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Les Chroniques

La cause buissonnière, lisez jeunesse ! (4)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 12 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Georges le petit-petit-petit magazine, Editions Grains de Sel, mai 2012, 6 €

 

S’adressant aux « enfants pas encore adultes » et à tous les curieux, Georges le petit-petit-petit magazine offre une alternative créative en matière de presse jeunesse, diffusée par les Editions Grains de Sel. Chaque numéro de ce très plaisant trimestriel se consacre à un thème insolite : le vélo, le cupcake, la moustache, l’éléphant, les lunettes… On y trouve des histoires petites et grandes, des jeux variés et ambitieux, des « rubriques-à-brac » ludiques et délirantes ainsi qu’un indispensable lexique.

Dans le dernier numéro, on peut apprendre à compter en chinois, à réaliser un déguisement de poulet – attention il ne permet pas de voler mais se décline en mode urbain, version pigeon, et en mode bord de mer, version mouette –, on revisite une scène de Je suis timide mais je me soigne, on découvre « Bob à vélo » et le récit de la création improbable du Tour de France, on résout des énigmes à deux roues et plus, on décode les panneaux de signalisation pour retrouver le tracé du 1er Tour de France, on interviewe le Tigre de l’histoire principale… Pas une once d’ennui, Georges c’est 100 % de plaisir !

Tombouctou, Tombouctou, Tombouctou !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 10 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Souffles ...

 

Ces jours-ci, elle est triste, Tombouctou ! Sous les cris Allah Akbar, les inquisiteurs fanatiques débarquent ! Ils démolissent la mémoire de l’âme. Cassent l’encrier humain ! Nous hommes de lettres, communauté de lecteurs, qui parmi nous, au moins une fois dans sa vie, n’a pas entendu parler de Tombouctou. Qui parmi nous n’a pas lu un petit quelque chose sur Tombouctou, la cité immortelle. Mémorial. Tatouage ! Je parle de notre Tombouctou qui n’a aucun rapport avec une autre “Tombouctou”, celle qui n’est que titre exotique d’un roman sur les chiens, j’aime les chiens, écrit par le célèbre écrivain américain Paul Auster, publié en 1999. Tombouctou, dans la mémoire universelle, est le carrefour des civilisations. Elles débarquaient sur le lieu enfourchant les dos des chameaux ou ceux des chevaux. Elle symbolise le plus grand centre des manuscrits qu’a connu l’histoire de l’humanité. Tous les alcoolivres du monde, des siècles successifs, ont rêvé de franchir les portes magiques de cette ville mystérieuse. Franchir les portes du savoir. Les savoirs ! Tombouctou est une ville ne ressemblant qu’à elle-même, qu’à son miroir ! Unique ! Les pieds dans le sable chaud et prophétique, Tombouctou dormait et se réveillait sur les secrets des trésors impérissables de l’humanité.

La Venise de Hugo Pratt ou Corto Maltese dans la Cité des Loges

Ecrit par Odile Alleguede, Elisa Amaru , le Lundi, 09 Juillet 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Les signes sont partout, enfants de Saturne ! Ils s’enroulent et resserrent lentement autour de nous leurs nœuds gordiens pour mieux rire nos vanités à la face, nous parler de songes et d’illusions. Dante, à la porte des enfers, nous avait prévenus : « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici. »

Sur le seuil fatal de nos certitudes, commence l’empire du doute. Ceci pourrait être l’épigraphe de « La Venise de Hugo Pratt », ouvrage de Joël Gregogna paru au printemps dernier chez Dervy. Ceux-là nous sont bien connus comme récidivistes. Réputé pour son sérieux d’éditeur « à thèmes » et une réputation assise d’exigence dans le choix de ses publications, Dervy ajoute ici une pierre de plus à son édifice d’essais transversaux vulgarisant le symbolisme et l’enseignement maçonnique.

Joël Gregogna, quant à lui passionné du 9ème art et sincère commentateur de l’idéal et des codes francs-maçons, y poursuit un travail entamé avec « Corto l’initié » (Dervy, 2008), suivi de « Les Arcanes du Triangle secret » (Véga, 2011).

Salut à André Malraux

Ecrit par Avi Barack , le Samedi, 30 Juin 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

La lecture de Malraux n’est guère à la mode. Ce n’est pas à l’honneur des temps présents.

A priori on n’avait rien en commun, ni la génération, ni les choix politiques ultimes, ni le flou théorique qui semble surnager d’une vie, et d’une œuvre, uniques en leur genre. C’est-à-dire que, la reconnaissance de son lieu, il va s’agir de l’entendre en termes de salut symbolique, n’y participant pas idéologiquement. C’est de ne pas en être qu’on ne le jugera pas, mais qu’on fera signe ici, signe écrit, qu’on l’a reconnu tenir son discours dans ce lieu particulier et précieux de la jonction entre nature humaine et culture. Ce lieu qu’on nomme progrès, malgré les régressions particulières qu’il dissimule souvent, ou civilisation. Signe de reconnaissance donc à André Malraux.

Ecrivain français. 1901-1976. Bon. Mais qui Malraux ? Celui dont il se dit, avec insistance, qu’il était « engagé » ? L’engagement ça fait équivoque. C’est suspect, et à juste titre. On soupçonne « l’engagé » de ne s’engager qu’à trouver accueil à son symptôme. S’en-gager, ou se donner en gage de sa propre bonne volonté, comme signifiant destiné à se dédommager de l’angoisse de vivre, et de mourir ; et de sa culpabilité. S’engager dans la cage aux fauves ou s’enCager. Du moment que c’est avec du monde, ça fait sens, dans un quadrille universel, ou une escadrille « internationale ». Bonne conscience pas trop chère, les « affreux » en font autant, contre monnaie sonnante et trébuchante.

Décoloniser le corps, la langue et la mer

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 29 Juin 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

C’est peut-être face à la mer que l’on ressent le mieux cet enfermement de l’histoire algérienne dans les interdits immédiats du corps et ses libertés non retrouvées même après le départ du dernier colon en date. Une intuition trouble, encore floue, difficile à exprimer : celle d’une identité encore plus vaste que les polémiques immédiates, qui enjambe les colonisations, pas pour les nier mais pour dire qu’elles sont aussi mon histoire. Et cela vous revient d’un coup ce qu’est être algérien, face à l’unique trace vivante de notre patrimoine : la Méditerranée. Pas n’importe quelle mer, mais celle-là justement. Et c’est face à celle-là que, brusquement, on réalise que rien ne nous oblige à vivre l’histoire du pays comme simplement une histoire de violences auxquelles répondent des cycles de rejets et des saisons d’armes ou de dénis. D’un coup, on réalise que les immeubles coloniaux, la parenthèse française n’est pas quelque chose qui est venue « totalement d’ailleurs », mais que « c’est à moi aussi », dans l’ordre de mon histoire et du matrimoine. Les immeubles, les architectures, les places publiques, les églises restantes, les synagogues effacées et les noms des rues et la vigne. Elles ne sont « pas françaises », mais aussi « à moi », partie de mon histoire. La colonisation comme la décolonisation sont des actes, les miens, que j’ai subis ou assurés et que j’assume aussi.