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Les Chroniques

La cause Buissonnière (9) - Des classiques réinventés (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Les classiques demeurent une source inépuisable pour notre imaginaire. Les auteurs s’en emparent et recréent, parodient, transcendent leur objet, métamorphosent leur forme ou bien leur offrent simplement une nouvelle vie en les réinterprétant. Lire un classique consiste également pour le lecteur à réinventer des trames connues ou à en découvrir certaines méconnues. Dans notre panier de classiques du jour, un roman sur l’amitié, un Roman de Renart fidèle aux origines, des Fables sublimement illustrées et un melting-pot de contes déjantés.

 

La Forêt des cœurs glacés présente une histoire d’amitié authentique et touchante revisitant le conte La Reine des neiges d’Andersen ‒ et le bien connu Narnia du même coup. Le récit emporte son lecteur dans son rythme trépidant et révèle ses secrets avec finesse. Rosalind Elland-Goldsmith nous fait accéder à l’écriture d’Anne Ursu, précise sans être pesante, faite d’images sensibles et d’une réelle consistance, une belle langue où il fait bon se laisser prendre.

Sur une symphonie d'Oleg Ermakov, fuyons en Sibérie !

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Lundi, 05 Novembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Pastorale transsibérienne, Oleg Ermakov, Editions Jacqueline Chambon, 2004, 304 pages, 20 €

 

« La proximité de la nature pouvait-elle apporter la liberté ? »

Oleg Ermakov fut forestier dans une réserve naturelle du lac Baïkal avant d’avoir à réaliser son service militaire. Devenu écrivain, dans sa Pastorale sibérienne il lance son personnage dans une fuite que rien ne semble pouvoir arrêter. Mais, au juste, à quoi veut-il échapper ? Comme c’est en marchant qu’il tentera de répondre à ces questions, à sa suite, je longe le lac Baïkal jusqu’à la réserve de Baikalo-Lenskiy, je regarde un lac différent tous les matins et pars sur les traces de Daniel Menchikov.

« La taïga descend en vagues verdoyantes. Au loin, elle se confond avec la mer, il faudrait être idiot pour dire le lac ».

Voies de traverse (8) - Comment attirer le wombat, Will Cuppy

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 29 Octobre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Comment attirer le wombat, Will Cuppy, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Brument, How to Attract the Wombat, Editions Wombat, octobre 2012, 208 pages, 18 €

 

Will Cuppy fut un original, un exilé parmi les autres hommes, un critique de talent et un humoriste hors pair. Sa vision du monde oscille entre mélancolie et lucidité féroce. Acharné de recherches exhaustives, d’archives et de détails insolites, il s’est lancé, en moraliste moderne, dans une œuvre incroyable : une galerie animalière présentée sous la forme de courtes vignettes au ton singulier, surprenant, inégalé. Les éditions Wombat nous présentent le troisième volet de cette œuvre, consacrée à leur animal totémique : le wombat. Bien malin, celui qui saurait dire, aujourd’hui comme hier, ce qu’il sait de cet amical marsupial si mystérieux… La superbe première de couverture nous dévoile un être charmant porteur de charentaises ‒ l’exotisme dans un fauteuil en somme ‒ et la quatrième la silhouette des autres protagonistes : L’opossum, L’oie, Le kiwi, L’escargot… Mais laissons Cuppy cingler notre vaste incurie en la matière et prenons conscience de ce fait essentiel.

A Moscou avec "l'assistant du chinois" d'Ilya Kotcherguine

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Samedi, 27 Octobre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

Première escale de ce voyage mêlant voyage et littérature étrangère, Claire Teyssere-Orion traîne ses guêtres à Moscou, sur les traces de Sergueï, héros du roman d’Ilya Kotcherguine, L’assistant chinois.

 

« Je ne savais pas encore avec quelle force la ville s’empare des hommes, combien sont solides les amarres qui vous attachent aux taquets des quais de la ville aux cinq gratte-ciel ».

Sergueï est un jeune étudiant de la prestigieuse Université des langues orientales de Moscou quand l’URSS s’effondre. Tout comme son pays, il peine à imaginer un avenir radieux. Bien peu concerné par les changements historiques de son pays, il part à la recherche d’argent pour améliorer le quotidien de sa famille :

« Je ne peux pas penser à des problèmes abstraits en habitant dans le même appartement que la mère de ma femme. Ce problème est en ce moment plus important pour moi que la transformation de l’Etat ».

Sergueï parcourt Moscou, une ville qui se fait très bien aux changements économiques en lui offrant une multitude de petits boulots à la limite de la légalité.

Le roman battra-t-il le livre religieux ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 24 Octobre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Souffles... (In "Liberté")

 

Pourquoi est-ce que le lecteur algérien se réconcilie, de plus en plus, avec le roman ? Un nouveau vent souffle dans le ciel des amies et des amis des lettres.

Appuyé sur les restes de quelques traditions de la classe moyenne, le roman algérien en langue française a un certain lectorat. Ainsi, dans le milieu de ce groupe socioculturel, même modeste, le roman constitue une sorte d’attente littéraire, une curiosité intellectuelle. Mais ce qui est nouveau et remarquable, ces derniers temps, c’est ce bon accueil réservé au roman algérien de langue arabe. Cette lecture arabophone montante d’un côté, s’est vue suivie d’une chute de la lecture du livre religieux propagandiste de l’autre côté. Sociologiquement parlant ce comportement livresque est un phénomène historique. La vérité est dans le roman. La vérité littéraire est philosophique, si vérité y existe. Si la vérité mensongère du roman est libératrice pour l’imaginaire, la vérité historique est proportionnelle et moralisante. Parce que le livre historique proposé à nos lecteurs, dans nos écoles et dans nos universités, n’est que le miroir renvoyant l’image de l’idéologie dominante du système depuis cinquante ans, les Algériens se libèrent dans le roman. Se réfugient, de plus en plus, dans le bon roman.