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Les Chroniques

La cause buissonnière, lisez jeunesse ! (6) Art et patouilles

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 30 Août 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

En partenariat avec deux musées incontournables, Actes Sud propose aux enfants deux parcours ludiques dans le monde de l’art. Il ne s’agit pas de transformer les chères têtes blondes – et les autres – en historiens de l’art, en conformité avec les objectifs ministériels, mais bel et bien de les familiariser avec la culture d’ici et d’ailleurs, avec de grandes œuvres patrimoniales, et ce, avec humour, avec légèreté, avec intelligence, de leur donner envie de mettre la main à la pate, de colorier, de découper, de gribouiller, d’imiter, de comprendre... en toute liberté.

Cahier de patouilles au Louvre permet de découvrir ce lieu magique et quelques uns des trésors du célèbre musée, voire de prolonger une visite. Les activités s’enchaînent, aussi diverses qu’amusantes : faire son autoportrait en vis-à-vis de celui d’Albrecht Dürer, élaborer la coiffure d’un pharaon, s’initier à la calligraphie ou aux écritures anciennes, réaliser une mini maquette du Louvre, composer une nouvelle nature morte ou reconstituer une couronne royale ou un casque, tatouer le dos de la Baigneuse d’Ingres, fabriquer des masques, des marionnettes ou un flip book… Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai et leur travail témoigne d’une belle maîtrise, d’une réelle capacité à mettre à hauteur d’enfant l’un des plus grands musées du monde. Qualités non négligeables, ce Cahier en petit format s’emportera partout et surprendra par sa facilité de manipulation.

La cause buissonnière : lisez jeunesse ! (5)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Août 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Jeunesse

Drôles de zoos

 

Le zoo est un univers inépuisable pour les visiteurs et les lecteurs : un lieu gigogne qui permet de rassembler les espèces les plus incroyables, de faire se côtoyer micro et macrosmes, d’entrer en contact avec la nature sauvage dans toute sa chatoyante diversité. Parmi de nombreux titres, saluons trois projets très différents, mais tous aussi riches et originaux à offrir aux zoologistes en herbe.

Dans la catégorie documentaire, Des Zoos vient de sortir chez Gulf Stream. Ce petit format dense et très complet dresse un véritable historique de la collection animale, avant de présenter le fonctionnement et les caractéristiques d’un établissement zoologique, ainsi que les métiers qui s’y rencontrent. Le troisième chapitre précise les différentes catégories de zoos aujourd’hui et le rôle de ces lieux pour le devenir de la biodiversité. Le livre est fouillé, savant tout en restant très abordable ; il s’accompagne de nombreuses illustrations réalistes et d’images humoristiques qui raviront les jeunes lecteurs. Une série de cartes d’identités complète la connaissance de l’inventaire animalier. La mise en perspective historique se révèle particulièrement intéressante ; elle éclairera les lecteurs qui auront visionné Zarafa, l’histoire de la première girafe introduite en France. Une vraie mine d’informations et un plaisir pour les curieux.

Dérives sur un bien vacant

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 29 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Cher Antoine. Ou Claude. Ou Alex. Nicolas. Ou Astérix. Ou De Gaulle. J’ai longtemps hésité à t’écrire et cette longue lettre traîne depuis des années dans ma tête comme un cerf-volant épuisé et rabattu entre les parenthèses de deux vents. Comme ces écrivains scrupuleux et obsédés par l’exactitude qui naissent dans ton pays pour en inventorier les nuances, j’en écris souvent des feuillets entiers, virtuellement, avant de les froisser et de continuer ma vie, sans songer à Toi. D’abord, parce que je répugnais à l’effort et ensuite, parce que j’ai lentement compris que cet effort n’était pas une fainéantise qui devait me culpabiliser, mais une raison tout à fait objective : certes nous parlons tous deux le français, mais nous ne partageons pas la même langue. Ou peut-être que nous la partageons, mais pas équitablement : A toi, on t’a donné la langue, la terre qui va avec, une bonne partie de l’Histoire et beaucoup de livres pour le prouver.

A moi, il est échu une langue ni morte ni vivante, ravagée par des trous insonores, des approximations, des particularismes insulaires et une grande dose de solitude due au piège de l’Histoire dont vous avez pris les archives en nous laissant les cimetières.

Le Satan d'Amérique

Ecrit par Avi Barack , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

C’est avec un plaisir non mégoté que je viens de revoir, plusieurs fois, en version longue, « L’Exorciste » de William Friedkin. D’abord ça m’a rajeuni, ce qui n’est pas rien. La dernière fois c’était autour de 1995. Et puis ça m’a remis dans un questionnement sur une Amérique qui décidément m’obsède. Au moins autant que Satan – dirait quelque ayatollah.

Le nocturne refait surface à travers ce film, produit pur de la machine hollywoodienne. On se méfie donc, a priori, Hollywood nous en a fait tant voir dans son culte du couple culture/dollar. Autre raison de méfiance : le créneau de l’horrible nous a valu souvent de mémorables navets (j’ai souvenir des festivals du film d’hotteur, qui nous servaient régulièrement  des nuits à 3 navets pour le prix d’un !). Seulement voilà, la méfiance n’est jamais complètement innocente, elle ne peut l’être que partiellement. Ici encore, c’est le cas : d’une part un rejet louable d’une exploitation douteuse des fascinations troubles et perverses d’une époque et d’autre part un rejet, lui moins louable, de quelque chose qui interfère dans un champ bien clos et qui nous dérange au cœur même de l’affect.

Escapades (1) - Les fantômes de Polanski

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 14 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté écrans

Etourdissant ! On met du temps à sortir du rythme haletant du montage de « Ghost Writer ». De la scène d’ouverture, sidérante autour d’un 4x4 qui ne démarre pas à la sortie d’un ferry, à la scène finale (qu’on ne voit pas, elle est hors champ, à la manière de la fin de « Chinatown »), le grand Polanski est de retour, qui nous prend à la gorge et ne nous lâche pas un instant, pour une « promenade » nerveusement épuisante au milieu de ses fantômes. Ghost, c’est le mot anglais pour fantôme. « ghost writer » veut dire « nègre » dans le jargon littéraire français. Celui qui tient la plume, le clavier, à la place d’un autre. Polanski n’est évidemment pas dupe : il a choisi la polysémie de ce mot pour nous annoncer une clé essentielle de son film. Il va nous parler de ses fantômes personnels et il va nous parler des fantômes qui peuplent son œuvre, à mi-chemin entre Beckett et Kafka, fantômes intérieurs aux êtres, et fantômes extérieurs sous forme de complots menaçants et obscurs.

Tout a lieu sur une île (les îles, sinistres, sont décidément à la mode au cinéma, on jouait « Shutter Island » dans la salle à côté !), au large de Boston. Il faut voir l’île ! Far from Seychelles ! Une lande désolée, battue par les vents violents et écrasée par une pluie torrentielle, du début à la fin du film. Une pluie tellement dense qu’elle figure réellement une sorte de « prison liquide ». Comment ne pas se dire, au bout de quelques minutes, ces deux vers du « Spleen IV » de Baudelaire :