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Articles taggés avec: Ossorguine Marc

Le trompettiste tchèque, Desző Kosztolányi

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 07 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Pays de l'Est, Cambourakis

Le trompettiste tchèque, mai 2015, traduit du hongrois sous la direction d’András Kányádi, 128 pages, 10 € . Ecrivain(s): Desző Kosztolányi Edition: Cambourakis

 

Desző Kozstolányi (1885-1936) fait partie de ces écrivains trop rares qui réjouissent à chaque lecture ceux qui les connaissent et qu’ils préservent un peu comme un jardin secret. Régulièrement, un éditeur passionné publie quelques titres dont on parle peu, trop peu, puis que l’actualité oublie. Nous avons déjà dit dans nos pages le bonheur que pouvait procurer la lecture de Cinéma muet avec battements de cœur ou Kornél Esti. Les lecteurs attentifs à ce qui nous vient de Hongrie ont pu découvrir il y a quelques années Le traducteur Kleptomane et – s’ils ont été séduits – c’est avec un bonheur redoublé qu’ils devraient découvrir ce nouveau recueil de nouvelles. Car il s’agit en France d’une vraie nouveauté, aucune des nouvelles présentées ici n’avait encore fait l’objet d’une traduction française.

Les nouvelles présentées dans ce recueil sont majoritairement des écrits de jeunesse de l’auteur, antérieurs à la Grande Guerre (9 nouvelles réparties entre 1907 et 1913, et une 10e de 1929), mais l’auteur a réalisé pour ces « coups d’essai » de véritables « coups de maître ». Le lecteur y trouvera déjà ce mélange d’ironie et de gravité, de réalisme teinté d’absurde ou de fantastique poétique.

Les Saisons de la vie, Nadine Gordimer

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 04 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Grasset

Les Saisons de la vie, novembre 2014, 1952-2007 traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par P. Boyer, J. Damour, J. Guiloineau, G.Lory, 608 pages, 24 € . Ecrivain(s): Nadine Gordimer Edition: Grasset

 

Première chose à préciser concernant ce gros volume de nouvelles de la grande Dame sud-africaine : tous les textes publiés ici l’ont déjà été dans divers recueils. Pas d’inédits donc, mais une anthologie qui balaye un demi-siècle d’écriture et d’histoire. Un volume de poids, matériellement et à la lecture. Les nouvelles y sont éditées par ordre chronologique mais on peut regretter que les dates de publication ne soient pas plus mises en évidence (il faut aller les rechercher dans les indications des sources en fin de volume). Avouons aussi qu’un petit rappel sur les évènements que traversait l’Afrique du Sud en parallèle aurait été tout aussi appréciable, tout le monde n’ayant pas en tête le dernier demi-siècle d’histoire de ce pays. Voilà pour les regrets concernant l’édition.

Un recueil que nous avons trouvé par ailleurs bien inégal, avec des nouvelles hélas parfois un peu trop longues et bavardes. Il y a, pour votre serviteur en lectures, quelques perles mais hélas aussi de la lourdeur qui fait que l’on peine à venir au bout de cet énorme recueil qui jette souvent un regard ironiquement et paradoxalement désespérant sur l’histoire qu’ont traversée ce pays et cette nation.

Deux petites filles, Cristina Fallarás

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Espagne, Polars, Roman, Métailié

Deux petites filles (Las niñas perdidas, 2011), traduit de l’espagnol par René Solis, 216 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cristina Fallarás Edition: Métailié

 

Deux petites filles de moins de cinq ans ont été enlevées dans Barcelone. Inutile de les chercher car l’on sait déjà que l’on ne peut plus rien pour elles : l’une retrouvée morte, l’autre dont une vidéo témoigne du peu d’espoir qu’elle soit encore en vie. Les circonstances ont été telles que c’est sans doute beaucoup mieux pour elles. La journaliste et détective privée Víctoria González, elle-même enceinte jusqu’au cou, a été payée pour enquêter sur ce crime monstrueux qui révulse les plus endurcis des enquêteurs.

La Fallarás (comme elle se désigne elle-même sur twitter) nous entraîne dans la part la plus sombre et obscure de Barcelone, plus noire que le noir, à la rencontre de ceux qui survivent malgré le mal, ou peut-être par le mal. Un univers où personne n’est blanc, absolument personne. Où ne semblent survivre que celles et ceux qui ont plongé au plus profond, au risque de s’y noyer et de n’en jamais revenir. Dans ce monde-là, les idéaux n’ont guère de place car la réalité les a déchiquetés et éparpillés en mille morceaux, il y a bien longtemps. Qu’il s’agisse d’idéaux d’amour, de famille, de justice… aucun n’a résisté.

Eloge du bistrot parisien, Marc Augé

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Payot, Les Livres, Critiques, Essais

Eloge du bistrot parisien, mars 2015, 112 pages, 15 € . Ecrivain(s): Marc Augé Edition: Payot

 

Voici un livre que, malgré son titre, on ne doit pas se sentir obligé de lire dans un des lieux dont il parle. Guère besoin en effet de s’installer à une table ou au comptoir d’un bistrot parisien pour le lire, tout en vérifiant que ce qu’on lit est bien ce que l’on voit et vit (et que l’on ne vit plus vraiment, parasité par la lecture). Outre que cela serait une bien étrange démarche qui aurait sans doute pour premier effet de surprendre le tenancier du lieu comme ses habitués ou ses clients de passage, elle serait surtout inutile tant l’auteur sait les faire revivre à travers sa prose, ses digressions et ses souvenirs. Cet Eloge du bistrot parisien ne se présente pas comme une érudite analyse de l’espace et de l’imaginaire du lieu, même si, chemin faisant, l’auteur d’Un ethnologue dans le métro éclaire avec justesse et profondeur la nature de ce lieu si littéraire et si trivial à la fois. Le registre est celui d’une ethnologie sensible autant que d’une sociologie du sensible (ou des sensations) qu’il pratique avec un rare bonheur. Cette façon de partager observations, souvenirs, émotions, références littéraires a le don de nous éclairer sur notre quotidien, de nous permettre de mieux le voir (et non seulement de le percevoir), d’y être plus attentif et sensible. Comme un Pierre Sansot, qui pratique le même art avec un tout aussi réjouissant bonheur, Marc Augé nous invite à une flânerie qui sait être savante sans être pédante, qui sait nous faire comprendre sans nous alourdir d’académiques explications.

Des lions comme des danseuses, Arno Bertina

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 16 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, La Contre Allée

Des lions comme des danseuses, février 2015, 64 pages, 6 € . Ecrivain(s): Arno Bertina Edition: La Contre Allée

 

« De quoi l’Europe est-elle le nom ? » aurait pu être le sous-titre de ces Lions. Arno Bertina se projette dans un futur proche et vient questionner la présence des « arts premiers » dans les musées de France et d’Europe, à commencer par celui du Quai Branly. Une question qu’il fait poser par le roi de Bangoulap, le Fo’ Yankeu Jean, à l’administrateur dudit musée : il serait bien étrange que les ressortissants de son royaume payent l’entrée du musée pour voir des œuvres qui viennent de chez eux ; donc le roi exige la gratuité du musée pour ceux-ci. Précisons que le royaume et le roi en question existent bien, en pays Bamiléké à l’ouest du Cameroun. Précisons aussi, pour ceux qui n’auraient pas suivi ces débats qu’une telle demande (a-t-elle vraiment été faite ? nous sommes là sur la limite entre fiction et réel…) s’inscrit dans les démarches et programmes de restitution des œuvres d’art menés sous l’égide de l’Unesco (l’agence des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). L’auteur s’amuse alors à imaginer les conséquences de cette demande, qui semble des plus légitimes, des plus logiques, même. Et voilà l’Europe, ou plutôt la CEE, interrogée dans ses fondamentaux, ses logiques et arguties libérales qui savent si bien – dans le discours et dans les actes – transformer les rapports de domination culturels institués en libertés économiques assumées et recherchées – par ceux à qui elles profitent surtout, bien entendu.