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Les Chroniques

Shining, le Labyrinthe du dedans

Ecrit par Avi Barack , le Samedi, 15 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté écrans

 

Revoir, après des années d’abstinence, le « Shining » de Stanley Kubrick, a quelque chose du « déjà vu », bien sûr, mais surtout de la découverte absolue. Un peu comme si, de s’être détaché de la trame narrative depuis assez longtemps, de l’avoir intégrée dans sa mémoire inconsciente, nous libérait en quelque sorte de toute contrainte de lecture directe.

 

Fable onirique sur les entrelacs étranges de l’espace et du temps, conte pour enfants (dans son effroyable cruauté) tressé des fils de l’espoir et du malheur, « Shining » déploie les lignes parallèles d’une redoutable machine narrative et d’un conte symbolique à échos vertigineux. A la topographie centrale du Labyrinthe, métaphore hallucinée et hallucinante qui structure le film et son écriture, font pendants et miroirs les topologies croisées des relations entre personnages, du rapport d’un homme à son écriture (Jack Torrance se veut « écrivain ») et de la scansion alternée du temps et du désir humain.

La cause buissonnière (7) : Goodbye Berlin

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Goodbye Berlin, Wolfgang Herrndorf, traduit de l’allemand par Isabelle Enderlein (Tschick), Editions Thierry Magnier, mai 2012, 329 pages, 14,50 €

 

A l’image de sa couverture choc aux dessins stylisés percutants, noir et blanc mâtiné de rose fluo sur fond bleu électrique, Goodbye Berlin est un roman qui ne peut pas passer inaperçu. Sa lecture va vous remuer, vous coller une claque. Dans le bon sens du terme car on en redemande, de tels – premiers – romans d’une qualité pareille, maitrisés avec poigne et d’une humanité confondante.

Dès les premières lignes, le ton est donné, direct, désopilant ; on comprend que quelque chose cloche pour le narrateur, qu’on est arrivé au bout d’une longue série d’aventures, aboutie chez les flics : « Et là, je me suis pissé dessus de frousse. Maik Klingenberg, le héros. Et ça, alors que je sais même pas pourquoi je m’explique juste maintenant. C’était clair depuis le départ, que ça allait finir comme ça ». On ne s’attend pas à une happy end mais on a d’autant plus envie de savoir ce qui s’est passé et qui est ce Tschichatow dit Tschick, au patronyme bizarre, qui a disparu ?

Carnets d'un fou - XVII, Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 11 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le 8 septembre 2012


Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité.


« Examinez les esprits qui réussissent à nous intriguer : loin de faire la part des choses, ils défendent des positions insoutenables. S’ils sont vivants, c’est grâce à leur côté borné, à la passion de leurs sophismes : les concessions qu’ils ont faites à la « raison » nous déçoivent et nous agacent. La sagesse est néfaste au génie ; mortelle au talent ».

E.M.Cioran

Le fantôme de Lucrèce Borgia

Ecrit par Jean Bogdelin , le Lundi, 10 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Lorsque Mérimée écrivit son conte en trompe-l’œil Il viccolo di Madama Lucrezia, il avait peu de chance de compter dans sa postérité Alfred Hitchcock. Sa manière avait pourtant quelque chose de hitchcockien avant l’heure, avec l’abondance d’indices d’un véritable thriller, enfermant le lecteur dans une habile mise en condition afin de l’amener à imaginer une seule fin possible, celle de voir enfin le fantôme de Lucrèce Borgia, personnage de la Renaissance célèbre par sa beauté, sa culture et ses mœurs dépravées.

Il s’agit d’un thriller fantastique, ayant pour décor une maison abandonnée dans une sombre ruelle de Rome, avec tous les ingrédients à effets gradués parsemant l’écriture, expérimentés déjà dans La Vénus  d’Ille, à partir d’une situation assez anodine, visite de la ville des papes par un jeune homme, le narrateur lui-même. Occasion pour ce jeune homme de se remémorer le pape Borgia, père de Lucrèce. La beauté de sa fille était assez grande pour intéresser Léonard de Vinci en personne, et le portrait qu’il en avait fait était exposé, au meilleur endroit, dans le salon du palais où le narrateur allait loger. Il eut le loisir de l’examiner en détail en attendant la maîtresse des lieux, la marquise Aldobrandi, avec laquelle son propre père avait eu une liaison durant son séjour vingt cinq ans plutôt, quand Rome était sous domination française.

La cause buissonnière, lisez jeunesse ! (6) Art et patouilles

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 30 Août 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

En partenariat avec deux musées incontournables, Actes Sud propose aux enfants deux parcours ludiques dans le monde de l’art. Il ne s’agit pas de transformer les chères têtes blondes – et les autres – en historiens de l’art, en conformité avec les objectifs ministériels, mais bel et bien de les familiariser avec la culture d’ici et d’ailleurs, avec de grandes œuvres patrimoniales, et ce, avec humour, avec légèreté, avec intelligence, de leur donner envie de mettre la main à la pate, de colorier, de découper, de gribouiller, d’imiter, de comprendre... en toute liberté.

Cahier de patouilles au Louvre permet de découvrir ce lieu magique et quelques uns des trésors du célèbre musée, voire de prolonger une visite. Les activités s’enchaînent, aussi diverses qu’amusantes : faire son autoportrait en vis-à-vis de celui d’Albrecht Dürer, élaborer la coiffure d’un pharaon, s’initier à la calligraphie ou aux écritures anciennes, réaliser une mini maquette du Louvre, composer une nouvelle nature morte ou reconstituer une couronne royale ou un casque, tatouer le dos de la Baigneuse d’Ingres, fabriquer des masques, des marionnettes ou un flip book… Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai et leur travail témoigne d’une belle maîtrise, d’une réelle capacité à mettre à hauteur d’enfant l’un des plus grands musées du monde. Qualités non négligeables, ce Cahier en petit format s’emportera partout et surprendra par sa facilité de manipulation.