Identification

Les Chroniques

"Les Borgia" de Klabund : Messe amère

Ecrit par Elisa Amaru , le Vendredi, 30 Mars 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED


C’est un fait, le mal fascine. Plus, voire mieux que le bien et son chapelet de bonnes actions. Question de logique. Car, enfin, pour rester dans le moderne et sans parler avatars, hypostases et ponérologie, que serait « Star Wars » sans son super-méchant asthmatique chatouilleux de l’égo ? Quel intérêt présenterait « Le Silence des Agneaux » sans son psychiatre cannibale suintant la supériorité intellectuelle ? Et Tolkien, aurait-il lancé nains, elfes et hobbits sur la piste de l’Anneau sans avoir d’abord pensé une force suffisamment maligne pour justifier à eux tous leur quête ? Question de logique. Question de regard aussi. On le voit, dans chaque cas, la figure néfaste, maléfique d’une œuvre sert tout à la fois de moteur, de levier, d’excuse, de prétexte aux mille bras narratifs qui d’elle ne manqueront pas de s’écouler. Elle incarne l’imperium autour duquel le chaos de la fable s’organise. Car c’est dans l’épaisseur, la constante versatilité du noir que résident les couleurs chamarrées du prisme, le nuancier extatique contre lequel l’homme se définit, se teste, se met à l’épreuve. Au juste, qu’est-ce que le mal ? C’est peut-être cette question toute bête que « Les Borgia » de Klabund (sorti cet automne aux éditions Max Milo), tente de définir à la pointe acide du stylet.

La mère Michel a lu (9). Moments de philosophie antique

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 27 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED


PLATON. EUTHYPHRON. L’invention de l’éthique personnelle. Traduction du grec ancien de Victor Cousin. Révision, notes et postface par Yannis Constantinidès. Éd. Mille et Une Nuits. 72 pp. 3,50 €


ÉPICTÈTE. De l’attitude à prendre envers les tyrans et autres textes. Texte traduit du grec ancien et établi par Joseph Souilhé, avec la collaboration d’Armand Jagu. Folio Gallimard, n°5350, 130 pp., 2 €.


SOCRATE L’ICONOCLASTE


La Mère Michel eût-elle aimé être des disciples de Socrate, elle qui a la tête si peu philosophique ? Sans doute ne l’eût-elle jamais rencontré dans quelque banquet ou réunion de beaux esprits, ni même suivi au Lycée, d’ailleurs non encore construit à l’époque, ou dans les rues d’Athènes…

Voies de traverse (3). La revue MONSTRE N°3

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Revues

La revue MONSTRE, « Indétectable », N° 3, semestriel, janvier 2011, 112 pages, 15 €.


Le projet de La revue Monstre a de quoi retenir l’attention : elle se définit comme une « revue qui épuise le genre », une « revue d’exploration pédé ». Une position choc et excessive, mais un pari tenu. Voici une revue qui dérange et qui entend bien sortir du champ des productions gay grand public. Une revue qui interroge concepts et clichés et refuse toute hiérarchie : mots et images y pèsent du même poids ; artistes, écrivains, chercheurs, militants LGBT y apportent librement leur contribution personnelle au projet choisi. Revue d’art ou recueil universitaire, Monstre ne tranche pas, elle associe et dissocie, elle crée son propre genre.


Après le placard et les clichés  « gay », La revue Monstre met le doigt sur ce qui échappe, sur ce qui reste à découvrir ou à couvert, en interrogeant « l’indétectable ». A l’heure où on ne se cache plus, où la visibilité est même de mise, faut-il paradoxalement s’exposer et se fondre dans la masse ? « être out par fierté, mais banalisés » ? Que signifie pour un « gay » de se dire « indétectable » ?

Chronique du sel et du soufre (Mars 2012)

, le Mardi, 13 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Faut-il relire Pierre Benoit ?

Hier soir, je suis allé avec curiosité rue de Verneuil, au 53, dans ce magnifique hôtel d’Avejan  qui abrite le Centre National du Livre, actuellement dirigé, et surtout animé avec vigueur par Jean-François Colosimo. En effet, une soirée était consacrée au cinquantenaire de la mort de Pierre Benoit (1886-1962), à l’occasion de la réédition de La châtelaine du Liban, Axelle et Mademoiselle de la Ferté par l’éditeur de Benoit, Albin Michel. Je ne regrette pas mon déplacement, du tout. D’autant que l’on fêtait aussi la parution de l’érudite biographie de Gérard de Cortanze  Le romancier paradoxal, toujours chez Albin Michel…

Fait rare : Francis Esménard, le Président actuel d’Albin Michel, a pris le risque de nous faire part de ses souvenirs personnels sur Pierre Benoit. J’ai apprécié son ton chaleureux, serein, et qui avait un parfum de sincérité émue. Il y avait dans la salle plus de 100 personnes et cela me surprit. Je croyais Pierre Benoit quelque peu oublié, après avoir été jadis un auteur de grands succès populaires en domaine romanesque comme Koenigsmark (1918) ou L’Atlantide, l’année suivante. D’autant que l’écrivain voyageur est encore aujourd’hui injustement critiqué pour son attitude sous le régime de Vichy avec lequel il ne collabora pourtant jamais.  Non seulement Benoit fut une victime injuste de l’Épuration ( il fit de la prison à Fresnes, avant d’être libéré en avril 1945 et lavé de tout soupçon, Jean Paulhan et Louis Aragon ayant intercédé pour lui) mais encore il demeura toute sa vie un fervent patriote viscéralement incapable de collaborer avec les Allemands sous Pétain.

Editorial : Un an déjà !

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 08 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Editoriaux, La Une CED


Un an. Aujourd’hui.

Un an que La Cause Littéraire a vu le jour et s’est installée sur le Net. C’est peu. C’est beaucoup : pendant ces quelques mois notre Cause s’est imposée tranquillement, et avec un dynamisme qui étonne tous nos observateurs – en vérité qui nous étonne un peu nous-mêmes ! -  dans le paysage de la critique littéraire. Par sa densité (près de 2000 articles déjà !), la qualité constante de sa production, la richesse et la diversité croissante de son équipe rédactionnelle, la Cause s’est fait une place, naturellement. 80 rédactrices et rédacteurs, dans la plus grande dispersion géographique, dans la plus grande variété de sensibilités, de goûts, de passions, de méthodes d’analyse. Le pari relève de l’acrobatie mais il est gagné, ou en train de l’être. Nous avons tenu promesse : La littérature, les littératures, sans chapelle, sans sectarisme, avec comme seules exigences la liberté des regards, la rigueur des approches, le refus des dogmes, et l’absence de complaisance envers les logorrhées écrites qui nous envahissent – sous le nom de littérature. La littérature n’est pas mondanité même si les mondanités l’ont souvent, plus ou moins, accompagnée !