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Mémoire morte, Donald Westlake

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Roman, Rivages/Thriller

Mémoire morte (Memory, 2010), trad. de l’américain par Gérard de Chergé, 384 p. Janvier 2012, 22 € . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/Thriller

« Rivages » exhume un nouvel inédit de Donald Westlake. Un manuscrit étonnamment demeuré au fond d’un tiroir depuis 1963. Étonnamment, parce que Mémoire morte s’avère être, disons-le tout de go, un excellent roman.

Commençons par l’histoire. Paul Edwin Cole se réveille un beau jour dans un hôpital. Séduisant acteur new-yorkais en tournée dans le Midwest, il a été surpris en mauvaise posture par un mari jaloux qui lui a flanqué une belle raclée. Le problème, c’est que Paul en a perdu la mémoire. Non seulement son passé lui apparaît extrêmement flou mais, en plus, il tend aussi à oublier ce qui lui arrive dorénavant d’une semaine à l’autre, d’un jour à l’autre, voire d’un instant à l’autre. Sans famille, perdu à 1500 kilomètres de New-York et sans un sou, Paul va devoir trouver un moyen de rejoindre sa ville pour essayer de retrouver son ancienne vie dont il sait de moins en moins en quoi elle a pu consister.

Le thème de l’amnésie est un classique de la littérature comme du cinéma. Le mystère des mécanismes de la mémoire, de l’absence de souvenirs à leur trop plein, a hanté l’imaginaire des auteurs, de Cervantès à Philip K. Dick en passant, pour le roman noir, par George Chesbro, Sébastien Japrisot ou William G. Tapply. Westlake n’y a donc pas échappé non plus.

L'obscur travaille, Henri Meschonnic

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Arfuyen

L’obscur travaille, Ed. Arfuyen, Janvier 2012, Paris-Orbey, 98 p., 9 € . Ecrivain(s): Henri Meschonnic Edition: Arfuyen

Comment parler de la poésie sinon en faisant suivre les citations jusqu’à l’instant où il paraît possible que le poème se fasse entendre ? Pour ma part, j’ai toujours trouvé difficile d’écrire sur l’œuvre d’un poète, parce qu’il y a un feuilletage typique à la poésie, une épaisseur que l’on connaît, à la lecture, mais que n’arrive pas à rendre le flot continu de l’escorte du discours critique.

Cependant, rien n’empêche d’essayer. Et pour le cas présent avec le recueil d’Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, publié cette année par l’éditeur Arfyuen, l’occasion est bienvenue. Et pour pallier aux questions que je soulevais dans mon introduction, j’ai pensé, un moment, faire une lecture approfondie du Meschonnic critique, qui œuvrait depuis 1970 dans le champ de la réflexion sur la littérature et la philosophie, en allant vers ses livres successifs autour de la poétique. Mais pour finir, et pour affronter seul à seul le silence et la quasi nudité des poèmes de cet ultime recueil, j’ai choisi la voie la plus simple, et j’ai lu, espérant pouvoir m’allier assez à l’auteur pour porter un peu de lumière sur les poèmes, sinon, sur la poésie.

Silence, donc, raréfaction des images, peu ou pas de couleurs ou de métaphores, et pour finir une impression de pas dans la neige – deux pieds de neige sur le plancher écrivait Kerouac –, d’une empreinte, laissée par un absent, de la nudité, du soustraire, la recherche d’une quintessence, d’une voix de dedans presque sourde car ténue, labile.

A défaut d'Amérique, Carole Zalberg

, le Mercredi, 01 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud

A défaut d’Amérique, 1er février 2012, 244 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Actes Sud


Suzan a traversé l’Atlantique pour rendre un dernier hommage à Adèle, qui fut la compagne de son père et que l’on enterre à Paris. Fleur, la petite-fille d’Adèle, est là aussi.

La vie de la défunte Adèle, déracinée, rescapée du ghetto de Varsovie, se déploie comme un fantôme muet sur les existences de Fleur et de Suzan, tandis que se dessine une grande fresque familiale qui mène le lecteur de la Pologne à la France et des Etats-Unis à l’Afrique du Sud.

« On devrait toujours laisser les souvenirs où ils sont » (page 29).

Trois femmes, trois générations, trois continents. Trois fragilités, aussi, et trois de ces personnages dont les histoires font l’Histoire.

Au travers de ce triptyque féminin, Carole Zalberg, avec la finesse et l’exigence d’une plume devenue scalpel, explore ce que l’on a coutume d’appeler, loin de toute considération financière, héritage. Comment vivre avec ce que l’on sait des autres ? Comment vivre avec ce que l’on ignore d’eux ? Que nous transmettent-ils réellement ?

Je la voulais lointaine, Gaston-Paul Effa

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 31 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Roman, Actes Sud

Je la voulais lointaine, 01 février 2012, 134 p. 15,80 € . Ecrivain(s): Gaston-Paul Effa Edition: Actes Sud

L’histoire d’un déraciné. D’une coupure mal soignée, qui s’infecte, quelque chose qui, de bénin devient malin. Une double appartenance et, entre les deux : une faille, un monde gisant dans une réserve d’images et de souvenirs, un magma dans le fond du cœur, de l’âme.

Le jeune Obama - ce qui en langage fang veut dire « aigle » - quitte adolescent sa tribu du fond de l’Afrique pour suivre des études littéraires à Strasbourg. Juste avant son départ préparé, accepté, voulu par les siens, Elé le féticheur qui est aussi son grand-père, lui confie son sac, le désignant ainsi comme son successeur. Le jeune garçon enterre le sac compromettant au pied d’un oranger, et le lendemain Elé (qui veut dire « arbre ») meurt.

Obama vit sa vie en France, à Strasbourg où ses brillantes études le conduisent à enseigner la philo. Il rencontre Julia « (…) une Blanche, une blonde aux yeux bleus » (p. 45) dont il partage un temps la vie. L’Afrique, il la tient à distance, repousse cette ébullition qu’il sent pourtant monter en lui « L’Afrique était derrière moi, je la voulais lointaine » (p.42). Il vit par les mots, parlant comme bien souvent les étrangers francophones, un français qu’il défend contre les intrusions incongrues

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 31 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès

La liste de mes envies, roman, 01/02/2012, 220 p. 16 € . Ecrivain(s): Grégoire Delacourt Edition: Jean-Claude Lattès

Jocelyne, quarante sept ans, a des yeux noirs, des « seins petits », une « bouée de chair ». Jocelyne sait qu’elle n’est pas jolie, pourtant dans le reflet de son miroir, ses rêves trouvent à sa nudité de la beauté. Sa beauté lui fait oublier les « vilaines choses ».

Jocelyne habite Arras, tient une mercerie (un peu ennuyeuse), a deux amies jumelles (Danièle et Françoise propriétaires du salon Coiff’Esthetique), est mariée depuis vingt et un ans à Jo (Jocelyn).

Jo travaille à l’usine Häagen-Dazs, gagne 2400 euros, rêve matériels (un écran plat, une Porsche Cayenne, une cheminée dans le salon, la collection complète des James Bond), travaille beaucoup  pour se rapprocher de ses rêves matériels (télé, voiture et tutti quanti) et rêve (aussi) d’une femme plus belle et plus jeune (il ne l’avoue pas à Jocelyne).

Jocelyne et Jocelyn ont deux enfants (trois en fait). Un garçon (Romain), une fille (Nadine) et un cadavre (Nadège). Les enfants grandissent, battent des ailes et s’éloignent. Parfois ils meurent.

Jocelyne aime Jo avec tous ses défauts, aime son père (à la mémoire de six minutes), aime ses enfants (même si entre eux, parlent pas toujours la même langue), aime sa vie telle quelle (même si celle-ci ne colle pas parfaitement à ses fantasmes de jeunesse, ses ambitions de carrière de styliste…).