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Le deuxième avion, 11 septembre 2001-2007, Martin Amis

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 27 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Gallimard

Le deuxième avion, 11 septembre : 2001-2007 (The second Plane, 2008, 272 p. 21 € Trad. de l’anglais par Bernard Hoepffner . Ecrivain(s): Martin Amis Edition: Gallimard

Martin Amis est une grande gueule qui ose écrire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, avec un certain goût pour la provocation. Mais aussi une profonde lucidité et un sens de la formule qui fait mouche.

En plus d’être l’un des tous meilleurs romanciers contemporains, auteur de quelques œuvres majeures comme London Fields, La Flèche du temps, La maison des rencontres ou L’information, Martin Amis est un essayiste brillant et pertinent. On se souvient de sa biographie de Staline, Koba la terreur, ou de son recueil Guerre au cliché.

Avec Le deuxième avion, il se penche sur les attentats du 11 septembre et ses conséquences. Le livre est composé de douze essais et critiques de livres et de deux nouvelles, rédigés entre 2001 et 2007.

« Il fallait que le 11 septembre advienne, je ne suis absolument pas désolé qu’il soit advenu de mon vivant. Ce jour-là et ce qui en a découlé : un récit de malheur et de souffrance, mais aussi de fascination désespérée. »

Le silence de ma mère, Antoine Silber

, le Samedi, 26 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Denoël

Le silence de ma mère, janvier 2011, 136 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Antoine Silber Edition: Denoël

Une enfance de l’après-guerre, une mère taiseuse, un petit garçon qui ne sait comment composer avec ce silence et qui, devenu homme, ayant perdu sa mère, revient sur cette époque forcément fondatrice.

Dans ce récit bizarrement sous-titré roman (quoi qu’on commence à s’habituer à ce que la catégorie roman accueille toutes sortes de textes), toute la difficulté du sujet apparaît d’emblée : comment intéresser autrui avec une histoire personnelle ? La distance est-elle la clé ? Mais comment avoir de la distance ?


« En commençant ce livre, je pensais utiliser le pronom “il” pour évoquer ce petit garçon qui est moi, mais il y a si longtemps qu’il n’est presque plus moi, si peu moi vraiment. J’essayais de mettre de la distance, mais ce “il” me paraissait de plus en plus artificiel, j’avais l’impression de tricher. […] Je ne voulais pas, je ne veux pas, “écrire”. Juste raconter, presque comme ça vient. Dire les choses. Remonter le plus loin possible en arrière, reprendre tout depuis le début » (page 25).

Lonesome Dove, Larry McMurtry

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 24 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Gallmeister

Lonesome Dove (1986), Tome 1, 576 p. Gallmeister 2011, 11 €, Tome 2 624 p. 11 € . Ecrivain(s): Larry McMurtry Edition: Gallmeister

La petite cité de Lonesome Dove, écrasée sous un soleil de plomb, somnole au sud du Texas. Le pays est plus ou moins sûr, débarrassé des indiens et des bons bandits. Les hommes hormis le travail, de creuser un puits ou de dresser des chevaux, n'ont d'autres occupations que d'aller boire, jouer aux cartes au saloon ou tirer un coup avec la putain locale. 

En 1880, les capitaines, des anciens Texas rangers, Call et Augustus McCrae dirigent leur ranch, la Hat Creek Cattle Company. Aujourd'hui des héros sur la pente déclinante.

Call, au tempérament solitaire, est le symbole du travailleur intempestif qui s'épanouit à tout contrôler. Augustus, dixit Gus, à la voix forte, rechigne à la tâche, ne se préoccupe guère de l'argent et aime dispenser aux autres le fruit de ses réflexions.

Cela fait plus de dix ans déjà que ces deux là se traînent dans ce trou perdu quand Jack, un ancien compagnon de combats réapparait dans leurs existences. Jack lance une idée en l'air, comme on le ferait d'un sombrero poussiéreux, mais pas assez haut pour que Call ne le saisisse au vol. Il y a dans le Montana, tout au nord, des opportunités incroyables: le territoire va bientôt être "civilisé" et les premiers à s'installer s'enrichiront.

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Yassin Temlali

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Maghreb, Barzakh (Alger)

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, 2011. 233 p. 11 € . Ecrivain(s): Yassin Temlali Edition: Barzakh (Alger)

Les tragédies élucidées à la lumière de l'esthétique


« Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres », du journaliste algérien Yassin Temlali, est un voyage à travers la création artistique contemporaine marquée par les bouleversements politiques du pays. Il n'est pas étonnant que Yassin Temlali interroge le drame de la guerre civile à travers le sensible, lui le passionné des arts, dont la jeunesse fut secouée par l'Histoire, avec la révolte nationale d'Octobre 1988 - qui consacra le multipartisme avec ses centaines de morts - suivie du terrorisme à partir de 1992.

L'ouvrage rassemble des articles de l'auteur, publiés pour la majorité sur Babelmed, dont le fil conducteur est la décennie noire (1990-2000), l'avènement du terrorisme faisant resurgir une autre période bouleversante de l'Algérie, la guerre de libération nationale. Une partie des chroniques est consacrée à des entretiens avec des créateurs ou des analystes. Le journaliste donne ici la parole à d'éminents historiens, tels Deho Djerbel, René Gallissot ou Mohammed Harbi, afin de questionner le présent à travers les blessures du passé, mais aussi à des écrivains et cinéastes pour mieux connaître leur approche esthétique.

Le pont international, Silvia Baron Supervielle

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Roman, Gallimard

Le pont international, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Silvia Baron Supervielle Edition: Gallimard


Quelque chose échappe. Comme dans l'œuvre poétique de Silvia Baron Supervielle un infime déplacement ouvre des horizons, champs insoupçonnés de l'improbable, glissant de perspective en perspective. Ainsi Amalia : "Dans la chaleur du sable, elle ne bouge pas, comme entraînée intérieurement vers le ciel". (p.27)

Un vieux monsieur, Antonio Haedo, a des souvenirs qui lui viennent de l'âme plus que de la tête et du cœur. Assis dans un fauteuil devant la fenêtre, il marche dans son souvenir. A sa mémoire personnelle fait écho une mémoire imaginative, celle des livres dont il arrange et poursuit différemment la vie des personnages : "Antonio a également l'impression d'avoir été imaginé par son cousin -écrivain-, comme il soupçonne son cousin d'incarner le héros d'un livre". (p.29).

Le point de départ est Fray Bentos, petit village entre deux pays, l'Uruguay et l'Argentine, reliés par ce pont international qui donne son titre au livre : "(…) une nuit elle franchira le pont pour oublier enfin". (p.57) Les personnages s'enchantent de l'autre côté. Rien n'y est pareil, une autre vie peut commencer.