où elle passe toutes les grandes vacances, n’a guère plus de considération pour elle, toute accaparée qu’elle est par le grand amour qu’elle vit.

Et puis un jour, Lisbeth rencontre Micha, un jeune Albanais qui parle à peine le français. C’est le début d’une forme particulière d’amitié.