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Articles taggés avec: Banderier Gilles

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, Esther Rogan (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Classiques Garnier

La Stásis dans la politique d’Aristote La cité sous tension, janvier 2018, 430 pages, 52 € . Ecrivain(s): Esther Rogan Edition: Classiques Garnier

 

On connaît la formule d’Aristote suivant laquelle l’être humain est unzoôn politikon, un animal destiné à la vie en société. Comme l’ont montré les multiples exemples d’enfants sauvages ou d’enfants-loups (qu’il se soit agi d’expériences ou de hasards), aucun individu ne peut se développer normalement loin de ses semblables.

Une fois ce principe posé, Aristote ne s’est pas contenté d’imaginer, comme tant de penseurs, une société idéale, harmonieuse, où chacun vivrait en bonne entente avec ses semblables. Il a introduit au cœur de sa vision une notion redoutable, la stásis, vocable polysémique, que les dictionnaires de Bailly et de Magnien-Lacroix traduisent par soulèvement, révolte, division politique entre deux personnes, opposition, désaccord, querelle… Le mot n’est pas spécifique au lexique aristotélicien, qui se retrouve dans le Nouveau Testament.

Bertin ou la naissance de l’opinion, Jean-Paul Clément (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 13 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Histoire, Editions de Fallois

Bertin ou la naissance de l’opinion, avril 2018, 376 pages, 24 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Clément Edition: Editions de Fallois

 

Innombrables sont les romans, bandes dessinées et films mettant en scène des journalistes ou des envoyés spéciaux (prononcez reporters). Comment ces professions sont-elles parvenues à infiltrer la fiction, ce qui ne s’est jamais produit avec les notaires, les plombiers et les dentistes (pour ne citer que trois métiers indispensables, mais dépourvus de prestige) ? La fiction ne fait que refléter une réalité sociologique, l’évolution de la presse en Europe et dans ses prolongements (Amérique, Israël, Océanie).

Le terme de « presse » est en soi intéressant. Quand, au XVIIesiècle, des pamphlétaires parfois prestigieux (comme Milton) revendiquaient la liberté de la presse, ils pensaient à la liberté d’imprimer en général : des romans, des pièces de théâtre, de la philosophie, de la théorie politique, voire de la poésie, et pas seulement des journaux. Par la suite, le mot « presse » en est venu à désigner le volume chaque jour plus important de papier fraîchement imprimé, destiné à informer ou à manipuler les contemporains. Si les journalistes sont souvent perçus (à tort) comme des héros, les patrons de presse font moins rêver. Randolph Hearst doit sa célébrité hors des États-Unis à la politique et au cinéma.

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Triomphe de la bêtise ou Le gâteau au chocolat du président Donald Trump, Armand Farrachi, Actes-Sud, mai 2018, 112 pages, 12,50 €

Pétrarque (1304-1374) fut l’inventeur d’une rhétorique amoureuse qu’on imita durant près de cinq siècles, jusqu’au Romantisme. Ceux qui feuillètent encore son Canzonierene remarquent pas toujours que le recueil est composé de deux parties, les « Sonetti et Canzoni » et les « Trionfi », qu’on lit encore moins que le reste, poèmes allégoriques en tercets (comme la Divine Comédie), mettant en scène successivement le Triomphe de l’Amour, de la Chasteté, de la Mort, de la Gloire, du Temps et de l’Éternité. Les Trionfi suscitèrent des épigones, pas autant, toutefois, que les sonnets amoureux, qui ont placé une bonne part de la poésie française du XVIesiècle sous le signe d’un pétrarquisme de série.

Armand Farrachi proposerait-il un septième triomphe, celui de la Stupidité, qui engloberait les six autres (sans doute la bêtise n’est-elle pas éternelle, mais ne serait-elle pas immortelle ?) ? Lointaines héritières de Joachim de Flore, les Lumières avaient formulé la croyance à un progrès infini (ou à des progrès, le XVIIIesiècle employant plus volontiers le terme au pluriel). De manière visible, Armand Farrachi ne partage pas (ou plus) cette foi :

À l’heure d’Israël, Léon Askénazi, André Chouraqui (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 29 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Essais

À l’heure d’Israël, mai 2018, 218 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Léon Askénazi, André Chouraqui Edition: Albin Michel

 

Israël constitue ce que les physiciens nomment une singularité. Aucun autre pays au monde n’a eu – et sans doute aucun autre pays au monde n’aura jamais – une histoire aussi étonnante, que Joseph Kessel, en 1970, résumait ainsi : « Une nation dispersée depuis vingt siècles sur toute la surface du globe qui, voilà cinquante ans, n’avait ni terre, ni langue, ni paysan, ni soldat. Chaque arbre, moisson, usine, hameau ou ville, elle les a fait surgir d’un sol nu. Et sans cesse menacée par le fer et le feu (Les Fils de l’impossible, Plon, p.117).

Il suffit que ce petit État, aux dimensions plus réduites que celles d’une région française d’avant la réforme territoriale, se défende légitimement contre une agression patente, pour que la « communauté internationale », sourde aux plus stridentes violations des droits de l’homme lorsqu’elles s’exercent ailleurs, s’en émeuve et jette des cris aigus. L’ONU a consacré un nombre impressionnant de résolutions à condamner Israël, tandis que des ignominies sans nom et sans nombre s’accomplissaient et s’accumulaient en silence au fond des jungles africaines, dans les montagnes du Tibet et sur les hauts plateaux de Turquie.

Rêver sous le IIIe Reich, Charlotte Beradt (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 22 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Langue allemande, Payot Rivages

Rêver sous le IIIe Reich, mars 2018, trad. allemand Pierre Saint-Germain, 240 pages, 8,70 € . Ecrivain(s): Charlotte Beradt Edition: Payot Rivages

 

Un des dirigeants nazis les moins connus, Robert Ley (mais qui en avait fait assez pour estimer raisonnable, la guerre perdue, de se pendre avant même de passer en jugement) eut cette phrase : « La seule personne qui soit encore un individu privé en Allemagne c’est celui qui dort. En Allemagne, il n’y a plus d’affaires privées. Si vous dormez c’est votre affaire privée, mais dès le moment où vous vous réveillez et où vous rentrez en contact avec une autre personne vous devez vous rappeler que vous êtes un soldat d’Adolf Hitler » (cité p.30). La formule est glaçante. Peut-être fut-elle en-dessous de la réalité.

Rien ne prédisposait Charlotte Beradt (1907-1986) à devenir célèbre grâce aux rêves des autres. Elle travaillait dans une grande maison d’édition allemande, la Fischer Verlag, où elle rencontrait beaucoup de monde. À partir de 1933, elle entreprit d’interroger ses connaissances, qu’elles appartinssent à des professions libérales ou qu’elles fussent artisans, femmes au foyer, à propos de leurs rêves.