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Critiques

Le Ciel dans la peau, Edgar Chìas

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 03 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Théâtre

Le Ciel dans la peau, traduit de l’espagnol (Mexique) Boris Schoemann avec la collaboration Pierre Losson, éditions Le miroir qui fume, N°7, 94 p. 11 € . Ecrivain(s): Edgar Chias

 

Martyre de femmes


Le texte de Chìas s’ouvre sur des citations ironiques et terribles de deux auteurs mexicains : celles de la romancière féministe, Rosario Castellanos, et du poète Eduardo Lizalde, qui semblent nous préparer au pire. L’auteur nous donne aussi « un mode d’emploi » à notre lecture et définit en quelque sorte la nature de son œuvre : « un récit à plusieurs voix ». Il laisse le metteur en scène à venir, libre face à son texte. Le petit volume apparaît sous la forme d’un texte constitué de blocs de courts paragraphes et ici et là de paroles au style direct, surtout celles de personnages secondaires, que quelques titres interrompent, sur le mode du chapître en caractères gras et en lettres capitales, mais peut-être plus symboliquement comme les « stations d’un chemin de croix tragique » : le premier titre est AU COMMENCEMENT (souvenir de la Genèse sans doute) auquel répondra à la fin : Au COMMENCEMENT ETAIT.

Fragments, Marilyn Monroe

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 02 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Poésie, Nouvelles, Points

Fragments, édité par Stanley Buchthal et Bernard Comment, traduit (USA) par Tiphaine Samoyault, postface de Antonio Tabucchi, 269 p. 12 € . Ecrivain(s): Marilyn Monroe Edition: Points

 

Fragments réunit les inédits de Marilyn Monroe, textes écrits entre 1943 et 1962. Le titre de l’ensemble est bien choisi, pour ce qui est de l’essentiel de l’ouvrage. Sont en effet photographiées et reproduites des notes écrites « çà et là », – puisqu’il s’agit tout aussi bien de feuillets arrachés, de billets, d’enveloppes ou encore de pages de répertoire. Et ces notes ont, la plupart du temps, une allure fragmentaire, semblant grignotées par le silence, le mépris de soi, la peur, grandissante, monstre de peur.

Car, si l’on peut se poser la question de l’intérêt qu’il y a à réunir ainsi des fragments et à leur donner la forme – fallacieuse eu égard à leur origine et à leur élan – du livre, cette question cesse aussitôt d’insuffler son rythme dans la conscience lorsque l’on prend en considération la façon qu’ont ces écrits, si lapidaires soient-ils, de jeter une lumière – forte, crue – sur la personnalité de Marilyn Monroe, ces fragments relevant « aussi bien de la confidence, de l’observation, de l’automotivation, de l’introspection que d’un volontarisme tantôt pratique et quotidien, tantôt disciplinaire ».

Mon parrain de Brooklyn, Hesh Kestin

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 02 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Seuil

Mon parrain de Brooklyn (The Iron Will of Shoeshine Cats, 2012), traduit de l’anglais (USA) par Samuel Todd, Seuil Policiers, octobre 2013, 371 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Hesh Kestin Edition: Seuil

 

Étudiant brillant et orphelin, Russell Newhouse est aussi le secrétaire de la Bhotke Society, société yiddish de Brooklyn qui a l’avantage de bénéficier d’un carré réservé au cimetière du quartier. C’est comme cela que son chemin va croiser celui de Shushan Cats, parrain de la pègre juive de New-York, qui lui confie la mission d’organiser les obsèques de sa mère. En ce mois de novembre 1963, Russell découvre donc un nouveau monde et, pris sous l’aile de Shushan, commence à fréquenter le gratin des mafias de New-York. Mais quand, à quelques jours d’un procès qui pourrait l’envoyer durablement à l’ombre, Shushan disparaît, c’est à Russel que revient la mission de diriger un empire sur lequel la mafia italienne entend faire main basse.

Roman nostalgique et ironique sur un New-York disparu et une pègre légendaire qui se prêtent à la caricature, Mon parrain de Brooklyn est un de ces livres qui fonctionnent sur une bonne idée qu’ils arrivent à dérouler jusqu’au bout. Ici, donc, il s’agit de catapulter un étudiant en lettres, naïf mais sûr de son intelligence, au milieu puis à la tête d’un empire du crime, à un moment charnière de l’histoire contemporaine américaine. La guerre du Viêtnam en est à ses prémices, les manifestations en faveur des droits civiques des noirs débutent et JFK se fait assassiner à Dallas.

Déposer glaive et bouclier, James Lee Burke

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 30 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Déposer glaive et bouclier, traduit de l’américain par Olivier Deparis, octobre 2013, 303 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): James Lee Burke Edition: Rivages/Thriller

 

Nouveau départ


L’histoire se déroule dans les années 70. Hack Holland, un ancien vétéran de la guerre de Corée a tout pour être heureux. En effet, il est un homme avocat d’affaires respectable. Il a épousé une femme ravissante et s’apprête à gravir les échelons de la vie politique texane. Ainsi, en apparence, Hack affiche avec son entourage une vie rêvée faite de paillettes, de mondanités et de gloire. Cependant, en privé, c’est un homme brisé. Son couple bat de l’aile et lui-même trouve refuge et oubli dans l’alcool et les bras des prostituées. Hack Holland, ce descendant d’une prestigieuse lignée, est tenaillé par des cauchemars fréquents venant ressusciter son traumatisme et les tortures qu’il a vécus en Corée lorsqu’il était prisonnier de guerre.

Meursault, Contre-enquête, Kamel Daoud

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 29 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Barzakh (Alger)

Meursault, contre-enquête, octobre 2013, 192 pages . Ecrivain(s): Kamel Daoud Edition: Barzakh (Alger)

 

Kamel Daoud, journaliste au Quotidien d’Oran et écrivain, nous offre un troisième regard algérien sur Albert Camus en cette année commémorative du centenaire de sa naissance. Et, pas plus que Aujourd’hui Meursault est mort de Salah Guemriche ou Le dernier été d’un jeune-homme de Salim Bachi, Meursault, contre-enquête ne répond aux craintes ou aux attentes qui se manifestent encore de part et d’autre de la Méditerranée. Revisitant le livre le plus célèbre de cet écrivain grand interrogateur de la condition humaine dont il admire l’écriture, ce jeune auteur algérien y rend en effet un surprenant hommage, non à l’icône adulée ou rejetée, mais à la littérature universelle et à la langue française :

 

« Il me fallait apprendre une autre langue que celle-ci. Pour survivre. (…) Les livres et la langue de ton héros me donnèrent progressivement la possibilité de nommer autrement les choses et d’ordonner le monde avec mes propres mots », affirme ainsi le narrateur de son roman.