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Noces de verre, Philippe Routier

Ecrit par Paul Martell , le Dimanche, 15 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Stock

Noces de verre, janvier 2012, 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Philippe Routier Edition: Stock

La banalité du mal.

La formule d’Hanna Arendt pourrait s’appliquer au livre de Philippe Routier, Noces de verre, qui nous propose un voyage très éprouvant pour les nerfs.

Le père de Khadija, Tareq, est épicier à Puteaux. Après la mort de sa femme, il décide de retourner au pays, à Essaouira au Maroc. Khadija a 19 ans, elle travaille dans un magasin Relay et, pour elle, ce départ est le début d’une « cruelle solitude » qui durera de longs mois. Solitude que semble briser, un an plus tard, sa rencontre avec Virgile dans une laverie automatique.

Virgile suit des études pour devenir prothésiste dentaire et il est passionné de tuning. Ce n’est pas exactement le coup de foudre entre les deux gens, mais ils vont être amenés à se fréquenter et à se plaire l’un l’autre.


« Khadija voyait en son compagnon un garçon un peu fruste au charme puissant, plein de tonus, qui aimait potasser ses cours et qui saurait se bâtir un solide avenir. Elle avait besoin de s’appuyer sur un jeune homme de cette trempe pour entamer une nouvelle vie. Cette nécessité affaiblissait son discernement et lui ôtait toute méfiance. »

Pour une vie plus douce, Philippe Routier

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 14 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, J'ai lu (Flammarion)

Pour une vie plus douce, 6,10 € . Ecrivain(s): Philippe Routier Edition: J'ai lu (Flammarion)

Sorti en 2009, le livre de Philippe Routier trouve une résonnance particulière, aujourd’hui, en pleine crise économique sous fond de dettes d’Etats. Son sujet principal, le surendettement, n’est pas sans rappeler l’ouvrage d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne. Mais à la différence de ce dernier qui avait une approche quasiment documentaire des choses, en se plaçant du côté des juges chargés de traiter ce type de cas, donc avec une certaine distance, Philippe Routier se met du côté des endettés, les suit dans leur quotidien, et donne une véritable incarnation au sujet.

Au début du livre, le père du narrateur sort de prison après y avoir passé sept ans. On apprendra plus tard que c’est parce qu’il a cherché à tuer son fils. Mais celui-ci lui a pardonné. Il attend même son père à sa sortie de prison, non pas pour régler des comptes, mais pour l’aider à reconstruire sa vie et à repartir de l’avant. « J’ai la certitude que mon père m’a toujours profondément chéri, même si, plus tard, son acte effarant […] en ferait douter un jury d’assises ».

Dès lors, Philippe Routier va s’attacher à remonter aux causes de cet emprisonnent. « Ecorché vif, mon père ne le fut jamais qu’aux coudes, pour avoir rampé vers une place au soleil qui ne cessait de reculer devant lui ». Pour se faire cette « place au soleil », le père achète, achète encore, achète toujours.

Thomas Quelque Chose, Frédéric Chevaux

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Samedi, 14 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Critiques, Roman, Jeunesse, L'école des loisirs

Thomas Quelque Chose ; Ecole des loisirs ; septembre 2011 ; 87 p. 8€ . Ecrivain(s): Frédéric Chevaux Edition: L'école des loisirs

Thomas a dix ans, il aime ce qu’on lui dit d’aimer, fait ce qu’il faut faire, est poli, ponctuel, incolore en somme. Il a son meilleur ami Grégoire qui inverse les « m » et les « p » quand il est anxieux, son jeu de fléchettes, ses encyclopédies de géographie et son livre fétiche : L’abordage de Monsieur Belles. Sa spécialité ? Voler les craies pour dessiner sur le goudron ses rêves d’envol, de départ vers un endroit où il aurait de la consistance. Thomas est persuadé qu’il n’existe pas : son père travaille tout le temps, sa mère est perdue dans le labyrinthe brumeux de sa tête, à la poursuite d’un grand frère disparu, parti travailler loin, pour fuir la poix et le goudron domestiques.

D’ailleurs Thomas surnomme sa mère « la courgette » ou « le tube de dentifrice », son état du samedi, lorsque son esprit est opacifié par l’absorption de trop nombreux antidépresseurs.

Un soir, à la suite d’une conversation décousue à propos de Dédale, du Minotaure et de Pasiphaé, ses parents dérapent et lui révèlent que lui aussi, comme l’être hybride né de cette union contre-nature est un accident : « Mais toi, tu n’es pas un monstre, on ne te cache pas. ». Oui, mais on ne t’aime pas non plus, semble sous-entendre le dialogue absurde de la famille réunie dans la cuisine.

Un homme jetable, Aude Walker

, le Vendredi, 13 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions du Moteur

Un homme jetable, Editions du Moteur, 5 janvier 2012, 96 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Aude Walker Edition: Editions du Moteur

Jules a vingt ans, le diable au corps et une envie pressante de quitter le nid où sa mère change d’homme comme de robe. Il veut trouver un boulot, n’importe quoi qui l’emmène loin et lui fasse gagner un peu d’argent à envoyer à sa petite sœur – n’importe quoi, quitte à se brûler les ailes ; n’importe quoi, et c’est encore mieux si cela lui brûle les ailes. Jules est en quête d’adrénaline, et c’est en se faisant embaucher en intérim dans les centrales nucléaires qu’il va en trouver, en approchant du plus près qu’il peut « la radioactivité, ce mal invisible, inodore, inconnu » (page 49).

C’est un univers que découvre Jules, et le lecteur avec lui : les centrales réparties dans l’Hexagone, les hommes qui font ce que d’autres ne se risquent pas à tenter, les amitiés qui naissent entre ces gens qui se retrouvent d’un site à l’autre, les différences entre les agents EDF et les intérimaires – ces différences, il finira par en faire un combat quand l’injustice frappera à la porte de la caravane.

« Cette matière humaine qui avance comme un seul homme vers la centrale, ça m’impressionne. Je me rends compte que je n’ai lu que des choses sur la configuration technique de la centrale et sur les légendes noires du nucléaire : les bombes H et A, Tchernobyl, les incendies, les accidents, les explosions, mais j’ai oublié les hommes. Sur les hommes, je ne sais rien » (page 18).

Revue Rue Saint Ambroise N° 28

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 13 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Revues

Rue Saint Ambroise N° 28

Elégant, clair, aéré, le N°28 de « Rue Saint Ambroise » semble à l’image de l’entreprise de ses créateurs et animateurs. Il faut au moins ces trois qualités pour s’aventurer dans la publication de micro-nouvelles issues de la plume d’auteurs aussi différents que possible !

Le genre en effet, la nouvelle très courte, est des plus exigeants. Toute médiocrité, imitation ou faiblesse d’écriture y est impitoyablement visible, comme le nez dans la figure ! La brièveté amène naturellement le lecteur à une attention qui n’a pas le temps du relâchement.

L’équipe de « Rue St Ambroise » l’a parfaitement compris. Elle l’écrit d’ailleurs dans la présentation de sa revue : « Attention aux auteurs, temps pour lire ». Et la plus belle qualité pour réaliser pareil projet est, assurément, la curiosité d’esprit, la certitude que des auteurs ont quelque chose à raconter, à apporter, et pas forcément des auteurs connus.

19 petites nouvelles, joyeuses ou tristes, graves ou pas sérieuses, classiques ou innovantes. Avec une qualité en commun : la … qualité ! Une vraie rigueur de choix, tant dans les trames narratives que dans l’élégance de l’écriture. Avec une palette d’auteurs – d’auteures – qui présente aussi bien des plumes déjà reconnues et d’autres … pas encore !