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Critiques

Vie électrique, Jean-Philippe Rossignol

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Vie électrique, 173 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Rossignol Edition: Gallimard

 

Premier roman intéressant d’un jeune auteur qui s’attache à faire que sa vie chemine en prenant doucement la main de la transgression ; car, comme l’écrit Michel Foucault dans Préface à la transgression (in Hommage à Georges Bataille, Critique, n°195-196, août-septembre 1963), « [r]ien n’est négatif dans la transgression. Elle affirme l’être limité, elle affirme cet illimité dans lequel elle bondit en l’ouvrant pour la première fois à l’existence ».

S’ouvrir à l’existence est en effet la vocation de tous les instants de Jean-Philippe Rossignol, rendue lisible par ce roman conçu comme témoignage.

Témoignage d’une vie, d’une pensée.

Vie et pensée mêlées.

Et il faut, étrangement, pour saisir toute l’ambition de Jean-Philippe Rossignol, faire un détour par une auteure qu’il ne cite jamais : Anaïs Nin. Et plus précisément son Journal. Encore plus précisément : les dates du 10 et 21 mai 1933, du 12 juin 1934 et du 10 janvier 1937.

La garçonnière, Hélène Grémillon

, le Mercredi, 18 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion

La garçonnière, septembre 2013, 354 pages, 20 € . Ecrivain(s): Hélène Grémillon Edition: Flammarion

 

Une scène d’ouverture accrocheuse, où un médecin est accusé du meurtre de sa femme par quelques policiers véreux, puis une série de pages où la suite des évènements tarde à venir. Pour autant, il ne faudrait en rester là.

Hélène Grémillon plante lentement le décor, les personnages, et divulgue peu à peu l’intrigue. Argentine, Buenos-Aires. Les années suivant la dictature militaire menée par le général Videla durant les années 80, et qui a laissé de profondes séquelles. Faute de procès, anciens bourreaux en liberté ont repris leur petite vie, comme si de rien n’était, et se mêlent à leurs concitoyens, parmi lesquels d’anciennes victimes. Tel Miguel, pianiste de renom, effroyablement torturé par la junte militaire durant des jours, des semaines, comme il le révèle point par point à Vittorio, son psychanalyste, n’omettant pas de lui glisser que durant ces horreurs, bon nombre de psychanalystes étaient au service de l’armée.

Nous, les mecs Essai sur le trouble actuel des hommes, Daniel Welzer-Lang

, le Mercredi, 18 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Payot Rivages

Nous, les mecs Essai sur le trouble actuel des hommes, novembre 2013, 192 pages, 7,65 € . Ecrivain(s): Daniel Welzer-Lang Edition: Payot Rivages

 

 

Dans les dernières pages de son texte troussé dans une langue élégante, Isabelle Miller raconte que son prétendant lui promit de lui offrir des orchidées de chez Lachaume si un jour elle venait à le quitter. Le lecteur masculin comprendra que le titre, La déclaration d’amour (2013), n’est pas du chiqué, tant s’en faut. N’y-a-t-il plus belle déclaration, plus bel amour, que d’affirmer que son affection est indéfectible, inconditionnelle, donc indépendante des sentiments de l’autre ? Mais Isabelle Miller ne l’entend pas de cette oreille : « Il n’avait aucune raison de douter de moi et je lui en voulais de dénigrer la certitude que j’avais alors de l’aimer toujours » (1). Elle fait de cette déclaration une lecture littérale et le gage d’amour devient très vite une suspicion de désamour, une rupture annoncée. Mais est-il si difficile de comprendre un mec ?

Moment d’un couple, Nelly Alard

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 17 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

Moment d’un couple, octobre 2013, 376 pages, 20 € . Ecrivain(s): Nelly Alard Edition: Gallimard

 

Autour de la rupture d’un couple. Autrement dit, « le » sujet du roman par excellence. Celui qui traverse les écritures de – presque – tous les écrivains. Les moments – tous – où l’arbre se fend de partout. L’orage au scalpel. Le – indépassé ? indépassable ? La femme rompue de Beauvoir, la référence. Du reste, comme le livre dans le livre, le poche – Beauvoir s’invite dans le récit de Nelly Alard ; il est relu, objet de comparaisons ; les personnages courent y lire la suite de leur propre histoire.

La nouvelle de Beauvoir finit par ces mots posés comme un voile de deuil : « J’ai – (la femme trompée) – peur. Et je ne peux appeler personne au secours. J’ai peur », quand ce livre-ci clôt sur : « Il – (un ancien amant) – l’appelle Il y a un petit manque quand même. Ils se voient demain soir »… entre les deux romans, 60 ans. Un univers, une galaxie de différences ? Voire !

Le dilemme du prisonnier, Richard Powers

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 17 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Le dilemme du prisonnier, traduit de l’Américain par Jean-Yves Pellegrin, août 2013, 500 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Richard Powers Edition: Le Cherche-Midi

 

Au nom du père


Pour comprendre la complexité du troisième roman de Richard Powers, il faut dès le commencement de la lecture s’intéresser au titre de l’ouvrage car il porte en lui toute l’essence de l’œuvre. En effet, « le dilemme du prisonnier » est une expression très connue et qui a fait date dans le monde du jeu et par extension dans l’univers de la politique et de la négociation. Elle a été élaborée par A.W. Tucker. « Le dilemme du prisonnier » désigne une situation de jeux où deux joueurs auraient intérêt à coopérer, mais où de fortes incitations peuvent convaincre un joueur rationnel de trahir l’autre lorsque le jeu n’est joué qu’une fois. Pourtant si les deux joueurs trahissent, tous deux sont perdants. Comprenant la difficulté pour le public de comprendre le principe du jeu, A.W. Tucker l’explique sous la forme d’une histoire : Deux suspects sont arrêtés par la police. Or les policiers n’ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre.