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Les Chroniques

Les mots sont usés jusqu'à la corde

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Vendredi, 22 Février 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

« Le jour où j’ai compris que je ne serais jamais que le gardien absurde, le concierge inutile de la salle du trésor, que je camperais toujours dans l’antichambre de mon idéal, le choc a été terrible ».

 

La vengeance des traducteurs


Michèle Kahn, Yves Gauthier, Isabelle Liber, Fanchita Gonzalez Batlle, Denis Benejam, Sean James Rose, Phuong Dang Tran et Hiep Chan Vicheth ont escorté mon voyage jusque-là. Ils ont été de chaque roman, chaque chapitre, chaque ligne. Répétant chaque mot derrière mon épaule.

La chronique du sel et du soufre (Février 2013)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 19 Février 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Rendez à Césaire ce qui est à Césaire !

 

À l’occasion du centième anniversaire de la naissance du nègre universel, Aimé Césaire (1913-2008), il semble venu le temps opportun de relire l’œuvre lyrique et flamboyante du condisciple de Léopold Sédar Senghor à l’École Normale Supérieure. L’homme est désormais un mythe, le symbole de l’intégration du poétique et du politique. Son poème Cahier d’un retour au pays natal, écrit en 1938, paraît en 1947 avec une préface d’André Breton. Celui-ci salue en lui « un grand poète noir » entamant le chant profond de la liberté et devenant, après un long destin, le héros du réveil de l’Afrique à la cause des Noirs.

Maire de Fort-de-France depuis 1945, et député de la Martinique, Césaire fut en un premier temps apparenté au groupe communiste, puis il rompit avec ce dernier en 1956, analysant ses options sur l’indépendance des colonies africaines. Ensuite, Césaire finit par fonder le parti progressiste martiniquais.

La mer de tous les choix

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 12 Février 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Mère, à force d’écouter Renaud j’ai fini par faire comme lui. J’ai pris la mer la nuit du doute. On était six à embarquer sur une coquille d’œuf et personne n’avait confiance en ce radeau de la méduse. Mais avait-on le choix mère ? Mohamed était le capitaine de la traversée et c’était à lui, après Dieu et ses prophètes, que nous avons confié nos vies. Il possédait la science de la mer d’après ce que nous ont dit les vétérans de la harga. Il y avait également Aïssa, un intello portant des lunettes et la haine du monde. Ses binocles étaient plus pour supporter sa myopie qu’un signe extérieur d’intelligence. A ses côtés, Youcef le chômeur. Lui, c’était une force de la nature, tout dans les bras et rien dans le pois chiche. Son sourire enfantin était un réconfort pour les blessures de la vie, mais il ne se rendait pas compte du monde qui l’entourait. Aïssa l’intello, qui semblait bien le connaître, dira de lui qu’il est l’enfant du ciel et que Dieu avait refermé son livre parce qu’il était innocence. Yahia était le plus âgé des passagers et sa barbe grisonnante trahissait le poids des ans. Il ne parlait pas du tout et quand j’y repense, je ne l’ai pas entendu articuler une seule syllabe depuis notre rencontre sur le sable mouillé de la plage d’où nous avions pris le départ. Egalement à bord de l’aventure, Ibrahim le sage. Un saint homme avec au front la marque de la dévotion. Son regard avait le don d’apaiser les consciences et de réconforter les âmes tourmentées.

Carnets d'un Fou - XX

, le Jeudi, 07 Février 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Le 3 février 2013

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

« Ce n’est plus le temps où l’on s’étendait sous un arbre à regarder le ciel entre deux orteils, mais le temps où l’on produit ».

Robert Musil

Alain Suied, la poésie de la présence

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 05 Février 2013. , dans Les Chroniques, La Une CED

Il est difficile de parler de ce livre – comme de tout livre dès que l’on ne se trouve pas dans le flux contingent d’un récit mais juste attiré par une expression fine – à cause du caractère éthéré, diaphane de ces pages. D’ailleurs le seuil est invisible, ce qui laisse entendre qu’il est habité d’une présence ductile et lumineuse. C’est en cet esprit que j’ai lu ce livre posthume d’Alain Suied – que je n’ai connu que trop peu, et grâce à son éditeur et ami Gérard Pfister, lequel accompagne l’œuvre du poète depuis 1989 à travers une dizaine de livres. En vérité ces propos liminaires ne sont pas inutiles car je crois qu’ils rendent possible de circonscrire en quoi l’ouvrage est réussi, sachant que le poète guette une mort prochaine et qu’il ne pourra pas revenir sur ce qu’il écrit.

Car, si l’on sait que ces poèmes se suivent dans un ordre chronologique – qui va de soi en un sens parce qu’ils ont été écrits sur la Toile directement, dans une lutte vaine contre la mort – on comprend alors la palpitation vive, la nécessité impérieuse de ce travail. C’est avec cette émotion que la lecture se déroule, allant du seuil si je puis dire, du livre : « Toutes les langues disparaissent » du 15 septembre 2007, jusqu’au dernier souffle du poète avec : « ce regard sans trêve/qui toujours l’a hanté » du 16 juillet 2008. Ces dates obligent à une intériorisation prodigieuse de cette parole transparente et limpide, d’une grande lucidité sur le sort qui se joue pour l’homme de chair, car Alain Suied lutte contre une longue maladie qui l’emportera très vite.