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Critiques

Bleu corbeau, Adriana Lisboa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

Bleu corbeau, traduit du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac, 19 septembre 2013, 222 pages, 18 € . Ecrivain(s): Adriana Lisboa Edition: Métailié

A la recherche de son identité


Les éditions Métailié offrent aux lecteurs une occasion de (re)découvrir un auteur de talent, Adriana Lisboa. En effet, avec Bleu corbeau, elle nous entraîne dans les pérégrinations d’une petite fille orpheline, Evangelina, qui à la mort de sa mère part aux Etats-Unis à la quête de son père biologique.

« Ce n’était pas une aventure. Ce n’était pas des vacances, ni une diversion, ni un passe-temps, ni un changement d’air, je partais aux Etats-Unis pour habiter chez Fernando avec un objectif bien particulier en tête : chercher mon père ».

Mais qui est donc Fernando ? Cet homme au passé sombre et tragique est l’ex-mari de sa mère. Le duo que forme Fernando avec l’enfant permet à l’auteur de mettre face à face deux destins : celui de ce père de circonstance et la petite fille esseulée. Et c’est au contact de cet homme qui la sauve de la solitude qu’elle va s’interroger sur le sens de l’existence hissant ainsi sa réflexion d’enfant à une dimension quasi métaphysique :

Métamorphoses de Matisse, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie

Métamorphoses de Matisse, Editions Guéna-Barley, mai 2013, 189 pages, 10 € . Ecrivain(s): Karin Müller

 

« Trouver la joie dans le ciel, dans les arbres, dans les fleurs. Il y a des fleurs partout pour qui veut les voir ».

Henri Matisse

 

La vie de Matisse est aussi colorée que ses tableaux, riche et diverse que sa fameuse collection d’étoffes. Son existence fut une lutte de chaque instant, rien ne lui fut épargné : problèmes de santé, difficultés financières, virulence des critiques. Parcours âpre, reconnaissance tardive, Henri Matisse commencera enfin à vivre aisément de son art à l’aube de ses soixante ans.

Passionné par la poésie, l’écriture, la sculpture, il s’ouvre très tôt les portes de la peinture et, parallèlement à son entrée dans le monde de l’art pictural, il voue un intérêt tout particulier pour le théâtre avec, à ses côtés, celui qui, sa vie durant, restera un ami fidèle, Léon Vassaux.

Molière dramaturge libertin, Antony McKenna

Ecrit par Eddie Breuil , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Molière dramaturge libertin, Éditions Honoré Champion, 2005, 254 pages + illustrations, 8 € . Ecrivain(s): Antony McKenna

 

Dans une Histoire idéale de la critique littéraire, l’ouvrage Molière dramaturge libertin d’Antony McKenna aurait été appelé à représenter un moment clef, puisqu’il constitue la mise en pratique d’une conception critique particulière, qui s’oppose à celle dominante. Malheureusement, l’ouvrage est passé relativement sous silence, ce qui traduit davantage un désintérêt relatif pour les débats littéraires et sur la façon dont le texte littéraire doit être abordé.

Il semble que deux grandes approches du texte littéraire s’opposent :

– Une attitude affabulatrice, visant à ne considérer que le texte et à produire diverses interprétations à partir de lui.

– Une attitude plus scientifique visant à vérifier une interprétation possible d’un texte, à partir du texte lui-même. Le texte n’est donc plus un prétexte dans lequel on va essayer de trouver les éléments de sa lecture, mais au contraire il est un élément visant à vérifier des hypothèses formulées, et souvent à les infirmer.

Tout le ciel au-dessus de la terre, Angélica Liddell

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Espagne, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Tout le ciel au-dessus de la terre (Le syndrome de Wendy), traduit de l’espagnol Christilla Vasserot, 2013, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Angélica Liddell Edition: Les solitaires intempestifs

 

L’île des morts ou retour à Utoya


Angélica Liddell achève, avec Tout le ciel au-dessus de la terre (Le syndrome de Wendy), sa trilogie chinoise entamée en 2011 avec Maudit l’homme qui se confie en l’homme, poursuivie en 2013 avec Ping Pang Qiu dont nous avons parlé ici, dans une précédente recension, le 18 juin 2013.

Dans cette pièce, nous suivons les voyages métaphysiques et mélancoliques de Wendy, figure centrale du texte, née de l’imagination de l’anglais Barrie au début du siècle dernier. Wendy ou Angélina ? L’écriture est d’abord réécriture, emprunts, intertextualités, superpositions. La pièce est constituée de fragments presque autonomes, définis chacun par un titre. En ouverture, le leitmotiv d’une scène cruciale du film de Kazan, Splendor in the grass, titre faisant lui-même référence à un poème de Wordsworth, cité tour à tour par la professeure de littérature anglaise, miss Metcaf, et son élève, héroïne de l’histoire, Deanie Loomis. Malgré les vicissitudes de la vie, soyons maîtres de nous-mêmes et de notre passé.

Le Tapis de course, Michel Layaz

Ecrit par Olivier Bleuez , le Vendredi, 20 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Zoe

Le Tapis de course, 27 août 2013, 160 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Michel Layaz Edition: Zoe

 

C’est toujours un étonnement de se trouver confronté à de la bonne littérature. Et c’est bien cela dont il s’agit ici : un livre qui malgré son apparente simplicité nous emmènera, grâce au talent de l’auteur, dans l’exploration de questions énormes de notre époque : le rapport au travail, à la famille, à l’amitié, au courage en situation de paix, à ce qu’est une vie maîtrisée… Quelque chose qui nous parlera plus que n’importe quelle généralité socio-économique. L’homme décrit dans Le tapis de course pourrait être rangé dans la catégorie des « cadres », vit en zone pavillonnaire assez proche d’une ville et semble contrôler tous les compartiments de sa vie. Jusqu’à l’évènement inattendu, un « pauvre type » a priori sans importance lancé par un jeune a priori insignifiant, mais qui va modifier l’ensemble d’un équilibre illusoire :

« On a beau être blindé, s’être construit des murailles de Chine, avoir l’habitude et la pratique des petites remises en question, de celles qui sont sans danger et sans conséquences, de celles qui donnent l’illusion de réfléchir à sa vie, de peser ses choix, on devine là qu’une brèche a été percée ».