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Ainsi parlait George Sand (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Anthologie, Les Livres

Ainsi parlait George Sand - Dits et maximes de vie choisis et présentés par Pascale Auraix-Jonchière - Arfuyen, 192 pages, avril 2026, 14€

 

"Tout le monde a droit à la beauté et à la poésie de nos forêts, de celle-là particulièrement (la forêt de Fontainebleau), qui est une des plus belles choses du monde, et la détruire serait dans l'ordre moral une spoliation, un attentat vraiment sauvage à ce droit de propriété intellectuelle qui fait de celui qui n'a rien que la vue des belles choses, l'égal, quelquefois le supérieur de celui qui les possède" (fragment 395)

Quand elle évoque l'écrivain qu'elle est, George Sand place son talent et son style loin derrière son coeur et sa raison : "Le luxe des mots ne me touche pas comme la vérité des sentiments et la netteté des idées" (fr.217). Bref : elle n'écrit pas pour écrire. Alors pour quoi ? Sa réponse est si simple et forte qu'elle s'étonne de la question, et dit : pour rendre compte de la vie naturelle, et en instruire directement et incessamment notre liberté d'esprit, car :

"Toutes les fois qu'un cerveau humain sera le miroir de la nature, il n'y a pas de danger qu'il s'en acquitte comme une machine" (fr.223).

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek (Par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek - Rafael de Surtis, 162 pages, 1er trimestre 2026, 19€

"J'attends

les pas lents du poème

les pas de qui arrive après la neige

Tant de larmes dans les herbes longues

couchées jaunes

Si je m'arrête sur le chemin des biches,

leur passage par grand froid rapproché des maisons

C'est que je connais ton secret

et que je dois te dire

l'eau, ses ruissellements

comme seule rumeur de forêt

survivance de la neige

Quarantaine, Jean-Pierre Otte suivi de Quelques érotiques (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 13 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Quarantaine, Jean-Pierre OTTE suivi de Quelques érotiques, Editions Sans escale, avril 2026, 91 pages, 15€

L'incipit de ce petit livre dit exactement ce qui va s'y penser :

"Constate-le, cet état de non-présence. Nous n'habitons plus que des habitudes, plis, replis, chiffonnades et faux-replis, où logent des espoirs imposteurs. Le temps, tant qu'il est encore temps, est venu de se défaire de ses mauvais plis"

Les poètes moralistes nous agacent par principe, car le lyrisme sermonneur paraît le comble de la prétention et du grotesque : qui sont-ils, se hérisse-t-on, pour venir nous chanter des conseils qu'ils nous jugent incapables de nous donner à nous-mêmes ; et, d'ailleurs, à quoi bon faire chanter la langue pour juste inciter notre âme à mieux tenir la sienne ? Voilà ce qui, bien à tort, nous irrite : leur triple rappel (et Jean-Pierre Otte, homme probe et rigoureux, ne s'en prive pas !) qu'une âme n'a de noble que ses efforts, que l'authenticité se mérite, et qu'enfin la possession de la raison n'est pas gratuite (la lucidité, malgré parfois ses grands airs, est toujours d'abord l'humble vœu de s'acquitter personnellement de l'inévitable loyer de la raison en nous) est salubre et intègre.

Michel Lamart - Peut-être (par Marc Wetzel)

, le Mercredi, 25 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Michel Lamart - Peut-être - Les lieux-dits, Cahiers du Loup bleu - 48 pages, 1er trimestre 2026, 7€

"J'écris

Entre la certitude d'exister

Écrivant

Et l'impérieux besoin

D'être réellement

Moi-même,

Assuré que l'écriture

Qui me prend en charge

Me réalise

Avec la suprême consolation

D'être si peu ..." (p.37)

Les Aventures d'une jeune fille noire, Bernard Shaw (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 20 Mars 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Bernard SHAW - Les Aventures d'une jeune fille noire - traduit de l'anglais par Antoine Lafarge - Arfuyen , 128 pages, janvier 2026, 14€

George Bernard Shaw (1856-1950), est une étrange version mystique de l'humour anglais. "Heathen mystic" (= mystique païen) disait de lui Chesterton, son (tout aussi remuant) collègue. Le genre d'homme capable à la fois de sérieusement viser à "coopérer avec la Volonté du Monde" - parce que l'immense processus "évolutionnaire", comme dit l'anglais, est pour lui Dieu même, et de mettre en œuvre une jubilatoire et cinglante ironie, comme dans l'anecdote célèbre : un soir, au milieu d'un torrent d'applaudissements saluant les acteurs, un spectateur siffle sa pièce. Shaw, qui est dans la salle, le repère et lui dit :"Je suis bien de votre avis, mais contre tout le monde, que pouvons-nous faire, à deux ?". Voilà l'homme. Et, mariant en effet facétie et dévotion, il écrit un jour à son amie Dame Laurentia Machlachlan, mère abbesse de Stanbrook, ceci :"Quant à moi, si j'essaie de me glisser au Paradis, derrière vous, l'on vous y recevra avec tant de joie, que l'on ne remarquera pas ma présence". Mais justement ils eurent à y entrer séparément, car à la parution même de cette incisive nouvelle (The Adventures of the Black Girl in her Search for God), qui fit scandale, même hors des milieux ecclésiastiques, la mère abbesse le somme, en vain, de faire retirer son livre de la vente et venir faire retraite expiatrice - double invitation qu'évidemment il déclinera.