Identification

Critiques

Le langage des cactus, O. Henry

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 06 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Nouvelles, Rivages

Le langage des cactus, traduit de l’Anglais (USA) par Jean-Paul Gratias, août 2013, 153 pages, 7,65 € . Ecrivain(s): O. Henry Edition: Rivages

 

Le monde de O. Henry


Le langage des cactus est un recueil de huit nouvelles à l’épaisseur inégale. Cependant, la concision de l’écriture et la densité dramatique de certaines nouvelles comme la nouvelle-titre, ou encore celle intitulée Une croqueuse de diamant, donnent à voir le talent de cet auteur inspiré.

Les histoires mises en scène par O. Henry oscillent entre le tragique lié aux petites ironies de la vie quotidienne et le burlesque des situations. Aiguisé par son sens de l’observation, l’auteur s’inspire des drames et faits ordinaires qui font et défont une vie. Son décor est planté à New York, une ville cosmopolite et déjà à l’apothéose en termes de prouesses technologiques et de modernisme. Mais lorsque le lecteur se penche sur le sort de ses personnages, il remarque que cette ville en passe de devenir tentaculaire broie les plus humbles d’entre eux. Et plus précisément, O. Henry donne la voix à ces « petits gens » qui essaient tant bien que mal de survivre dans cette grande agglomération indifférente à leurs difficultés économiques et financières.

Le pique-nique des vautours, Greg Palast

Ecrit par Adrien Battini , le Mercredi, 06 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, USA, Denoël

Le pique-nique des vautours, traduit de l’anglais par Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz, septembre 2013, 528 pages, 25 € . Ecrivain(s): Greg Palast Edition: Denoël

 

On ne peut guère accuser Greg Palast de brandir l’illusion de la sacro-sainte objectivité pour protéger la virginité rigoriste de son enquête. Point de neutralité axiologique ou autre prudence déontologique, puisque l’évangile selon Palast divise notre monde en deux catégories : EUX et NOUS. Partant de ce postulat binaire, Le pique-nique des vautours s’appréhende comme un combat de boxe titanesque, quoique déséquilibré, entre le champion toutes catégories (eux) et un petit challenger teigneux et accrocheur (lui).

Derrière ce « EUX » qui anime la vindicte du journaliste, se rassemblent les plus grandes multinationales contemporaines, qu’elles relèvent du secteur du pétrole (BP, Chevron, Enron) de l’énergie (Shaw, NRG, Nina) ou de la finance (Goldman Sachs, JP Morgan et autres hedge funds). En dépit d’une structure éparpillée, les mérites de cette enquête à charge sont multiples. En revenant sur un certain nombre de catastrophes écologiques (Katrina, Fukushima, les marées noires), Greg Palast démontre la responsabilité des grands groupes qui sacrifient les normes de précaution au nom de la rentabilité. En révélant des corrélations insoupçonnées, le journaliste ré-humanise et donc re-politise ce que le sens commun attribuerait au fatalisme naturel et/ou providentiel.

San Pedro la nuit, Joseph Wambaugh

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 06 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Calmann-Lévy

San Pedro la nuit (Harbor Nocturne, 2012), traduit de l’anglais (USA) par Elsa Maggion, septembre 2013, 370 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Joseph Wambaugh Edition: Calmann-Lévy

 

Avec ce cinquième volet de la nouvelle série initiée en 2006 autour du commissariat d’Hollywood et plus particulièrement des équipes de nuit, renouant ainsi avec les histoires de flics qui avaient fait son succès, Wambaugh aborde un nouvel espace de la Cité des Anges. Après le quotidien sur Hollywood boulevard, les patrouilles censées faciliter les relations entre la police et les citoyens, la vie des quartiers riches et les galères des laissés pour compte, place au quartier du port de San Pedro, aux tensions mais aussi aux fraternisations entre ethnies.

Délaissant quelque peu les anecdotes auxquelles il nous a habitués – même si l’on a droit au désormais passage obligé des embrouilles entre super héros sur le boulevard – Wambaugh se concentre presque exclusivement sur une histoire. Celle de la rencontre entre Dinko, jeune docker d’origine croate voyant d’un mauvais œil la « mexicanisation » de son quartier et de Lita Melinda, immigrée clandestine mexicaine qu’il tente de soustraire à un gang de proxénètes tenu par un soi-disant russe et un coréen.

Œuvres, tome II, Claude Simon en la Pléiade

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 05 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Pléiade Gallimard

Œuvres, tome II, édition de Bérénice Bonhomme, Alastair B. Duncan et David Zemmour, février 2013, 1712 pages, 66,50 € . Ecrivain(s): Claude Simon Edition: La Pléiade Gallimard

 

Il faut relire Claude Simon.

Il faut relire Claude Simon.

Il faut relire Claude Simon !

Non le relire distraitement mais se replonger dans chacun de ses textes. Ou du moins dans ses plus éblouissants livres : Les Corps conducteurs (titre impeccable, quant au mouvement et de l’œuvre et de la pensée l’ayant retirée au silence et à la nuit), Leçon de choses, Les Géorgiques, L’Acacia, Le Tramway, et les beaucoup plus méconnus Archipel et Nord (« berceaux de forêt » d’une éblouissante blancheur ; les pas dans la neige des petites bêtes qui cherchent, dans le noir, la mamelle ; senteurs ocres, la mousse des sous-bois, la douce mélopée du silence, l’ouverture sans ouverture du ciel, pour quel au-delà du cri…).

Suzy Storck, Magali Mougel

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 05 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Suzy Storck, 2013, 75 pages, 12,80 € . Ecrivain(s): Magali Mougel Edition: Espaces 34

 

« L’autre guérillère ordinaire »

 

En 2013, les Editions espaces 34 publient deux volumes consacrés à Magali Mougel : Guerillères ordinaires, poèmes dramatiques (cf. chronique du 16 avril 2013) et Suzy Storck. Ces deux œuvres se font écho et particulièrement le premier poème « Lilith, à l’estuaire du Han » et Suzy Storck. La seconde pièce constitue en effet une amplification, un aboutissement dramatique de la première inspirée d’un fait divers : Magali Mougel passe d’un monologue court à un texte inscrit dans l’héritage du tragique antique : elle convoque un chœur. Elle construit sa pièce à partir d’un prologue auquel répond un épilogue et le dialogue fait se déployer les voix des personnages qui gravitent autour de la figure de Suzy, Médée sans mythologie, Médée du peuple. Suzy comme Lilith est une mère infanticide sans doute malgré elle : elle a commis « une faute d’étourderie » en oubliant son troisième enfant, nourrisson, en plein soleil dans sa poussette.