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Printemps, Mons Kallentoft

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Pays nordiques, Le Serpent à plumes, La rentrée littéraire

Printemps, traduit du suédois par Frédéric Fourreau, 2011, 549 pages, 24€. . Ecrivain(s): Mons Kallentoft Edition: Le Serpent à plumes

Encore un polar suédois, me direz-vous ! Et oui, encore un et nous irons même jusqu’à vous présenter la quatrième aventure d’un de ces incontournables inspecteurs venus du froid. Après Hiver, Eté et Automne, Mons Kallentoft poursuit sa méthodique variation sur les saisons et aboutit à un Printemps où les désirs se réveillent avec violence, où les espoirs de renouveau se heurtent au passé, prégnant et tourmenté.

En ce matin de mai 2010, les habitants de Linköping savourent l’insouciance et les rayons du soleil retrouvés. Sur la place principale, les terrasses sont remplies et une mère et ses deux fillettes dévorent un sandwich. Le vide se fait, un grand souffle emporte cette vision idyllique, ne laissant plus que des amas de chair, des débris et un sentiment d’hébétude. Puis viennent l’affolement, les cris, la douleur. Une bombe vient de pulvériser une banque et toutes les certitudes.

La police enquête sur les inévitables réseaux terroristes de tous poils, barbus ou chevelus, défenseurs de la foi ou de la sainte nature. Sans aucun résultat probant. Ici intervient notre héroïne, Malin Fors, mère plutôt indigne, en proie à ses démons, tentant de ne pas replonger dans l’alcool. Un flic femme qui ne fait pas dans la dentelle et qui a des intuitions peu avouables dans un univers de déductions et de preuves tangibles.

Skoda, Olivier Sillig

, le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Buchet-Chastel

Skoda, août 2011. 110 p. 11€ . Ecrivain(s): Olivier Sillig Edition: Buchet-Chastel

Le sujet est dur. Les éléments extérieurs ne sont que violence, dureté, aridité. La guerre, les armes, les viols, la mort. Même la terre est desséchée, le paysage dévasté. Parce qu’il trouve le bébé, et pour lui, Stjepan, le jeune héros âgé de tout juste vingt ans, choisit la vie – il ne sait pas encore à quel prix. L’enfant, prénommé Skoda comme la voiture dans laquelle il a été trouvé, devient le centre de gravité de l’existence de Stjepan. « Ce n’est pas le temps qui crée les liens, ce sont les événements » (page 86).

L’écriture d’Olivier Sillig, parfaitement maitrisée, est à la fois froide comme les soldats, incisive comme les kalachnikovs, neutre comme le décor et tendre comme le lien qui se tisse très vite entre le jeune homme et le bébé.

S’il n’est fait aucune mention de lieu ni de date, c’est pour mieux dire que l’horreur de ce qui se passe dans les pages de Skoda pourrait se dérouler partout, et n’importe quand. Et si la mort y est omniprésente, la vie et la chaleur humaine, même éphémères, y tiennent une place telle qu’elles pansent les plaies avec douceur. « Les cigales, on les entend tout le temps mais c’est rare qu’on les croise. On les côtoie sans les connaître, comme beaucoup de gens ou de groupes de gens, même proches » (pages 10-11).

L'homme qui marchait sur la lune, Howard McCord

Ecrit par Pascal Vallet , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Gallmeister

L’homme qui marchait sur la lune, Howard McCord, Coll. Totem, 2008 et 2011, Trad. De l’américain par Jacques Mailhos, 136 p. . Ecrivain(s): Howard McCord Edition: Gallmeister

Le premier mot du roman est « je », le dernier est « lumière », c’est tout dire. Ce livre est une visée, une ligne, une ligne de fuite tendue, linéaire, droite, celle de la course d’une balle, des balles, d’un tueur, l’auteur, le héros et qui s’achève éblouissante. C’est une ligne courbe aussi, ondulante, onduleuse, hier celle de la fuite dans les montagnes enneigées de la Corée en guerre, sur les vagues, aujourd’hui celle de la marche sur la montagne de la Lune, dans les rochers. Toujours menée par le « je » suceur de cartouches de cuivre, nous épousons les circonvolutions de la ligne lorsqu’elle est arabesque, marche, le souffle lorsqu’elle est course de fond, nu, attente puis tir, coup, car tout finit par une explosion, un écrasement, un arrêt, une mort, des morts.

Soyons plus clairs. L’argument est simple et court. William Gasper, un ancien militaire, cinquante ans, gaucher, frugal, « mangeant ce qu’il mange », barbu, solitaire, tueur à la retraite, marcheur aux ancêtres ordinaires mais un peu celtes, gallois, un container pour logis mais sans souci d’argent, passe son temps sur la montagne de la Lune qu’il parcourt en tous sens. Le passé le rattrape. Des tueurs le cherchent. Le trouvent. Il les trouve aussi et ça finit mal, très mal.

Au pays des mensonges, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Actes Sud, La rentrée littéraire, Contes, Israël

Au pays des mensonges, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, septembre 2011, 205 pages, 20 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: Actes Sud

 

Ecrit au scalpel – pas pour tuer, pour mettre à nu – ou à l’acide – pas pour blesser, pour révéler, avec une vraie force de réflexion : cela oblige à faire retour sur soi-même. De petits contes, quelque chose dit en passant mais qui accroche, qui fouille sans délimiter, un petit trou creusé qui agace, dans lequel Etgar Keret jette innocemment un mot, comme un germe « Le silence me met mal à l’aise. Si nous étions plus proches, je pourrais peut-être me taire avec lui » (p.162). On en fera ce qu’on voudra, on y trouvera ce qu’on voudra ou pourra y trouver, mais cela ne laisse pas tranquille, E. Keret y veille, regardant par-dessus l’épaule après s’être détourné de chaque nouvelle.

Des personnages qui au sens propre « se fendent » d’une histoire, d’autres empilés comme des poupées russes, des personnages aussi transformistes, malléables, profondément réceptifs à l’immédiateté et à l’absurde de la situation, des personnages qui en fait ne savent rien de la vie qu’ils vivent. A tout moment, tout peut arriver, la vie est un état d’urgence où tout peut interférer, côtoiement d’états compressés, cryptés puis/ou mis à plat. Comme ce personnage dont les poches sont pleines d’objets réunis « par réflexion et préméditation » (p.101) pour parer à toute éventualité, ne pas se laisser prendre au dépourvu par la vie, la mort, le destin.

Drood, Dan Simmons

, le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Robert Laffont, La rentrée littéraire

Drood (traduit de l’anglais par Odile Demange), 876 p., 23,50 euros. (25/08/11) . Ecrivain(s): Dan Simmons Edition: Robert Laffont

S’il est policier comme vaguement fantastique, Drood est également, et surtout, un roman intertextuel, dont les œuvres de William Wilkie Collins, ici narrateur, et Charles Dickens, lesquels furent collaborateurs, amis et rivaux, constituent en s’entremêlant la matière première.

Où, donc, les références abondent autant qu’elles trament l’intrigue : certes d’abord le fameux roman inachevé de Charles Dickens, Le mystère d’Edwin Drood, puis tout un corpus victorien, de Thomas de Quincey à Sheridan Le Fanu.

Où la mise en abîme est féconde, avec un roman, voire plusieurs, dans un autre ; avec aussi quelque chose d’un palimpseste où l’intrigue donne l’impression d’en dissimuler une autre, sous forme d’énigme éventuellement (évoquons Le Quinconce de Charles Palisser qui, de même, à partir du fond  dickensien, pose un mystère).

C’est aussi un pastiche, mais ni servile ni parasite, des romans à suspens, et jusque dans le style, de William Wilkie Collins. Et plus qu’un pastiche puisque on se demande parfois, tant la maîtrise en est impeccable, tant c’est essentialisé, qui imite qui, et si ce n’est pas Wilkie Collins qui aurait imité Dan Simmons. Autrement dit, par conséquent, une sorte d’artificialisme où la copie précèderait l’original, ou encore, et convoquons Oscar Wilde, se serait la nature qui imiterait l’art.