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Vers la mer, Anne-Sophie Stefanini

, le Mercredi, 05 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Vers la mer, août 2011, 235 p. 17 € . Ecrivain(s): Anne-Sophie Stefanini Edition: Jean-Claude Lattès

A la veille de son premier voyage de femme, Laure, tout juste majeure, retrouve à Paris sa mère. C’est ensemble qu’elles feront le début du chemin, à Nice que leurs routes se sépareront. C’est ce qui est prévu, mais la vie enseigne que le meilleur moyen de faire surgir l’inattendu est de planifier les choses.

La route sera donc jalonnée d’incidents et de rencontres, parmi lesquelles – les plus importantes d’entre toutes – celle d’une mère avec sa fille, celle d’une fille avec sa mère, et celle d’une mémoire familiale.

« Catherine avait un passeport qu’elle n’avait pas acheté sur un marché de Constantine. Elle avait hérité d’une nationalité orgueilleuse qui pouvait aller partout et prétendait tout voir, tout connaître, tout dominer. Elle possédait de l’argent invisible, sur un compte sécurisé, disponible dans toutes les villes du monde, toutes celles où Slimène était allé en dissimulant les billets de plusieurs devises dans ses chaussettes. Laure, quoi qu’elle fasse, serait bientôt comme elle, une femme établie, qui voyagerait sans crainte, un billet dans sa poche. Mais si elle rencontrait Slimène sur ce banc, elle serait séduite et voudrait lui ressembler comme elle croyait pouvoir revivre l’excitation et l’éblouissement des exploratrices d’un autre siècle » (page 154).

Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 02 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Iles britanniques, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Les fantômes de Belfast, (The ghosts of Belfast). Trad. De l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau. 410 p. 22€. Août 2011 . Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/Thriller

 

Il est difficile de composer univers et roman plus noirs que ce livre. La mort, les morts en sont les figures dominantes et ordonnent (au sens littéral du terme, donnent ordre) l’existence et l’action du héros, dans un Belfast « en paix », sauf dans la tête dévastée de l’un de ses tristes anciens héros.

Gerry Fegan fut un tueur de l’IRA dans les années terribles qui ensanglantèrent l’Irlande du Nord et y installèrent une terreur meurtrière pendant des décennies. Pas n’importe quel tueur : une des plus efficaces machines à exécuter les « contrats » de l’organisation. Sang-froid, précision, absence absolue d’états d’âme, une pépite létale pour les chefs de l’IRA.

Aujourd’hui, après les années de prison qui ont suivi la paix de 1998, Gerry est dépressif, ivrogne et surtout hanté par le passé. Ici encore hanté doit être pris au sens le plus fort : il vit entouré, suivi, en permanence par les fantômes de ses victimes de naguère. Policiers, membres de l’UFF (unionistes anti-catholiques), mais aussi victimes par hasard, fauchées par des bombes aveugles ou des contrats bidons. Hanté par cette mère et son bébé déchiquetés par la bombe posée dans une boucherie (effroyable ironie).

La Lanterne d'Aristote, Thierry Laget

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 02 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La Lanterne d’Aristote, 321 pages, 19 €. . Ecrivain(s): Thierry Laget Edition: Gallimard

« Je croyais m’être introduit dans un roman : j’en ai vu un, ouvert sur un lutrin. »

Ainsi, le narrateur de La Lanterne d’Aristote pénètre-t-il pour la première fois dans la bibliothèque dont il est chargé de dresser l’inventaire ; et avec lui, le lecteur entre dans une œuvre où les livres abondent et chantent en chœur, où le rêve le dispute à une réalité plus amère mais tenue à distance, où le livre commence à s’écrire à mesure que se fait l’exploration des ouvrages anciens.

Le cadre serait idéal pour un roman gothique et assurément l’auteur doit en être amateur : un château et ses souterrains, une tour soi-disant inhabitée mais souvent éclairée, une comtesse froide au nom précieux, Azélie, des domestiques au passé douteux, des morts inexpliquées, et bien sûr des livres, des livres encore et encore. Sur ce décor, se joue une pièce aux accents de vaudeville de campagne puisque notre héros bibliophile tombe amoureux des différentes personnes qu’il rencontre dans les environs : la comtesse, une jeune historienne de l’art, une marchande des quatre saisons, une veuve mystérieuse, une bibliothécaire sexy – et oui. Mais l’amour s’échappe et finalement le salut demeure dans les manuscrits et les vieilles pierres.

Deux enfants, Pierre Vavasseur

, le Vendredi, 30 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Editions du Moteur

Deux enfants, Editions du Moteur, septembre 2011, 42 pages, 9,50 euros . Ecrivain(s): Pierre Vavasseur Edition: Editions du Moteur

On ne met pas longtemps à comprendre qui sont les deux enfants. François et son papa forment un tandem improbable, tendre et extrêmement touchant, lorsque la mère qui gérait le foyer avec autorité s’en va retrouver un autre homme. A moins que, finalement, il ne s’agisse des deux parents, bien moins adultes que leur fils ?

Car le petit François prend la situation en main, avec l’instinct qui pousse l’être humain, même jeune, à combler le manque lorsqu’il prend conscience de celui-ci.

« Nous avons repris le cap. La gare est au bout de la rue. Le restaurant sur la droite. Il s’appelle Le Terminus. La dernière fois qu’il a mangé ailleurs, c’était pour son mariage. Quant à moi, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas comment on fait pour manger au restaurant. J’ai que dix ans » (p.16).

L’écriture de Pierre Vavasseur, simple et émouvante, regorge d’images. En quelques lignes, on est propulsé plusieurs décennies en arrière, dans une époque, un décor, un mode de vie dépeints avec une grande justesse. Les dialogues sont une merveille, comme si l’économie de mots aussi était nécessaire lorsqu’on est dans le besoin.

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 29 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

La chambre à remonter le temps. 380 pages, 22 €. Septembre 2011 . Ecrivain(s): Benjamin Berton Edition: Gallimard

En voilà un livre étrange qui mêle avec brio hyper réalisme et science-fiction.

Le narrateur, Benjamin Berton lui-même, (d’ailleurs, le bandeau du livre indique qu’il s’agit d’une « histoire vraie ») s’installe avec sa femme, Céline, et sa fille, Ana, dans une nouvelle maison au Mans. Tout commence sous les meilleurs auspices. La vie prend le tour d’un rêve.

Mais le rêve devient peu à peu bien morne, cède la place à l’ennui. Chaque jour semble le jumeau du précédent, rien ne se passe, tout est tout le temps pareil. Le boulot. Les transports. Les semaines passent en attendant les week-ends.

Il y a bien les voisins qui sortent quelque cette vie de la torpeur. Benjamin se retrouve à former une sorte de milice, loin de toutes ses convictions, pour faire des rondes la nuit et alpaguer d’éventuels délinquants, comme un taggueur qui parsème quelques murs de ses signatures colorées. Mais Le Mans n’est pas exactement le Bronx…

Et pendant ce temps là, ses rapports avec Céline se détériorent.