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Les Chroniques

Editorial : Un an déjà !

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 08 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Editoriaux, La Une CED


Un an. Aujourd’hui.

Un an que La Cause Littéraire a vu le jour et s’est installée sur le Net. C’est peu. C’est beaucoup : pendant ces quelques mois notre Cause s’est imposée tranquillement, et avec un dynamisme qui étonne tous nos observateurs – en vérité qui nous étonne un peu nous-mêmes ! -  dans le paysage de la critique littéraire. Par sa densité (près de 2000 articles déjà !), la qualité constante de sa production, la richesse et la diversité croissante de son équipe rédactionnelle, la Cause s’est fait une place, naturellement. 80 rédactrices et rédacteurs, dans la plus grande dispersion géographique, dans la plus grande variété de sensibilités, de goûts, de passions, de méthodes d’analyse. Le pari relève de l’acrobatie mais il est gagné, ou en train de l’être. Nous avons tenu promesse : La littérature, les littératures, sans chapelle, sans sectarisme, avec comme seules exigences la liberté des regards, la rigueur des approches, le refus des dogmes, et l’absence de complaisance envers les logorrhées écrites qui nous envahissent – sous le nom de littérature. La littérature n’est pas mondanité même si les mondanités l’ont souvent, plus ou moins, accompagnée !

La mère Michel a lu (8), le captif de Mabrouka d'El Hassane Aït Moh

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 05 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

LE CAPTIF DE MABROUKA, roman, 150 pp., éditions de L’Harmattan, collection Lettres du monde arabe, 2010. 14,50 €.

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De deux nouvelles, la bonne et la moins bonne, les héros des séries policières souvent choisissent de révéler la seconde en premier lieu, réservant la première pour après. Héroïquement, imitons-les.

Il n’est pas bon qu’un éditeur quel qu’il soit «fabrique »  - c’est le terme consacré -  des livres dans lesquels l’inexistant travail de relecture place le lecteur dans de pénibles perplexités : coquilles en nombre suffisant pour être remarquées, orthographe ici ou là aléatoire, modes et aspects des verbes sujets à variations mal explicables et au manque de cohérence… tout cela diminue l’agrément de la lecture, c’est-à-dire sa facilité. Son mouvement naturel vers l’avant en est freiné et tout le monde en pâtit, le lecteur bien entendu, l’auteur qui s’en trouve desservi, l’éditeur enfin dont le sérieux est mis en doute. Pour en finir avec le sujet, ceci : tous ceux qui actuellement traînent leurs guêtres chez les éditeurs savent que le travail très délicat et spécialisé du correcteur d’édition n’est plus qu’exceptionnellement confié à de véritables professionnels, mais la plupart du temps à des stagiaires, à des novices par conséquent, que l’on paye à peine ou pas du tout. C’est d’ailleurs la raison.

Folies floridiennes

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 03 Mars 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

Chronique

« Une région qui n’a pas de valeurs, dépourvue de toute orientation culturelle, ne serait-ce que la plus basique. Une région où rien ne compte à part les centres commerciaux et l’immobilier, où on dénombre plus de golfs que d’écoles, où les bâtiments préfabriqués se développent comme des cancers, où vit une population vieillissante et dangereuse au volant, sans parler du Ku Klux Klan, des barons de la drogue, des cyclones et de l’été perpétuel ».

David Liss le rappelle dans son dernier roman publié en France, L’assassin éthique, la Floride est bel et bien une terre de folie, un terreau fertile pour un roman noir décomplexé et déjanté.

L’assassin éthique nous téléporte en 1985 du côté de Jacksonville dans une banlieue de parcs de mobil-homes écumé par des vendeurs d’encyclopédies au porte-à-porte. Une Floride où le dernier chic est de s’habiller comme Don Johnson et/ou de porter une coupe de cheveux longues derrière et courte dessus, le fameux « mullet » de sinistre mémoire popularisé en Europe par les footballeurs allemands. Une Floride ou un élevage de porcs en batterie peut abriter un laboratoire de fabrication de speed, où un assassin à cheval sur les principes peut entraîner à sa suite un jeune étudiant timide pour le faire réfléchir sur la condition animale et le problème carcéral aux États-Unis.

Et si je t'aime prends garde à toi !

Ecrit par Jean Bogdelin , le Vendredi, 02 Mars 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

Les amateurs d’opéra connaissent cet air de Carmen « Et si je t’aime prends garde à toi », qu’ils leur arrivent de fredonner, en pensant à Bizet, auteur de l’Opéra, et non à Mérimée, sans lequel rien n’eût été possible. Pourtant aucune phrase semblable ne se retrouve dans la nouvelle. Sans doute les librettistes connaissaient-ils aussi La Vénus d’Ille, dont la représentation en bronze, quasiment grandeur nature, irradie un pouvoir bien plus fatal que le charme de Carmen. Or cette statue porte sur son socle une inscription, « CAVE AMENTEM », que l’écrivain traduit par « Prends garde à toi si elle t’aime ».

C’est donc à la Vénus d’Ille qu’appartient en fait l’avertissement, plein de passion et de menace, donné par Carmen dans sa célèbre habanera du 1er acte :


L’amour est enfant de bohème

Il n’a jamais, jamais, connu de loi

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime

Et si je t’aime prends garde à toi !

Une prose alexandrine

, le Jeudi, 01 Mars 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

Eh bien, chante toi-même et dicte à la nature,

A la terre, aux taureaux, aux roches, à la mer ;

Donne des lois à l’onde et des formes aux fleurs !


Qu’ils sont beaux, ces alexandrins ! On pourrait les croire de Paul Valéry, s’ils étaient rimés, les règles de la prosodie classique étant par ailleurs respectées……mais ils sont bien de Paul Valéry, puisque je les ai extraits de son « Dialogue de l’Arbre » où il les avait, parmi tant d’autres, savamment dissimulés dans la présentation typographique de la prose.

 

On cherche le destin au sens de la raison.

Le reste est mieux caché aux coins de la maison

Et dans les replis de la tête, de la bouche qui souriait

Derrière les barreaux qui gardent la fenêtre.