Identification

Les Chroniques

Pendant qu'il neige : le secret de la chronique

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« C'est comme un chien dans ma tête : il aboie et j'écris. Sauf que ce n'est pas si simple. Il me semble que c'est moi qui suis au bout de sa laisse, qu'il me promène parfois durant une demi-heure par jour, me laisse gambader dans son univers puis me ramène vers mon angle mort qui est ma vie de tous les jours. Je m'explique donc : c'est un chien immense, composé d'étoiles dans une obscure nuit qui lui sert de peau sans fond. Il aboie en Alphabet et j'écris. Parfois bien, parfois mal, quand il va trop vite et que ne me restent que des bouts de phrases. Il est grand, le chien noir qui m'enjambe pour aller boire, à l'autre bout du monde, son eau et revenir. C'est comme ça que je peux décrire les choses qui se passent dans ma tête. Car dehors, pour ceux qui me voient de dehors, il ne se passe rien. Je suis penché sur un gros cahier plein de ratures, devant un micro, en train de tabasser un clavier et j'écris sans cesse, sans cesse et toujours. Un scribe dans un journal où je suis payé au mois pour faire semblant d'être courageux.

La mère Michel a lu (14) - La Comédie, Dante Alighieri

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 09 Janvier 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« La Mère Michel n’a jamais perdu son chat. Elle le tient attaché, ne le lâche pas de l’œil. Le félin est un livre, il n’a pas d’âge. D’hier, d’aujourd’hui, de toujours, il miaule derrière la porte ».

 

La Comédie (Enfer - Purgatoire - Paradis) de Dante Alighieri, Édition bilingue, présentation & traduction de Jean-Charles Vegliante, Nrf Poésie / Gallimard, 1280 pp., Coll. n°480 / 17 €

Le poème de la chrétienté

 

« Les intuitions des poètes sont les aventures oubliées de Dieu ».

Elias Canetti, Le Territoire de l’homme

Voies de traverse (10) - vie et crimes de Sitarane

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Encore adulé aujourd’hui par ses adeptes, auréolé d’une légende aussi étrange que sombre et cruelle, Sitarane aurait pu inspirer un thriller mordant ou un récit fantastique et occulte. Jean-François Samlong a choisi d’en faire le personnage principal d’un roman historique foisonnant, complexe et singulier, prenant pour cadre le début du XXe siècle dans une Réunion soumise aux excès des colonisateurs et aux superstitions les plus folles. Avec une écriture dense et inspirée, il retrace faits réels et chronologie d’une vie de crimes, de magie et de troubles, il compose un récit effrayant, érudit et ensorcelant.

« L’île chancelait, toute nue.

Entre les mains des sorciers noirs qui l’asphyxiaient à coups de gris-gris depuis des mois, elle menaçait de partir en fumée. Ne projetaient-ils pas de lui planter un pieu dans le cœur ? De lui faire rendre gorge selon des plans de bataille décisifs ? Si oui, qui les élaborait si finement ? »

Aucun signe particulier, Bernard Vargaftig

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 05 Janvier 2013. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

Topographie

 

Il est difficile parfois d’écrire sur une espèce littéraire qui n’est pas très pratiquée par celui qui écrit et, je dois dire, que le livre de Bernard Vargaftig se prête très bien à cet exercice. Ce livre de 2007, publié chez Obsidiane, réunit sept récits de l’enfance, et il va bien dans mon monde. Car, ces sept récits qui tissent entre eux des liens, et racontent une histoire, la biographie personnelle de l’auteur, petit garçon juif réfugié en Limousin durant la guerre, hanté par des identités nationales complexes, et poète qui regarde vers Homère, vers la langue grecque d’Homère, bousculé par des impressions de langage fortes et vives, ne sont pas simplement que romanesques.

Escapades (2) - A serious man, Coen Bros

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 04 Janvier 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté écrans

 

Une fois n’est pas coutume : le format télévision, même « grand écran plat », convient très bien à « A serious man » de Joel et Etan Coen. Je ne sais pas, sûrement le côté « journal intime » du film qui sied bien à mon salon. En tout cas, ce fut un vrai bonheur de revoir le dernier « Cbrothers ».

 

Il paraît que quelques Juifs se sont agacés devant ce film. Je comprends que certains, habitués au « culturellement correct », puissent s’offusquer devant une telle « déconstruction ». Une telle rupture avec le pathos traditionnel des films du genre « humour juif » a de quoi surprendre, déconcerter, voire irriter. Pas une trace de folklore juif américain du début à la fin. On est formé à Woody Allen, avec ses figures archétypiques et sympas : l’intello new-yorkais, l’écrivain qui se cherche, l’artiste égocentrique, le psychanalyste rongé d’angoisse, l’hypochondriaque agité, la mère abusive, le père paumé. Bref, la galerie de figures-types, qui font rire, qui attachent. Avec ce film des frères Coen, rien de ce genre.

A commencer par le choix des acteurs. Pas un visage connu, pas un visage séduisant.