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Articles taggés avec: Banderier Gilles

Tant de choses à savoir, Comment maîtriser l’information à l’époque moderne, Ann Blair (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 26 Août 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Tant de choses à savoir, Comment maîtriser l’information à l’époque moderne, Ann Blair, Seuil, Coll. L’univers historique, mars 2020, préface Roger Chartier, trad. anglais Bernard Krespine, 496 pages, 25 €

 

Le 5 décembre 2003, Arthur C. Clarke – à la fois grand écrivain et inventeur du satellite géostationnaire, qui révolutionna les télécommunications – déclarait dans un entretien à One World South Asia : « There are many who are genuinely alarmed by the immense amount of information available to us through the Internet, television and other media. To them, I can offer little consolation other than to suggest that they put themselves in the place of their ancestors at the time the printing press was invented. “My God”, they cried, “now there could be as many as a thousand books. How will we ever read them all ?”. Strangely, as history has shown, our species survived that earlier deluge of information, and some say, even advanced because of it ».

La citation pourrait servir d’épigraphe à l’excellent livre d’Ann Blair, où elle montre comment l’humanité a cherché (et peut-être échoué, mais c’est un autre débat) à maîtriser un double phénomène : d’une part, un volume sans cesse croissant d’informations ; d’autre part les changements apportés aux supports matériels de ces informations.

Le Baal Shem Tov, Mystique, magicien et guérisseur, Jean Baumgarten (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 18 Août 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Baal Shem Tov, Mystique, magicien et guérisseur, Jean Baumgarten, Albin-Michel, février 2020, 204 pages, 19 €

Envisagés d’un certain point de vue, les deux millénaires d’histoire du christianisme furent une longue lutte (toujours pas achevée et qui ne s’achèvera sans doute jamais) contre les hérésies, en apparence grouillantes, mais qui en réalité se coagulent toujours autour de quelques points fondamentaux du dogme. En comparaison, et au strict point de vue théologique, le judaïsme, après avoir survécu à la chute du Temple, connut un parcours plus paisible, puisqu’il ne fut affecté que par deux hérésies majeures. La première, le qaraïsme, n’occupe guère de place dans les livres d’histoire, même si les qaraïtes existent toujours. La seconde, en revanche, manqua tourner à la catastrophe. Dans les années 1650, un Juif né à Izmir, Sabbataï Tsevi (1626-1676), se proclama le Messie. Il ne fut pas le premier à le faire, bien que l’influence des faux messies eût été restreinte et leur espérance de vie limitée. Contre toute attente, Tsevi parvint à convaincre une fraction non négligeable des Juifs d’Europe. L’écho s’en fit entendre jusque dans la correspondance de Spinoza. Même la conversion finale de Tsevi à l’islam ne parvint pas à entamer la foi de ses sectateurs les plus résolus, en dépit de toute raison. Les autres y avaient perdu leurs illusions et parfois davantage.

Les Rêveries du promeneur solitaire, Cartes à jouer, Jean-Jacques Rousseau (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 07 Juillet 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Classiques Garnier

Les Rêveries du promeneur solitaire, Cartes à jouer, édition d’Alain Grosrichard et François Jacob, 1156 pages, 32 € . Ecrivain(s): Jean-Jacques Rousseau Edition: Classiques Garnier

 

Même si les Rêveries ne font point partie de ces œuvres qu’on estime devoir relire tous les ans, ceux – encore nombreux, on l’espère – qui les ont lues conservent le souvenir d’un petit volume. Aussi n’est-ce pas sans surprise qu’on se retrouve en possession d’un livre dépassant le millier de pages, épais de cinq centimètres. Ce n’est certes pas une édition grâce à laquelle on prendra contact pour la première fois avec le texte de Rousseau. Bien que cet ouvrage ait été imprimé au format des éditions dites « de poche », nous sommes en présence d’un monument d’érudition haut de gamme. Qualifier une édition savante de « définitive » a un arrière-goût prétentieux de publicité mal faite ; mais peut-être est-ce ici le cas. Une telle entreprise exige évidemment une introduction : celle-ci, longue de 90 pages, a été ficelée de façon bizarre, en forme de dialogue imaginaire. On doit y regretter la présence d’anglicismes à la mode (ne sait-on plus écrire sans eux ?).

Urbex RDA, L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, Nicolas Offenstadt (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 30 Juin 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Essais, Histoire

Urbex RDA, L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, Nicolas Offenstadt, 225 pages, 34,90 € Edition: Albin Michel

« J’étais pourtant, et plus que jamais, conscient que l’humanité ne méritait pas de vivre, que la disparition de cette espèce ne pouvait, à tous points de vue, qu’être considérée comme une bonne nouvelle ; ses vestiges dépareillés, détériorés n’en avaient pas moins quelque chose de navrant » (Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île).

Dans la sinistre panoplie des armes de destruction massive, la bombe à neutrons est (ou était ?) supposée anéantir toute vie humaine et animale, mais laisser intacts bâtiments et infrastructures. Faute (heureusement) de l’avoir testée dans des conditions réelles, on ignore si c’est vrai ou non. Le paradoxe est que, pour produire les résultats qu’on voit dans Urbex RDA, il n’a pas fallu faire usage de la moindre violence. La RDA est l’exemple d’un pays, d’un État, qui a disparu dans un éternument, sans que le moindre coup de feu ait été tiré. Autant, pour venir à bout de l’Allemagne nazie, il fallut sacrifier des millions d’hommes et utiliser des tonnes de bombes, autant l’effondrement du régime Est-allemand (dont il faut, cela va de soi, se féliciter) eut quelque chose de feutré et, pour tout dire, d’un peu minable, y compris dans le malentendu – le porte-parole du gouvernement Est-allemand, Günter Schabowski, relisant mal ses notes – qui conduisit à l’ouverture du Mur.

Labyrinthe, Burhan Sönmez (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 22 Juin 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

Labyrinthe, mars 2020, trad. turc, Julien Lapeyre de Cabanes, 218 pages, 20 € . Ecrivain(s): Burhan Sönmez Edition: Gallimard

 

Né en 1965, Burhan Sönmez est une des plumes les plus importantes et les plus singulières de la littérature turque contemporaine. Ses deux premiers romans sont pour le moment (honte à nous) inédits en français. Le troisième avait été traduit en 2018, son titre Maudit soit l’espoir constituant une « belle infidèle » (en turc, le roman s’intitulait simplement Istanbul Istanbul).

Le titre de ce quatrième roman, Labirent, a été traduit fidèlement. Le labyrinthe en question est, d’une part, celui des rues d’Istanbul, mégapole à cheval sur deux continents, où l’on peut déambuler à l’infini, de jour comme de nuit. Ce n’est pas la vision sinistre de l’Istanbul souterrain et carcéral, décrit dans Maudit soit l’espoir, mais une ville chaleureuse, où l’on s’amuse, consomme de l’alcool et où de belles jeunes femmes laissent librement flotter leurs cheveux aux terrasses des cafés. Comme dans le roman précédent, Istanbul, avec ses foules, ses vendeurs ambulants, ses vapur, ses mouettes, est quasiment un personnage à part entière. D’autre part, le labyrinthe est une métaphore de la mémoire et de l’oubli.