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Critiques

Nu dans le jardin d’Eden, Harry Crews

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Sonatine

Nu dans le jardin d’Éden (Naked in Garden Hills, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Patrick Raynal, novembre 2013, 236 pages, 19 € . Ecrivain(s): Harry Crews Edition: Sonatine

 

Livre devenu quasiment une légende urbaine, un mythe, tant, après qu’il a complètement cessé d’être édité aux États-Unis, il était devenu introuvable, Nu dans le jardin d’Éden (Naked in Garden Hills) débarque en France grâce à Patrick Raynal – qui avait édité Harry Crews en France à la Série Noire – et aux éditions Sonatine.

Nu dans le jardin d’Éden est seulement son deuxième roman, en date de 1969, mais il y a déjà dedans tout ce qui fait la singularité de Harry Crews : des personnages de freaks (deux d’entre eux viennent d’ailleurs directement d’une fête foraine) attirés par le pouvoir, l’argent, mais surtout la reconnaissance et un semblant de sens à donner à leurs vies, des corps malmenés par les autres mais aussi et surtout par eux-mêmes, un vernis grotesque qui sert à toucher du doigt l’essence de l’homme ; un homme qui est loin de l’innocence édénique mais qui possède bel et bien son libre arbitre et qui est loin d’être dénué de vice.

Un amour de Descartes, Jean-Luc Quoy-Bodin

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Gallimard

Un amour de Descartes, L’Infini, Gallimard, mars 2013, 14,90 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Quoy-Bodin Edition: Gallimard

 

« Il prêtait une oreille attentive à son babillage. Il aimait ses éruptions de sons, ces éclats de mots, ce magma du langage qui n’est pas encore la parole. Partition atonale, échos dissonants de ses appétits et de ses affects. Sans se l’avouer, il appréhendait ce moment où les sons allaient se dénouer, éclore, s’envoler et devenir des mots, des mots durs, tranchants, blessants, des mots de grands puis des adjectifs ; il allait être nommé, évalué, corrigé, contredit. C’est que l’enfant a ses maux à dire, sa vérité à faire éclater. Il somme l’adulte de l’écouter ».

En Hollande, René Descartes tombe sur une fleur, sa Francine, sa fille, sa fleur aimée. Il en tirera quelques leçons de vie, donc de pensées. Un éclair, ce mouvement du temps qui file à la vitesse de la lumière, dont il va se nourrir, comme l’on se nourrit d’un sourire, d’un mot, d’une danse d’enfance. L’enfance de l’art et de la raison, l’un ne va pas sans l’autre. L’autre, cette enfant qui le fixe, l’écoute, l’interpelle, lui montre ce qu’elle voit avec ses mots, qui vont un temps le détourner de ses maux.

Malraux & Picasso, une relation manquée, Raphaël Aubert

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Biographie

Malraux & Picasso, une relation manquée, Infolio, Collection Archigraphy Poche, 2013, 9 € . Ecrivain(s): Raphaël Aubert

 

L’histoire des arts fourmille de « relations manquées », à l’instar de celle, plus générale, de tous les hommes qui se cherchent et ne se trouvent finalement pas quand tant d’étincelles auraient pu crépiter entre eux. Et l’on se demandera encore longtemps ce que certains auraient pu se dire s’ils avaient seulement pu ou su se parler. Celle que Raphaël Aubert radiographie n’est pas, parmi de nombreuses autres au XXe siècle, la moins intéressante en termes de ratage. Car il faut attendre la mort de Picasso pour que Malraux en vienne enfin à mesurer l’ampleur d’un peintre qu’il a à peine côtoyé et longtemps ignoré. Dès l’introduction de son livre, Raphaël Aubert énonce clairement ce qui fait obstacle entre eux deux : d’une part, sur le plan esthétique, le relatif « conservatisme » de Malraux qui délaisse des pans entiers de la modernité picturale et plastique au nom du seul Georges Braque ; d’autre part, sur le plan politique, une fois l’ennemi commun du nazisme abattu, l’aveuglement communiste de Picasso, qui achoppe sur l’orientation gaullienne de Malraux, farouchement opposé à Staline.

Histoire grecque, Claude Orrieux et Pauline Schmitt Pantel

Ecrit par Vincent Robin , le Samedi, 07 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Histoire

Histoire grecque, PUF, 2° édition Quadrige Manuels, juin 2013, 512 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Claude Orrieux et Pauline Schmitt Pantel

 

 

A travers la seconde édition de leur travail consacré à l’une des civilisations majeures d’Occident (la précédente datait de 1995), le couple Orrieux-Schmitt Pantel propose un compte à rebours historique au pourtour de la mer Egée depuis la plus haute antiquité. Le déroulement abordé s’étire de –40.000 ans jusqu’au second siècle avant J.-C. « Histoire grecque » et non « Histoire de la Grèce », la distinction n’est pas anodine. Le présent traité ne se rapporte en effet nullement à la formation progressive d’un état dans la perspective de son affirmation autonome récente. L’inverse en serait même plutôt le principe, en considération de la multiplicité des territoires et sociétés concernés par un champ d’investigations aussi étendu et ramifié.

Au monde, Joël Pommerat

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 07 Décembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Au monde, Actes Sud Papiers, octobre 2013, 72 pages, 12 € . Ecrivain(s): Joël Pommerat Edition: Actes Sud/Papiers

 

Au monde est une pièce magnifique, récemment exaltée – et comme exhaussée ; exhaussée jusque dans son mystère ; jusque dans la partie tout à la fois la plus ombreuse et la plus musicale de son mystère – par le théâtre de l’Odéon (avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Roland Monod, Ruth Olaizola, Marie Piemontese et David Sighicelli ; scénographie d’Éric Soyer et Marguerite Bordat ; costumes de Marguerite Bordat et Isabelle Deffin ; lumière d’Éric Soyer).

Cette pièce n’a pas pour vocation à être difficile. Elle peut – veut – toucher chacune, chacun. Mais, bien qu’elle soit d’un abord aisé, il y a plusieurs niveaux de lecture. Puisque l’intertextualité y est omniprésente. Celle-ci concerne le théâtre, majoritairement (sans surprise, dira-t-on), mais aussi le cinéma. Pour faire court, citons juste quelques noms : Maeterlinck (la « petite trilogie de la mort », et surtout, en son sein, Les Sept Princesses…), Shakespeare (surtout Le Roi Lear), Molière (L’École des femmes), Bergman (notamment Cris et chuchotements) et Lynch. Mais aussi Strindberg et Ibsen (pour l’atmosphère bourgeoise). Et Pinter (pour le ton particulier qu’ont les répliques courtes).