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Critiques

Echappement libre, Jean Chauma

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 23 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Roman

Echappement libre, Editions BSN Press, mai 2013, 200 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean Chauma

Paris, juin 1968, un jeune homme, Dominique Delille, quinze ans, déambule, seul, dans les rues de Paris. En langage adulte, il a fugué ; dans son vocabulaire, il est « tout simplement parti, […] un mélange de fuite et de départ en voyage ».

Après quelques jours d’errance et plusieurs vols, la cavale prend fin, à la rue Victor Hugo, dans le restaurant du même nom. Celui-ci, fréquenté par le Milieu, est tenu par la famille David, soit Roger, le père, ancien garçon coiffeur, œuvrant comme mac, receleur et organisateur de parties de poker ; sa femme, Andrée, ancienne spécialiste de la fellation, devenue maquerelle et leur fille, Martine, de même que Dominique. Il est engagé comme plongeur aux côtés d’un vieux Tunisien, Omar, cuisinier. Pas de question, pas de commentaire, on ne lui demande rien.

« Il était évident pour Andrée que ce jeune garçon était fugueur. Cela ne la troublait en rien. Elle pensait que chacun avait sa propre destinée à suivre. Elle-même, à l’âge de quinze ans, avait quitté le trou perdu où elle était née. Elle avait fui ce monde de paysans, profitant d’un marchand qui passait par là et qui lui fit payer son voyage jusqu’à Paris à coup de pipes. Comme il ne faisait pas le chemin en ligne droite mais allait de villages en petits bourgs, le voyage dura plusieurs jours ».

Dernier été à Primerol, Robert Merle

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions de Fallois

Dernier été à Primerol, 121 p 8,70 € . Ecrivain(s): Robert Merle Edition: Editions de Fallois

 

Il est ainsi des inédits dont la publication constitue un moment de bonheur. Il faut dire que ce petit livre concentre l’intelligence, l’élégance et la force de Robert Merle.

On est a la veille de la deuxième guerre mondiale. A l’extrême veille. En fait, dans son premier « chapitre » (il n’y a pas vraiment de chapitres mais des fragments) on est déjà dans la guerre. Cette période abrutissante et terrible des camps de transit où on a jeté Robert Merle et ses camarades. La douleur a porte un nom : la faim ! Ces quelque pages ne s’oublient pas, la faim est de toutes les tortures la pire pour l’homme, celle qui peut  changer sa nature même, l’avilir.

« En moins d’un mois, j’avais appris à la considérer, ma faim, comme un état normal. Je l’avais accueillie comme une habitude. J’en souffrais toujours, je ne m’en étonnais plus, j’avais faim comme d’autres sont boiteux. »

Une illusion passagère, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire, Joelle Losfeld

Une illusion passagère (The Fall of Ireland), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, août 2013, 133 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

Quand Martin, haut fonctionnaire irlandais, accompagnant en Chine pour la célébration de la fête de Saint-Patrick le sous-secrétaire d’état au cabinet de qui il est attaché, se retrouve seul dans son hôtel, à Pékin, où l’a laissé son patron pour un jour ou deux, il loue, après avoir longuement tergiversé, les services d’une masseuse.

L’aventure est banalement triviale.

Les hôtels chinois, constate le narrateur, intègrent très naturellement ces prestations, dûment tarifées, dans l’éventail des offices disponibles.

Tout naturellement, Martin s’attend, avec une sourde excitation, à ce que l’officiante lui propose le massage spécial. Et en effet la jeune femme qui le rejoint dans sa chambre lui soumet, après une onctueuse friction qui lui procure un délicieux moment de plaisir, l’offre espérée.

Le récit aurait pu consister en une suite de tableaux érotiques, voire pornographiques, de ce qui se passe ordinairement en ces moments-là.

A ce qui est de ce qui n’a, Vincent Motard-Avargues

Ecrit par Jean-Baptiste Pedini , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Encres vives

A ce qui est de ce qui n’a, 16 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Vincent Motard-Avargues Edition: Encres vives

 

Avec cette nouvelle parution, Vincent Motard-Avargues poursuit sa route poétique. Une route riche et dense qui nous conduit cette fois-ci sur les abords d’une plage grise.

Absence de l’être cher,

 

« comme un regard perdu

que veux-tu dire de plus ».


Pourtant c’est bien plus que nous propose Vincent. Sur un thème difficile, et qui à première vue pourrait nous apparaître usé, le poète parvient à nous emporter avec lui.

Dune sèche. Un regard vers le large. Il nous fait écrire dans le sable et l’émotion prend vie. Presque bourrasque. A ce qui est.

The Main, Trevanian

Ecrit par Adrien Battini , le Lundi, 21 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

The Main, traduit de l’anglais (USA) par Robert Bré, 3 octobre 2013, 392 pages, 23,60 € . Ecrivain(s): Trevanian Edition: Gallmeister

 

Auteur mystérieux qui aura entretenu son mythe tout au long de sa vie, Trevanian ne cesse de fasciner par-delà les décennies et les frontières de la mort. Capable de passer du thriller alpin (La Sanction) au western (Incident à Twenty-Mile) en passant par le récit de rônin modernisé (Shibumi), Trevanian est un auteur virtuose sublimant chacune des atmosphères qui l’intéressent. Derrière cette hétérogénéité thématique se cachent néanmoins un amour, une déférence et une loyauté indéfectibles pour le genre du roman noir, chaque nouveau livre étant une nouvelle démonstration de sa richesse et de son potentiel évocateur.

Ecrit en 1976, publié une première fois par Robert Laffont en 1979 et présentement réédité par Gallmeister, The Main est le troisième roman de Trevanian. Après le diptyque mettant en scène un tueur à gages (La Sanction/L’Expert), The Main sonne comme un retour à un certain classicisme autour de la structure traditionnelle du roman policier (meurtre/enquête/résolution). Il n’en reste pas moins que l’écrivain surprend son lecteur en posant son roman dans le Montréal des années 70, une destination guère prisée pour son exotisme, en tout cas assez peu visitée par les cadors de l’écriture policière. Plus précisément, et le titre est une indication assez explicite, Trevanian nous plonge dans la Main, quartier planté au cœur de la ville mais à la lisière de toutes les communautés et des milieux sociaux.