Identification

Critiques

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l'italien par Pascal Leclercq, 374 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

« Il est tout à fait exact qu’il faut juger les films d’après leur fin ».

Cette phrase tirée du livre pourrait parfaitement s’appliquer à Vie et mort de Ludovico Lauter, d’Alessandro De Roma.

Il y a certains livres qu’on a envie d’abandonner avant la fin. Mais on s’accroche quand même, sans d’ailleurs bien savoir pourquoi. On continue on se disant qu’il finira bien par se passer quelque chose. Mais en attendant, on se demande ; Qu’est-ce que cherche à dire l’auteur ? Où veut-il en venir ? Et va-t-on arriver à quelque chose ou perd-on son temps ?

Dans sa première partie, Vie et mort de Ludovico Lauter est un livre plaisant, agréable à lire, mais qui manque singulièrement d’éclat. Cette histoire d’écrivain reclus du monde n’a rien de franchement époustouflant. Par certains côtés, elle peut même paraître relativement éculée. Et cette première partie dure quand même la bagatelle de 290 pages…

Alessandro De Roma aurait pu généreusement tailler dans le gras au moins. 100 pages de moins n’auraient pas fait de mal.

Il reste alors 90 pages… et quelles pages ! Quelles pages ! Elles vont obliger à repenser tout ce qu’on vient de lire. D’un coup, elles élèvent le livre, l’emmènent vers des sommets insoupçonnés.

Il fut un temps ... l'ailleurs, Damien Corbet

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Cardère éditions

Il fut un temps… l’ailleurs, Cardère Ed. 2011, 80 p. 15 €. . Ecrivain(s): Damien Corbet Edition: Cardère éditions

Alors il y a quelque chose qui m’a intriguée dès les premières pages du livre, c’est l’âge de l’auteur. Né en 1991, est-il indiqué en quatrième de couverture, soit à peine 20 ans et cette écriture pourtant dénonce un vécu de plusieurs vies déjà, quelque chose qui tiendrait du juif errant imbibé de beatnik ! Etrange recueil oui, qui nous entraîne en divers lieux dans un défilé chronologique, d’abord comme à travers le prisme d’anciens clichés que l’auteur aurait retrouvés dans une vieille malle voyageuse ou quelques tableaux dénichés chez un antiquaire… Cela commence à « Rio de Gens’héros », le 1er janvier 1750 :

Sur les tambours pulpeux du visage des hommes, les femmes lançaient l’envie d’un mouvement de bassin. Il y avait des jeunes à qui l’on conte l’amour comme le plus beau des sacres, qui couraient dans les rues, le cœur au bout d’une canne à pêche.

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Critiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Récits, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.

La vie sexuelle des super héros, Marco Mancassola

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 29 Mai 2011. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Gallimard

La vie sexuelle des super héros – Traduit de l’italien par Vincent Raynaud. 546 pages, 24,90 € . Ecrivain(s): Marco Mancassola Edition: Gallimard


Réveillez le geek qui sommeille en vous. Vous aussi vous avez été élevé au Strange ? Vos héros d’enfance s’appelaient Spiderman ou Batman, Spiderman ou Wolverine, Daredevil ou Le Punisher ? Vous prenez encore un plaisir non coupable à vous plonger dans des comics ? Vous ne manquez pas un seul des films de super-héros qui fleurissent au cinéma ?

Alors, le dernier livre de Marco Mancassola, La vie sexuelle des super héros, est assurément fait pour vous.

Comme l’annonce son titre, ce livre est d’abord un programme de choc. Où l’on va connaître les super-héros sous un jour un peu plus intime. Car s’il existe une certaine constante dans les comics, c’est bien souvent l’absence de sexualité des super-héros. Pas de repos du guerrier pour les braves. Défendre la veuve et l’orphelin, sauver le monde contre des hordes de super-méchants vide-t-il de toutes ses forces ? Mais peut-être aussi parce que le public auquel s’adressent les comics est plutôt jeune…

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Hermann

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).