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La Barbarie, Jacques Abeille

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 10 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Science-fiction, Roman, Attila

La Barbarie, 2011, 123 pages, 15€ . Ecrivain(s): Jacques Abeille Edition: Attila

 

Dernier volet du triptyque des Contrées, faisant suite aux Jardins statuaires et aux Barbares, la Barbarie, en faisant mine d’apporter un point final et un sens, nous enseigne une autre direction, ainsi que le suggère une phrase prononcée par le narrateur au terme de son procès : « (…) on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons » (p. 109).

Revenu à Terrèbre qu’il habitait au moment de son enlèvement par les Barbares, après plusieurs années de quête en compagnie des Cavaliers, le narrateur ne retrouve ni sa place ni son rôle dans une société rigidifiée. Cléton, un bureaucrate à l’emploi mal défini, spécialiste des abysses de l’administration le reçoit au « conservatoire du livre et de l’imprimé » et lui laisse une impression étrange « (…) il était à tous égards d’une inhumaine beauté et semblait quelque dieu antique… » (p. 35). Après une série de démarches dans un dédale administratif kafkaïen, il se voit confier un poste d’assistant subalterne à l’université où il était professeur avant les « événements ». Les temps ont changé. Le narrateur a la mauvaise idée de publier un article sur le peuple des Cavalières, mi-magiciennes, mi-amazones qu’il a rencontrées dans les steppes.

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Du domaine des murmures. Parution : 2011, 201 P. 16,90 € . Ecrivain(s): Carole Martinez Edition: Gallimard

1187. Esclarmonde est une jeune femme au caractère trempé mais : « […] de mon désir, nul ne s’en souciait » et c’est là un cri du cœur ! Cette damoiselle, promise à Lothaire, a osé dire non, le jour de son mariage ! Même l’archevêque s’en mêle et parle de miracle lorsqu’un agneau apparaît lors de la cérémonie. Esclarmonde se tranche l’oreille et, grâce à cette « apparition », elle devient la nouvelle « Agnès ». Son père ne peut aller contre son vœu et en habile architecte mais la peine au cœur, il va faire ériger une chapelle en pierre, dans le domaine des Murmures, obéissant ainsi à la volonté de Dieu ainsi qu’à celle de sa fille :

« Si Dieu lui réclamait sa seule fille vivante, c’était sans doute pour le punir de l’avoir trop aimée, trop bien gardée, trop regardée. Cette tendresse qu’il avait eue pour son enfant avait paru coupable ». L’histoire démarre par une haine sibylline et double de la part du père.

Esclarmonde a-t-elle fait le bon choix dans sa vie quand elle dit : « J’ai creusé ma foi pour m’évader et cette évasion passe par le reclusoir. N’est-ce pas étonnant ? » Elle s’aventure effectivement sur une voie dangereuse : « […] Entre le sommet et l’abîme, il n’y a qu’un pas et la chute menace ceux qui tentent de grimper, trop vite, trop haut. La chute ou le gibet » !

Monsieur le commandant, Romain Slocombe

, le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, La rentrée littéraire, Nil

Monsieur le Commandant, Nil août 2011, 260 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Nil

 

1942 – écrivain, académicien, Paul-Jean Husson est pétainiste ardent, collaborateur enthousiaste, antisémite actif et convaincu. Il est aussi, évidemment, catholique pratiquant, puis adultère et incestueux. En effet, il tombe amoureux de sa belle fille, juive, dont il s’emploiera un temps à faire oublier l’origine, qu’il engrossera et, pour dissimuler un tel forfait, qu’il dénoncera aux autorités allemandes, avec lesquelles il est du dernier bien, leur demandant de l’envoyer, discrètement et avec ménagement, dans un camp de concentration.

Soit, donc, le salopard supérieur, un si parfait salopard qu’il confine à la caricature. De même que ses actes qui, à force, confinent au Grand-Guignol, le Grand-Guignol n’étant pas qu’ensanglantement, mais désignant aussi un excès, qu’il soit tragique, dramatique, psychologique.

Lors, quels sont les desseins de Romain Slocombe ? De dénoncer une sombre période de l’Histoire et de non moins sombres comportements ? Mais on sait. Qui ne sait ? On le ressasse et nous le rappelle lancinemment. De dessiner les contours du Mal ? Là, aucun risque. C’était gagné d’avance – et tautologique, comme d’analyser le mal dans le Diable.

Tropiques, Clément Rosset

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Les éditions de Minuit

Tropiques, Cinq conférences mexicaines. Ed. De Minuit. 2010. 92 p. . Ecrivain(s): Clément Rosset Edition: Les éditions de Minuit

 

Clément Rosset est des plus importants philosophes actuels. Actuel parcequ'inactuel, intempestif et internel. Deleuze l'a salué comme tel. Rosset lui a rendu un hommage aussi important que celui de Foucault dans un numéro de l'Arc : Sècheresse de Deleuze. Rosset ne lui a pourtant jamais fait de courbettes. Il l'a çà et là critiqué et complété. Mais Rosset n'est pas seulement un grand philosophe. Il a brisé le mur de Berlin que certains ont érigé entre la philosophie et la littérature. D'abord en nourrissant sa philosophie de ce qui n'est pas elle (clin d'oeil à Canguilhem), il alimente sa pensée au lait d'écrivains au statut certes par forcément Lagarde et Michard : Marivaux et Gracian, Lowry et Rousseau, pour ne citer qu'eux. Ensuite, en offrant aux lecteurs une œuvre d'écrivain très accessible et très français, il s'inscrit définitivement dans la grande et belle lignée des écrivains philosophes au langage par forcément « philosophique » : Voltaire et les moralistes, les encyclopédistes, Jules Lagneau, Alain, Bergson...

Un Michel Polac ne s'y est pas trompé qui a collaboré avec Clément Rosset.

Père et fils, Larry Brown

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 06 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Père et fils (Father and son) Traduction de l’américain par Pierre Furlan Gallimard, 1996, 376 p. – Repris en Folio, n°3608, 2002, 436 p. . Ecrivain(s): Larry Brown Edition: Folio (Gallimard)

 

Le roman noir n’est jamais aussi bon que lorsqu’il vire en tragédie.

Même si ce livre évoque aussi, par son titre, la littérature russe, en reprenant celui de l’une des œuvres phares de Tourgueniev, l’histoire est très américaine et plonge dans le Sud cher à Faulkner. Ce Sud populaire et sale, de petits Blancs, au cœur d’une végétation luxuriante, battu par vents et tempêtes, où l’alcool coule à flots et le crime est toujours (trop) facile. Un décor idéal pour laisser le bien et le mal s’affronter.

Le mal, c’est Glen Davis qui sort de prison. Il y a passé trois ans pour avoir renversé un enfant au volant de sa voiture, alors qu’il conduisait en état d’ébriété. Il revient au pays, retrouve son père, Virgil, et son frère, Puppy. Mais ces années de prison ne l’ont pas calmé, bien au contraire.

Sa mère est morte pendant sa détention, mais personne n’ose révéler à Glen dans quelles circonstances de peur de se frotter à sa colère.