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Les Chroniques

L'anarchiste, un mauvais compagnon à suivre

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Vendredi, 10 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Ce que c’était exquis tout de même de trouver la vie immonde ».

Soth Polin avait été tellement féroce dans sa dernière nouvelle qu’il m’avait conquise et je voulais le garder comme compagnon de voyage au Cambodge. Pour le retrouver, j’allais de Kep à Phnom Penh, il y avait vécu avant de s’exiler à Paris en 1974 échappant ainsi au génocide qui allait sacrifier tant d’auteurs cambodgiens. Pour cette virée, Soth Polin serait L’Anarchiste, roman culte dans une littérature désertée.

Mais il y a toujours un risque à voyager avec quelqu’un qu’on ne connaît pas et son cynisme allait sérieusement atteindre ma capacité d’émerveillement face au monde, celle que tout voyageur doit impérativement porter en bandoulière sous peine d’être condamné pour blasphème à la diaspora voyageuse. Ne pas s’émerveiller béatement des merveilles du monde, ne pas s’amuser aux amusements de tous et finir par se lasser de ses propres aventures : voici les crimes dont L’Anarchiste et moi-même allions nous rendre coupables dans la médiathèque de l’Institut français de Phnom Penh où nous nous étions donné rendez-vous.

Les Ailes du Désir de Wim Wenders

Ecrit par Sophie Galabru , le Mardi, 07 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté écrans

 

Les Ailes du Désir, film de Wim Wenders sorti en 1987 est comme le conte de l'humanité de son enfance à sa vieillesse, de sa naissance à sa mort. Le monde des hommes y apparaît sous la forme d'un grand recueil polyphonique de pensées, perçues et recueillies par  l'oeil attentif de deux anges, Damiel et Cassiel. Ces anges écoutent ou plutôt sont les témoins des pensées secrètes, intérieures des hommes qui passent. Mais cette humanité, sous l'oeil de Wender n'est que juxtaposition de solitudes. Le monde résonne comme une grande interférence, une cacophonie des monologues. Vision étrange et étrangement réaliste du monde. Choisir Berlin n'est pas un hasard. C'est Berlin avant la chute de son mur, Berlin mélancolique et dévastée, Berlin qui sort tout juste de la guerre et du nazisme. Si le nazisme était haine de l'autre homme, on voit ici que Berlin, en négatif de son passé,  est le creuset de l'humanité.

 

Une vieille. Un enfant. Un fils qui pense à sa mère décédée. Une femme qui emménage. Un homme quitté. Derrières la multitude de pensées, et d'individus que nous croisons, Wenders réussit à donner une sorte de cohérence. A travers les infinis singuliers, se dessine l'universel humain, comme on l'entend dans le poème composé par P.Handke.

La main cachée de Cortés

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le parcours éditorial de L’Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne vient de subir une grande secousse, ébranlant sérieusement le crédit de son auteur, avec la parution au Seuil du livre de Christian Duverger, Cortés et son double, enquête sur une mystification.

Nous connaissons en France des rééditions récentes de L’Histoire véridique, toutes reprenant la traduction de Jourdanet (1877), chez Actes Sud 1996 sous le titre de La conquête du Mexique, et sous le titre complet de l’édition de Madrid 1632, à La Découverte 2009 (reprise de Maspero 1980), exhibant chez les uns et les autres le nom de Bernal Diaz del Castillo comme auteur.

L’Histoire véridique occupe, il est vrai, une très belle place, au sommet, selon certains, de la littérature hispanique « entre Le Cid et Don Quichotte », écrit Christian Duverger. L’opinion de Gérard Chaliand, préfacier d’Actes Sud, n’est pas moins élogieuse : « A tous les égards, L’Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne est un chef-d’œuvre de la littérature militaire et Bernal Diaz, qui savait qu’il laissait une œuvre mémorable, ne pouvait se douter qu’il égalait, lui le soldat sans fortune, fantassin et sans commandement aucun, les plus grands témoins de l’histoire ». La référence aux Commentaires de César est soulevée ici et là, de même à LAnabase de Xénophon.

Hemingway à Taourirt Mimoun

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 22 Avril 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

In "Souffles"

 

Je l’ai vu, l’écrivain. De mes propres yeux, je l’ai vu, l’écrivain du siècle ! Ce que je vous raconte ne relève pas de l’imagination, ni d’hallucination ! Cette semaine, de vrai, au village Taourirt Mimoun, j’ai vu Ernest Hemingway ! Je ne suis pas frappé par un Djinn, ni hanté par le diable. Et je suis sûr et certain que cet écrivain est né le 21 juillet 1899 à Oak Park dans l’Illinois aux Etats-Unis et mort le 2 juillet 1961 à Ketchum (Idaho). Mais moi, je l’ai vu, ces jours-ci, d’abord à Béjaïa, comme partir sur les traces d’Ibn Khaldun. Puis Hemingway soudain a pris « la route des olives » vers la grande Kabylie. Dans les pays des Berbères, il n’y a ni petite ni grande ! Ils ont tous la même taille, celle de l’olivier ou celle de la liberté, c’est kifkif !

La chronique du sel et du soufre (Avril 2013)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 17 Avril 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Et que disent vos rêves ?

 

Comment ne pas signaler à nos lecteurs l’ouvrage de Bénédicte Uyttenhove qui vient de paraître chez Dervy ? En effet, l’étude très documentée de Bénédicte Uyttenhove, diplômée en psychologie clinique de l’université de Paris VIII, présente au grand public l’approche jungienne des grands rêves comme messages à décrypter. Elle y souligne les caractéristiques de la pensée jungienne comparée à la pensée freudienne sur le même sujet d’études.

J’aime à le répéter : en fait, ce qui me semble faire la richesse, la haute valeur même de ce livre qui deviendra vite « de référence », c’est sa lisibilité immédiate qui éveille notre faculté d’émerveillement.

Freud croyait que tout rêve correspondait à la satisfaction d’un désir refoulé et qu’il puisait ses racines dans la sexualité infantile, alors que, selon la vision jungienne, tout songe peut être également une manière d’exprimer une frayeur vitale. Certains rêves sont donc des outils de prospection remplissant un rôle d’avertissement ou même de « transmissions parapsychologiques ». Selon la vision holistique du maître de Zurich, le recours capital sur lequel il appuie sa tentative d’interprétation n’est pas nécessairement la censure ou le refoulement, mais tend plutôt à être les symboles, les mythes et les archétypes.