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Les Chroniques

Chronique du sel et du soufre (Juin 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Lundi, 11 Juin 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’éternelle et fascinante Isis pour cet été…

 

L’idée même de tenter une biographie du mythe féminin d’Isis est insolite et excellente. De ce point de vue, le livre de Florence Quentin (1) est une heureuse surprise, une réussite. Il se lit sans ennui, et permet, même aux béotiens et aux profanes, de visiter les grandes traditions mythologiques qui « tenaient le ciel pour féminin et la terre pour masculine »… En débutant son chemin d’exploration par la déesse Asèt (nom égyptien que les Grecs transcrivirent en Isis), Florence Quentin nous entraîne dans un labyrinthe de découvertes justifiées par des références historiques, archéologiques et littéraires complètes et bien comprises. Au moment où les vacances d’été se profilent à notre horizon, on ne peut qu’être sensible aux charmes de ce féminin sacré qui ne cessa d’envoûter l’imaginaire antique, des rives du Nil jusqu’aux confins de l’Empire romain, et qui attire encore dans ses manigances notre début de siècle ! L’égyptomanie, on le sait, a la vie dure ! Et Isis, créatrice de l’univers selon l’Hymne à Isis dans son temple de Philae, demeure aujourd’hui encore une maîtresse de vie, une magicienne, un « soleil féminin qui scelle toute chose de son sceau ».

La cause buissonnière : Lisez jeunesse ! (3)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 09 Juin 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’objet du jour ? Une chronique sur les super héros ou un nouvel avatar du justicier qui s’enfuit au bout de la nuit ? Et bien non, il faudra attendre encore un peu – le projet chemine – pour découvrir l’actualité des comics et les réécritures de ces mythes urbains. Qui se cache alors derrière ce masque espiègle et d’une redoutable efficacité ? Cela ne vous sera pas dévoilé aujourd’hui. Sachez simplement qu’il s’agit d’une équipe qui œuvre avec passion et amour de la just…esse ; que la structure est petite, conduite par un seul duo, épaulé par des collaborateurs de talent et que cette maison discrète veille au cœur d’une cité rose. Le Vengeur masqué, ça se mérite, ça se découvre entre initiés, ça passe par le bouche à oreille et aujourd’hui on en cause ! Nul doute qu’il viendra nous parler un jour prochain et nous révéler quelques uns de ses secrets.

En attendant, saluons bien bas la richesse et l’exigence des ouvrages qui sortent de derrière le masque.

John Steinbeck : De America

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 05 Juin 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L'opinion la plus courante concernant John Steinbeck et son œuvre, et ce n’est innocent ni d’une conception inepte de la littérature ni d'un parti pris idéologique, est que le cadre du travail de Steinbeck, de son discours, serait en gros un regard « sur » l’Amérique. Et on en a tiré, à longueur d’études et de thèses à n’en plus finir, une vision parfaitement desséchée de ce trésor littéraire. Regard « sur » l’Amérique entend regard « sur » l’histoire de l’Amérique d’où coupure Histoire/sujet regardant : du coup, de papa Steinbeck, on attend une critique – tant qu’à faire "marxiste-léniniste" ne lésinons pas – de l’Histoire Yankee passée et présente ! Ben voyons. Il y a Steinbeck et il y a les USA donc tout est possible. Tout est possible oui, même l’aveuglement, même de passer les bornes. De se permettre un glissement de préposition s’érige en symptôme. Du « sur » au « de » c’est la frontière, rien que ça, entre idéalisme et matérialisme. Il n’y a pas de « ça-parle » de Steinbeck « sur » l’Amérique parce que l’enracinement symbolique est ce qui du réel intervient dans l’imaginaire. Du réel ou, il y en a qui disent de la « réalité ». On peut dire cela plus simplement (j’entends bien la rumeur de l’hystérie) : Le discours de John Steinbeck n’est pas « sur » l’Amérique mais « de » l’Amérique. L’Amérique n’est pas son propos mais son lieu, le socle émetteur de son écriture, sa source.

La mère Michel a lu (10) - Le dernier Contingent, Alain-Julien Rudefoucauld

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le dernier contingent, Alain Julien Rudefoucauld, Éditions Tristram, 2012, roman, 501 pp., 24 €

www.Tristram.fr/ Tristram – BP 90110 – 32002 AUCH Cedex

 

DES MONDES SE REGARDENT, S’ÉLOIGNENT ET SOMBRENT

C’est entendu, le roman a fait parler de lui, et en bien. Le contraire eût été étonnant. Il a aussi obtenu un prix littéraire de renom, celui de France-Culture/Télérama. Voilà qui ne desservira pas son auteur, ni son éditeur, du moins La Mère Michel le leur souhaite bien haut.

 

Commençons par le volet aléas et désagréments. J’ai lu que plus de cinquante éditeurs avaient refusé le livre. Félicitons-les, ils ne se sont pas déjugés : pareils à eux-mêmes ils ont témoigné de la magnifique constance de leur pusillanimité et, comme souvent à travers leur regard commercial, leur myopie, leur goût du calibrage routinier, ont sous-estimé les capacités du lectorat et préjugé de ses réactions.

Peut-on ne pas aimer Céline ?

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 08 Mai 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La chose est des plus étranges. A force de se poser l’éternelle question du statut, voire de la légitimité – comment peut-on ? - de Louis-Ferdinand Céline dans le paysage littéraire (et autre) français, on a fini par rendre Céline obligatoirement aimable, génial, « incontournable » comme on dit chez les cuistres. Ce qui est aussi déplorable, au fond, que de le figer en « écrivain maudit ».

On peut oser sans problème ne pas aimer Proust, Gide, voire l’intouchable Camus. Personne ne vous conteste ce droit. Vous pouvez même les détester, il s’agit de goûts littéraires. Mais Céline, on ne peut pas. On ne peut plus. A la déclaration simple : « je n’aime pas Céline » est systématiquement accolée une suite tacite mais Ô combien assourdissante, « parce qu’il est antisémite ». Je n’aime pas Céline parce-qu’il-est-antisémite : c’est ce qu’on appelle en linguistique (Antoine Culioli) un « énoncé indissociable ». Avec Roland Barthes on parlerait d’holophrase. La première proposition (pourtant principale) « je n’aime pas Céline », comme elle est a priori considérée par votre interlocuteur comme subordonnée à la seconde (même non dite) « parce qu’il est antisémite », en devient du coup impossible. « Je n’aime pas Céline » est impossible (à dire, à écrire, à penser) puisque c’est une phrase tronquée, la seule phrase possible étant « je n’aime pas Céline parce qu’il est antisémite ».