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Barroco tropical, José Eduardo Agualusa

Ecrit par Pierre Barbier , le Mardi, 27 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue portugaise, Métailié, La rentrée littéraire

Barroco tropical, traduit du portugais (Angola) par Geneviève Leibrich, 276 pages, 19 € . Ecrivain(s): José Eduardo Agualusa Edition: Métailié


Du baroque, Agualusa semble retenir au moins le « maniérisme », c’est à dire l’usage exacerbé d’artifices. Barroco tropical est un vrai feu d’artifices. On ne sait plus où donner de la tête et des yeux tant la désorientation (organisée) fait littéralement imploser le lecteur.

Serait-ce une des singularités des Tropiques ? L’auteur nous la fait partager en tout cas. Et ce Tropique, baroque, n’est pas triste.

Imaginez, une femme tombe du ciel (ça n’arrive pas tous les jours), votre maitresse vous quitte (ça arrive plus souvent, surtout quand il s’agit d’une maitresse), et, du coup (tropisme du pli et du dépli ?) le narrateur décide (ou ne décide pas, c’est sans doute un destin) de chercher, quêter, enquêter…

Dès lors les phénomènes deviennent phénoménaux – sans blague.

Et les personnages, bien campés et concrets, défilent et déferlent dans des tableaux d’une exposition littéralement explosive.

Sunset Park, Paul Auster

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 25 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Sunset Park, septembre 2011, 320 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

Il paraît bien loin le temps des livres majeurs. De ces œuvres qui marquent durablement, comme Paul Auster en a publié entre la fin des années 80 et le début des années 90. Un âge d’or, une période de grâce, avec des livres comme Cité de verre, La Chambre dérobée, Leviathan ou La Musique du hasard. Et puis, il y a ensuite comme une cassure, qu’on pourrait dater de l’époque de Smoke, le film (d’ailleurs fort charmant et habile) dont Paul Auster signa le scénario pour Wayne Wang. Est-ce que le cinéma a dynamité la verve créatrice de l’écrivain new-yorkais ? Car après cette première incursion avec lendemain, Paul Auster ne nous livra plus d’œuvres aussi mémorables. Il baissa d’un cran. Il alterna les ouvrages de bonne facture, mais qui n’atteignirent pas des sommets (La Nuit de l’oracle, Le livre des illusions), avec d’autres moyens, voire franchement médiocres (Tombouctou, Seul dans le noir).

Et Sunset Park, dans quelle catégorie est-il à ranger ?

Ça commence bien, même très bien, comme du bon Paul Auster. Le livre raconte l’histoire d’un homme, Miles Heller qui, rongé par la culpabilité après avoir provoqué la mort de son demi-frère, Bobby, a tout claqué. Il a abandonné ses études, quitté le domicile new-yorkais parental pour errer de petits boulots en petits boulots. Sept ans plus tard, il se retrouve à Miami, en Floride, à vider les maisons  abandonnées en hâte par leurs habitants victimes de la crise des subprimes.

Tom Waits, une biographie, Barney Hoskyns

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 25 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Biographie, La rentrée littéraire, Payot Rivages

Tom Waits, une biographie. Traduit de l'anglais (USA) par Corinne Julve.Septembre 2011. 450p. 23€ . Ecrivain(s): Barney Hoskyns Edition: Payot Rivages


Small Change got rained on with his own thirty-eight,

And nobody flinched down by the arcade

And the marquees weren't weeping, they went stark-raving mad,

And the cabbies were the only ones that really had it made

And his cold trousers were twisted,

And the sirens high and shrill,

And crumpled in his fist was a five-dollar bill


(…)


Printemps, Mons Kallentoft

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Pays nordiques, Le Serpent à plumes, La rentrée littéraire

Printemps, traduit du suédois par Frédéric Fourreau, 2011, 549 pages, 24€. . Ecrivain(s): Mons Kallentoft Edition: Le Serpent à plumes

Encore un polar suédois, me direz-vous ! Et oui, encore un et nous irons même jusqu’à vous présenter la quatrième aventure d’un de ces incontournables inspecteurs venus du froid. Après Hiver, Eté et Automne, Mons Kallentoft poursuit sa méthodique variation sur les saisons et aboutit à un Printemps où les désirs se réveillent avec violence, où les espoirs de renouveau se heurtent au passé, prégnant et tourmenté.

En ce matin de mai 2010, les habitants de Linköping savourent l’insouciance et les rayons du soleil retrouvés. Sur la place principale, les terrasses sont remplies et une mère et ses deux fillettes dévorent un sandwich. Le vide se fait, un grand souffle emporte cette vision idyllique, ne laissant plus que des amas de chair, des débris et un sentiment d’hébétude. Puis viennent l’affolement, les cris, la douleur. Une bombe vient de pulvériser une banque et toutes les certitudes.

La police enquête sur les inévitables réseaux terroristes de tous poils, barbus ou chevelus, défenseurs de la foi ou de la sainte nature. Sans aucun résultat probant. Ici intervient notre héroïne, Malin Fors, mère plutôt indigne, en proie à ses démons, tentant de ne pas replonger dans l’alcool. Un flic femme qui ne fait pas dans la dentelle et qui a des intuitions peu avouables dans un univers de déductions et de preuves tangibles.

Skoda, Olivier Sillig

, le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Buchet-Chastel

Skoda, août 2011. 110 p. 11€ . Ecrivain(s): Olivier Sillig Edition: Buchet-Chastel

Le sujet est dur. Les éléments extérieurs ne sont que violence, dureté, aridité. La guerre, les armes, les viols, la mort. Même la terre est desséchée, le paysage dévasté. Parce qu’il trouve le bébé, et pour lui, Stjepan, le jeune héros âgé de tout juste vingt ans, choisit la vie – il ne sait pas encore à quel prix. L’enfant, prénommé Skoda comme la voiture dans laquelle il a été trouvé, devient le centre de gravité de l’existence de Stjepan. « Ce n’est pas le temps qui crée les liens, ce sont les événements » (page 86).

L’écriture d’Olivier Sillig, parfaitement maitrisée, est à la fois froide comme les soldats, incisive comme les kalachnikovs, neutre comme le décor et tendre comme le lien qui se tisse très vite entre le jeune homme et le bébé.

S’il n’est fait aucune mention de lieu ni de date, c’est pour mieux dire que l’horreur de ce qui se passe dans les pages de Skoda pourrait se dérouler partout, et n’importe quand. Et si la mort y est omniprésente, la vie et la chaleur humaine, même éphémères, y tiennent une place telle qu’elles pansent les plaies avec douceur. « Les cigales, on les entend tout le temps mais c’est rare qu’on les croise. On les côtoie sans les connaître, comme beaucoup de gens ou de groupes de gens, même proches » (pages 10-11).