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Les Chroniques

De la métaphysique pour reposer du politique

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 17 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

… Ce qui me bouleverse ce n’est pas ma mort : elle est mienne. Ce qui me chavire, me donne le vertige, me remplit d’extase et abîme ma pensée c’est ma naissance. Ma venue au monde. Comment cet immense vide qui me précède a fini par se concentrer dans l’infinie probabilité du hasard et l’extrême précision de la nécessité, pour m’engendrer moi, mes pensées, mon identité ? Qu’est-ce qui a obligé le vide à se remplir par ma présence. En quoi suis-je une nécessité et comment un être que rien n’attend finit par venir au monde comme une personne que rien ne remplace ?

Ce n’est pas ma tombe qui me fascine, mais le vide auquel je m’adosse. Le grand cosmos qui précède mon prénom est plus inquiétant et plus inexplicable que la pierre tombale qui va seulement essayer d’un peu me retenir.

Ce n’est pas la disparition qui est un drame, mais la naissance. Que je retourne au vide n’est que pente naturelle, mais que je remplace le vide par ma personne voilà le grand mystère, la formidable inquiétude qui devrait tous nous faire tourner la tête vers les commencements et occuper notre réflexion.

A la Cause, je bulle (1)

, le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

The Grocery, Acte I, t. 2, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

The Grocery, Acte II, t. 2, Déclaration de guerre à Baltimore, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, « Label 619 », 14 février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

Révélation et succès incontournable de l’année 2011, le 1er volet de The Grocery dessinait la vie d’un quartier de Baltimore soumis à la crise économique et aux affrontements des gangs, la lutte pour la survie et le pouvoir. Installé depuis peu avec son père repreneur de l’épicerie du coin, Elliott devient ami avec les « cornerboys », des types déjantés, des adolescents aussi touchants que dangereux, menant leur petit commence de dope sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’un ancien caïd ne vienne imposer sa loi. D’une erreur à l’autre, Elliott sombre dans la délinquance et entraîne son père dans sa chute.

La chronique du sel et du soufre (Mai 2013) - Quelle singularité pour un "bon" livre ?

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ce mois-ci, les éditeurs, petits et grands, m’ont donné à lire une riche mosaïque d’ouvrages passionnants à découvrir, très différents les uns des autres, et gardant tous, jusqu’au bout de la lecture, une existence personnelle, une individualité particulière, une singularité. Essayons d’y voir clair dans cette diversité de beaux talents.

Dominique Fabre, avec Des nuages et des tours (1), décrit et fait battre du cœur son quartier de la rue du Château des Rentiers, lequel est proche du mien, celui des hautes tours du treizième arrondissement de Paris, celui des Olympiades et de la zone asiatique. Le romancier, ici davantage poète que créateur d’intrigues humaines, réussit avec brio à décrire ce qu’est, aujourd’hui, un « village urbain », avec ses égrégores et son pittoresque, son no man’s land pathétique, ses miséreux et ses héros, ses humanistes et ses salauds, ses arbres tout blancs en fleurs, son énorme boucan et ses ombres perdues. Cela m’a fait songer à Jean Follain, à Valéry Larbaud, à Yves Martin. C’est plein de tendresse, saison après saison.

Le traître de sa mère !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 14 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Mais par un jour, j’ai constaté que la langue de Yemma n’est pas tout le ciel d’Allah ! Le transistor radio allumé, diffusant le journal d’informations et autres choses obscures ! j’écoutais, et je ne comprenais rien ! Mon frère aîné, le nez dans un livre, m’a poussé vers une autre envie d’évasion. Jeté dans une école, j’ai appris une autre chose. Une autre langue, que ma mère ne comprenait point ! Ne déchiffrait rien. Dans mes cahiers, mes livres, je me sens tout seul ! Sans ma mère ! Je commence une évasion dont ma mère n’est pas l’actrice, ni l’observatrice, ni la contrôleuse ! Malika, elle aussi s’éloigne !

J’avance d’un pas dans la langue des cahiers, la langue arabe classique, pour reculer de deux dans la langue de ma mère. Je perds l’écoute ! Je perds le conte ! Je perds ma mère ! Je perds Malika ! Je lisais les livres dans une langue étrange pour moi et étrangère à ma mère !

La route des épices :

Puis, un jour, un autre jour, le nez dans les Mouallakat (la poésie antéislamique) ou diwan El-Mutanabbi, mon père pointa à ma tête, sur un ton impérial, m’adressa l’expression suivante : arrête cet arabe. Il ne te servira à rien.

L'anarchiste, un mauvais compagnon à suivre

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Vendredi, 10 Mai 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Ce que c’était exquis tout de même de trouver la vie immonde ».

Soth Polin avait été tellement féroce dans sa dernière nouvelle qu’il m’avait conquise et je voulais le garder comme compagnon de voyage au Cambodge. Pour le retrouver, j’allais de Kep à Phnom Penh, il y avait vécu avant de s’exiler à Paris en 1974 échappant ainsi au génocide qui allait sacrifier tant d’auteurs cambodgiens. Pour cette virée, Soth Polin serait L’Anarchiste, roman culte dans une littérature désertée.

Mais il y a toujours un risque à voyager avec quelqu’un qu’on ne connaît pas et son cynisme allait sérieusement atteindre ma capacité d’émerveillement face au monde, celle que tout voyageur doit impérativement porter en bandoulière sous peine d’être condamné pour blasphème à la diaspora voyageuse. Ne pas s’émerveiller béatement des merveilles du monde, ne pas s’amuser aux amusements de tous et finir par se lasser de ses propres aventures : voici les crimes dont L’Anarchiste et moi-même allions nous rendre coupables dans la médiathèque de l’Institut français de Phnom Penh où nous nous étions donné rendez-vous.