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Les Chroniques

Chemins de lectures (13) : Le Horla et les "voix" de l'écriture

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L'expérience de la lecture du « Horla » de Guy De Maupassant reste à jamais une traversée d'un espace d'effroi, où l'écriture s'érige en aventure extrême. J'entends extrême comme à toute extrémité, au bord de la chute, au bord d'un gouffre sans fond qui n'est rien moins que la folie.

 

L'écriture est toujours une expédition dangereuse, dont on ne sait si l'on reviendra intact. La littérature est pleine de ces tragédies du « dire sur soi », car il n'y a pas d'autre vraie matière de l'écriture fictionnelle que soi. Quel que soit l'effort de détachement, de distanciation, d'arrachement de l'œuvre à celui (à celle) qui la produit, en fin de compte, il reste un seul réel irréductible : l'âme de l'auteur, le sang de l'auteur, le corps de l'auteur. A un journaliste qui lui demandait de parler de lui Jorge-Luis Borges répondit, c'est devenu célèbre, « Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort ! ». Citation fameuse qui prend tout son sens quand on lui adjoint cette autre, du même Borges, en 1970 à l'occasion de la parution de son « Autobiographie » : « De toutes façons, je n'ai jamais rien écrit d'autre qu‘une autobiographie ! »

La Cause buissonnière : Lisez jeunesse ! (2)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Abreuvés de jeunes filles amoureuses de vampires, de jeunes filles vampires, de jeunes filles luttant contre des vampires, de jeunes filles à la sauce chick-lit ou gossip, on en vient à se demander où sont passées les héroïnes. Celles qui n’attendent pas en haut d’une tour que leur existence démarre mais bien celles qui ont à vivre une destinée hors du commun, des aventures palpitantes et périlleuses, sans être le simple faire-valoir d’un garçon, sans forcément passer par la case love-story. Celles qui affrontent une réalité pesante et complexe et en sortent grandies, enrichies, prêtes à entrer dans une nouvelle étape de leur vie, sans se préoccuper outre mesure de leur look ou du qu’en dira-t-on. Celles pour qui l’amour ne se résume pas à un jeu, à une façon d’asseoir une réputation ou d’accéder à un statut social.

Le temps des héroïnes n’est pas révolu. Il s’agit d’être exigeant et de débusquer ces perles rares, ces figures qui parviennent à nous sortir des clichés et du marasme ambiant par leur originalité, leur fraîcheur et leur vivacité. Qu’elles explorent l’histoire, le fantastique, le handicap ou les traumatismes, qu’elles enquêtent, qu’elles luttent pour leur vie ou assumer leurs amours, voici les héroïnes de ce début 2012.

Voies de traverse (4) Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 21 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Il est des rencontres littéraires qui ne vont pas de soi. Des livres autour desquels on tourne longtemps ; des livres qu’on observe de loin, que l’on ouvre, puis que l’on referme. Il faut parfois savoir attendre. Il faut même apprendre à renoncer. Il faut laisser le temps faire sa besogne, avant d’espérer entrer en communion avec l’œuvre qui s’échappe. Les livres d’Abdellah Taïa font partie de cette catégorie de livres qui résistent mais qui offrent les plus grands moments de lecture, qui vont s’imprimer en vous avec ténacité et voracité.

D’un livre à l’autre, Taïa se raconte. Il raconte son enfance, son Maroc, Salé, les rituels quotidiens et la percée des esprits, sa mère M’Barka, son grand frère adoré et perdu, le cinéma, ses amours, ses rêves, ses entrées en Europe, Paris, la Suisse, la douleur de l’amour, ses espoirs. Avec pudeur, avec l’impudeur de sa pudeur, il tisse une toile qu’il n’arrête pas de défaire. De son propre aveu, il refuse la fiction et subit le joug de son « je » (« Genet, Abdallah et moi », 2010). Il travaille à pleines mains cette matière qui est sienne et dont il cherche à faire jaillir sa vérité.

Carnets d'un fou - XVI, Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le 10 avril 2012

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

Nous autres pauvres sommes comme le zéro qui de soi ne vaut rien, mais donne valeur au chiffre qui s’y appose, et d’autant plus de valeur que plus de zéros le suivent. Si tu veux valoir dix, mets un pauvre auprès de toi…

Mateo Alemán

Guzmán de Alfarache

 

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Souffles. Les enfants ont grandi !

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 09 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Les enfants ont grandi ! Ceux qui sont nés au premier lever du soleil, du premier jour de l'indépendance, ont aujourd'hui cinquante ans ! Depuis que le coq du village a chanté l'heure de l'aube de l'indépendance, quelques rêves ont vieilli ! D'autres se sont rouillés ! D'autres encore ont fleuri ! Nos grands-pères, nos pères, littéraires ou génitaux, tous, un jour ont pris le chemin vers le levant pour récolter les étoiles ! La liberté ! Ils avaient une autre image de l'Algérie. Leur Algérie. Ils l'avaient imaginée libre, plurielle et moderne. Un demi-siècle après, et depuis le lancement du premier youyou d'une femme aux pieds nus noyés dans la boue, la tête et le cœur dans la liesse, je me demande : vivons-nous dans le rêve qui hantait cette femme, vivons-nous le symbolique de ce youyou d'indépendance ? Certes, cette femme campagnarde analphabète vénérait, comme toutes nos grands-mères et nos mères, la lumière de la lettre “el harf”.

Aujourd'hui nous avons huit millions d'écoliers, peut-être un peu plus, mais la quantité ne fait pas le rêve de cette femme-là. L'école est sinistrée et la femme au youyou est abattue. Certes, parce qu'elle apprenait des centaines de contes et des histoires fabuleuses, cette femme au youyou aimait le voyage, imaginait ses enfants et ses petits-enfants partir un jour visiter le monde, celui installé sur l'autre rive. Mais cette femme au youyou n'a jamais imaginé qu'un jour d'indépendance, ses enfants seront offerts aux requins et au sel de la mer. Et la femme au youyou est triste.