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Les Chroniques

Chemins de lectures (17) - Black Dahlia, Black USA, Black Ellroy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Avec « Underworld USA » James Ellroy continue ses fouilles littéraires et archéologiques dans les entrailles les plus  secrètes de l’Amérique, les plus glauques. Après « American Tabloïd » et « American Death Trip » le grand James nous donne, en point d’orgue à sa « Trilogie Américaine », une œuvre éblouissante, alliant avec sa maestria habituelle le noir le plus sombre et le talent le plus lumineux. C’est ça le secret. Ombre et lumière, les deux clés de l’énigme Ellroy, qui commence vraiment (il avait cependant écrit auparavant 6 chefs-d’œuvre !) par son « Dahlia Noir » (1987) et l’obsession envahissante de la mort de sa mère assassinée le 22 juin 1958, alors que James était un petit garçon de 10 ans. Obsession qu’il prétend lever avec « Ma part d’Ombre » en 1996 mais qui, obstinément, reste encore dans toute son œuvre, si ce n’est comme thème narratif, du moins comme matière même de l’écriture. L’œuvre d’Ellroy est écrite du sang de sa mère.

De la métaphysique pour reposer du politique

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 17 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

… Ce qui me bouleverse ce n’est pas ma mort : elle est mienne. Ce qui me chavire, me donne le vertige, me remplit d’extase et abîme ma pensée c’est ma naissance. Ma venue au monde. Comment cet immense vide qui me précède a fini par se concentrer dans l’infinie probabilité du hasard et l’extrême précision de la nécessité, pour m’engendrer moi, mes pensées, mon identité ? Qu’est-ce qui a obligé le vide à se remplir par ma présence. En quoi suis-je une nécessité et comment un être que rien n’attend finit par venir au monde comme une personne que rien ne remplace ?

Ce n’est pas ma tombe qui me fascine, mais le vide auquel je m’adosse. Le grand cosmos qui précède mon prénom est plus inquiétant et plus inexplicable que la pierre tombale qui va seulement essayer d’un peu me retenir.

Ce n’est pas la disparition qui est un drame, mais la naissance. Que je retourne au vide n’est que pente naturelle, mais que je remplace le vide par ma personne voilà le grand mystère, la formidable inquiétude qui devrait tous nous faire tourner la tête vers les commencements et occuper notre réflexion.

A la Cause, je bulle (1)

, le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

The Grocery, Acte I, t. 2, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

The Grocery, Acte II, t. 2, Déclaration de guerre à Baltimore, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, « Label 619 », 14 février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

Révélation et succès incontournable de l’année 2011, le 1er volet de The Grocery dessinait la vie d’un quartier de Baltimore soumis à la crise économique et aux affrontements des gangs, la lutte pour la survie et le pouvoir. Installé depuis peu avec son père repreneur de l’épicerie du coin, Elliott devient ami avec les « cornerboys », des types déjantés, des adolescents aussi touchants que dangereux, menant leur petit commence de dope sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’un ancien caïd ne vienne imposer sa loi. D’une erreur à l’autre, Elliott sombre dans la délinquance et entraîne son père dans sa chute.

La chronique du sel et du soufre (Mai 2013) - Quelle singularité pour un "bon" livre ?

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ce mois-ci, les éditeurs, petits et grands, m’ont donné à lire une riche mosaïque d’ouvrages passionnants à découvrir, très différents les uns des autres, et gardant tous, jusqu’au bout de la lecture, une existence personnelle, une individualité particulière, une singularité. Essayons d’y voir clair dans cette diversité de beaux talents.

Dominique Fabre, avec Des nuages et des tours (1), décrit et fait battre du cœur son quartier de la rue du Château des Rentiers, lequel est proche du mien, celui des hautes tours du treizième arrondissement de Paris, celui des Olympiades et de la zone asiatique. Le romancier, ici davantage poète que créateur d’intrigues humaines, réussit avec brio à décrire ce qu’est, aujourd’hui, un « village urbain », avec ses égrégores et son pittoresque, son no man’s land pathétique, ses miséreux et ses héros, ses humanistes et ses salauds, ses arbres tout blancs en fleurs, son énorme boucan et ses ombres perdues. Cela m’a fait songer à Jean Follain, à Valéry Larbaud, à Yves Martin. C’est plein de tendresse, saison après saison.

Le traître de sa mère !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 14 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Mais par un jour, j’ai constaté que la langue de Yemma n’est pas tout le ciel d’Allah ! Le transistor radio allumé, diffusant le journal d’informations et autres choses obscures ! j’écoutais, et je ne comprenais rien ! Mon frère aîné, le nez dans un livre, m’a poussé vers une autre envie d’évasion. Jeté dans une école, j’ai appris une autre chose. Une autre langue, que ma mère ne comprenait point ! Ne déchiffrait rien. Dans mes cahiers, mes livres, je me sens tout seul ! Sans ma mère ! Je commence une évasion dont ma mère n’est pas l’actrice, ni l’observatrice, ni la contrôleuse ! Malika, elle aussi s’éloigne !

J’avance d’un pas dans la langue des cahiers, la langue arabe classique, pour reculer de deux dans la langue de ma mère. Je perds l’écoute ! Je perds le conte ! Je perds ma mère ! Je perds Malika ! Je lisais les livres dans une langue étrange pour moi et étrangère à ma mère !

La route des épices :

Puis, un jour, un autre jour, le nez dans les Mouallakat (la poésie antéislamique) ou diwan El-Mutanabbi, mon père pointa à ma tête, sur un ton impérial, m’adressa l’expression suivante : arrête cet arabe. Il ne te servira à rien.