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Le Messie du peuple chauve, Augustin Guilbert-Billetdoux

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 29 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

Le Messie du peuple chauve, janvier 2012, 246 p. 18 € . Ecrivain(s): Augustin Guilbert-Billetdoux Edition: Gallimard

Ça commence bien, très bien même. Le livre est à la hauteur de son titre qui promet un programme réjouissant. Le ton est drôle et décalé, l’humour fait mouche, avec une énergie débridée. On se dit qu’avec Augustin Guilbert-Billetdoux, dont Le Messie du peuple chauve est le premier roman, on tient une vraie bonne plume.

Quelle bonne idée que de mettre en scène un jeune homme de vingt six-ans, Bastien Bentejac, qui découvre qu’il est frappé « d’alopécie androgénogénétique aiguë, accompagnée d’un léger effluvium télogène ». Autrement dit, il sera bientôt chauve. Et c’est une catastrophe pour lui.

« Les jeunes chauves entrent dans un monde parallèle. Ils ont l’apparence des vivants, sourient comme des vivants. Alors on les croit vivants. Seulement, à l’intérieur, quelque chose est brisé. Ils n’ont plus envie. Le rayonnement faiblit progressivement, puis finit par s’éteindre, comme le Soleil dans quelques milliards d’années. Pour eux, c’est plus rapide ».

La calvitie peut, à la limite, convenir aux hommes costauds, mais avec son physique de gringalet, Bastien va plutôt ressembler à un déporté ou à un cancéreux. Il peut dire adieu à toute vie sentimentale, mais aussi à toute vie sociale tout court.

Sonny Liston était mon ami, Thom Jones

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 28 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Nouvelles, Albin Michel

Sonny Liston était mon ami (nouvelles). Terres d’Amérique, Albin Michel. 386 p. 24 € . Ecrivain(s): Thom Jones Edition: Albin Michel


Douze. Douze nouvelles. Comme les douze rounds d’un match de boxe. Et vous ne sortirez pas du ring de la lecture de ce livre en meilleur état qu’un pugiliste ! En fait, le gong vous aura sauvé douze fois du KO absolu !

Thom Jones vient s’inscrire, à cette lecture choc, dans votre paysage littéraire, comme un nouvelliste majeur, dans la grande tradition américaine, celle des London, des Carver. Il renforce encore notre émerveillement devant cette fabuleuse richesse que les USA possèdent dans un genre pourtant si exigeant, si difficile.

Le titre du livre en fait est celui de la première nouvelle. La seule réellement boxistique. Celle où Sonny Liston – flesh and bones – fait une apparition à la fois fantomatique et merveilleuse. Celle où le lecteur est saisi par le style décapant de Jones, fait d’humour de la rue, de grossièreté des salles d’entrainement, et de tendresse vibrante envers les cabossés de la vie.

Les profanateurs, Martial Caroff

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Les Profanateurs, Ed. Gulf Stream, 2012, 223 p., 13,50 € . Ecrivain(s): Martial Caroff Edition: Gulf Stream Editeur

Avec Les Profanateurs, nous voilà plongés dans la Grèce Antique, découvrant la deuxième aventure d’un enquêteur sorti des sentiers battus. Antisthène, philosophe créateur de l’école des Cyniques et disciple de Socrate, est le héros ingénieux et fort en gueule de ce roman noir à la mode antique. Doté d’acolytes truculents et d’une liberté de paroles sans limites, il empoigne la vérité de sa main crasseuse et se fait le censeur irrévérencieux des plus grands comme le contempteur des bassesses de ses contemporains.


« Vois mes élèves ! Fils de chevaliers, de commerçants ou même d’esclaves, peu m’importe ! Je ne les reçois qu’à trois conditions : qu’ils soient vifs d’esprit, qu’ils acceptent de s’habiller pauvrement et qu’ils crachent sur les conventions et sur les bouffis d’or comme toi et les tiens ! »


Nous voici donc en 415 avant J.-C., à Athènes. Alors que le stratège Alcibiade assaille la Sicile, des scandales inouïs secouent la cité : les statues d’Hermès se réveillent mutilées et la cérémonie des Mystères d’Eleusis se trouve tristement parodiée. En ces temps de guerre, tous les présages comptent et les rumeurs vont bon train.

Des ambitieux, Isabelle Siac

, le Vendredi, 27 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès

Des ambitieux, mars 2010, 520 p. 20 € . Ecrivain(s): Isabelle Siac Edition: Jean-Claude Lattès


Jean s’ennuie à la tête de la multinationale qu’il dirige. Son fils Bastien s’interroge sur son avenir. Ann, carriériste et redoutable, devient une proche collaboratrice de Jean. Angélique, la fille d’Ann, de l’âge de Bastien, va bouleverser de façon inattendue la vie de Jean.

Surtout, chacune de ces quatre voix ambitionne autre chose que ce qui est prévu pour elle…

Ce roman dense, aux descriptions fouillées, met en scène des personnages tout sauf irréprochables, évoluant dans un univers professionnel précis, avec bureau et pression des actionnaires, campagne de communication et agenda électronique.

Le format de ce roman (520 pages de grande taille, des caractères serrés) n’a finalement d’étonnant que son siècle. Car s’il jure parmi la production actuelle, où les tranches sont fines, les pages vides, il est à comparer avec les productions d’un Hugo ou d’un Zola : un roman dense, des descriptions fouillées, des personnages tout sauf irréprochables, un univers professionnel précis… le reste est lié à l’époque, les mines de Germinal sont devenues des usines Danone à l’heure où le groupe est menacé d’OPA par un concurrent italien.

Juste avant, Fanny Saintenoy

, le Vendredi, 27 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Flammarion

Juste avant. Août 2011. 118 p. 12 € . Ecrivain(s): Fanny Saintenoy Edition: Flammarion


Dans une chambre d’hôpital, juste avant que la plus âgée disparaisse, une arrière petite fille et son arrière grand mère se souviennent. L’une et l’autre ont bien des souvenirs en commun, et grâce à l’alternance des chapitres, un dialogue silencieux s’engage.

Juliette, « Granny », attend calmement la mort. Petit à petit, ses sensations s’estompent mais son esprit reste vaillant. Avec lucidité, elle donne son avis sur la solitude et la maison de retraite que sa famille considère comme « le monde de la désespérance ». Elle se rappelle « la féérie folklorique » de l’après guerre lorsqu’elle vivait à Bergerac, elle se souvient de son époux Louis, communiste disparu à la libération, qui se croyait d’abord « marié à l’Humanité plutôt qu’à sa femme », et enfin, elle avoue sa douleur d’avoir survécu à la mort de sa propre fille emportée par un cancer. Pourtant, Juliette, « la vielle pomme » fait un bilan positif de sa vie de presque un siècle. Certes, son vécu lui a valu une haine farouche de la religion et une résistance au malheur, mais il lui a aussi donné de grandes joies, et c’est cela qu’elle veut emporter de l’autre côté.