Identification

Critiques

Entre désertitude & solitarité, Irène Turbeaux

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 24 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Entre désertitude & solitarité, Editions Digitales Pourpres, avril 2010, 110 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Irène Turbeaux

 

Tu étais là, j’étais autour de toi. J’étais là, tu étais autour de moi. Arrive un déluge d’images et d’émotions. Commence la danse de la séduction, celle qu’Adam et Eve engendrèrent. Le soir même, sur l’écran de son ordinateur, elle se laisse fasciner par la galerie de photos et de dessins réalisés par lui. Surtout les photos, en noir et blanc. Noir et blanc comme ses yeux à lui – les couleurs de l’âme du Tibet monastique. Son Tibet est fait d’êtres humains issus d’un bestiaire irréel. Tout un univers d’êtres bioniques à la beauté lisse, parfaite, mais froide. Est-elle attirée par ce qui lui est hors d’atteinte ? Dans le bouddhisme tibétain, ego serait une fausse représentation que l’individu se fait de lui-même. Le « moi » serait un obstacle au bonheur. Tout le contraire de ses croyances à elle, formée à la théorie psychanalytique du moi conscient qui équilibre les pulsions profondes du sujet et la réalité du monde. Ce moi lui dit de ne confondre ni urgence ni précipitation, d’éviter l’intrusion. Se retrouve-t-elle en lui quand elle lui dit : Ta vie est un temple zen, épuré de tout objet de distraction, ta vie est intérieure. […]. Tu te livres nu.

Courir sur la faille, Naomi Benaron

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 23 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire, 10/18

Courir sur la faille, traduit de l’anglais (USA) par Pascale Haas, août 2013, 476 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Naomi Benaron Edition: 10/18

 

 

Métaphore du titre. Courir, donc survivre, ou bien, fuir ; sur la faille, la béance ouvrant sur l’enfer du Rwanda face à son génocide. 1994, date arrêtée, pour l’Afrique et le monde, à la page définitivement noire-suie de l’indicible du genre qu’on dit, humain…

Premier roman de Naomi Benaron, scientifique, écrivain, marathonienne américaine, Courir sur la faille est un – le, peut-être – coup de poing de la rentrée. Un livre qui confisque le souffle, prend aux tripes, noue le ventre ; un livre unique qui demande à son lecteur de le lire, comme l’athlète, à grandes foulées, surveillant les pulsations du cœur, maîtrisant, s’il veut arriver au bout, le sang qui monte, les yeux qui fondent, l’intellect qui lâche… Ce livre – un des rares – qui nous fait nous relever la nuit, pour aller plus loin avec lui… mais en renâclant, limite refus ; faut-il lire encore, savoir ce que on sait déjà…

Bleu corbeau, Adriana Lisboa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

Bleu corbeau, traduit du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac, 19 septembre 2013, 222 pages, 18 € . Ecrivain(s): Adriana Lisboa Edition: Métailié

A la recherche de son identité


Les éditions Métailié offrent aux lecteurs une occasion de (re)découvrir un auteur de talent, Adriana Lisboa. En effet, avec Bleu corbeau, elle nous entraîne dans les pérégrinations d’une petite fille orpheline, Evangelina, qui à la mort de sa mère part aux Etats-Unis à la quête de son père biologique.

« Ce n’était pas une aventure. Ce n’était pas des vacances, ni une diversion, ni un passe-temps, ni un changement d’air, je partais aux Etats-Unis pour habiter chez Fernando avec un objectif bien particulier en tête : chercher mon père ».

Mais qui est donc Fernando ? Cet homme au passé sombre et tragique est l’ex-mari de sa mère. Le duo que forme Fernando avec l’enfant permet à l’auteur de mettre face à face deux destins : celui de ce père de circonstance et la petite fille esseulée. Et c’est au contact de cet homme qui la sauve de la solitude qu’elle va s’interroger sur le sens de l’existence hissant ainsi sa réflexion d’enfant à une dimension quasi métaphysique :

Métamorphoses de Matisse, Karin Müller

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie

Métamorphoses de Matisse, Editions Guéna-Barley, mai 2013, 189 pages, 10 € . Ecrivain(s): Karin Müller

 

« Trouver la joie dans le ciel, dans les arbres, dans les fleurs. Il y a des fleurs partout pour qui veut les voir ».

Henri Matisse

 

La vie de Matisse est aussi colorée que ses tableaux, riche et diverse que sa fameuse collection d’étoffes. Son existence fut une lutte de chaque instant, rien ne lui fut épargné : problèmes de santé, difficultés financières, virulence des critiques. Parcours âpre, reconnaissance tardive, Henri Matisse commencera enfin à vivre aisément de son art à l’aube de ses soixante ans.

Passionné par la poésie, l’écriture, la sculpture, il s’ouvre très tôt les portes de la peinture et, parallèlement à son entrée dans le monde de l’art pictural, il voue un intérêt tout particulier pour le théâtre avec, à ses côtés, celui qui, sa vie durant, restera un ami fidèle, Léon Vassaux.

Tout le ciel au-dessus de la terre, Angélica Liddell

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Espagne, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Tout le ciel au-dessus de la terre (Le syndrome de Wendy), traduit de l’espagnol Christilla Vasserot, 2013, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Angélica Liddell Edition: Les solitaires intempestifs

 

L’île des morts ou retour à Utoya


Angélica Liddell achève, avec Tout le ciel au-dessus de la terre (Le syndrome de Wendy), sa trilogie chinoise entamée en 2011 avec Maudit l’homme qui se confie en l’homme, poursuivie en 2013 avec Ping Pang Qiu dont nous avons parlé ici, dans une précédente recension, le 18 juin 2013.

Dans cette pièce, nous suivons les voyages métaphysiques et mélancoliques de Wendy, figure centrale du texte, née de l’imagination de l’anglais Barrie au début du siècle dernier. Wendy ou Angélina ? L’écriture est d’abord réécriture, emprunts, intertextualités, superpositions. La pièce est constituée de fragments presque autonomes, définis chacun par un titre. En ouverture, le leitmotiv d’une scène cruciale du film de Kazan, Splendor in the grass, titre faisant lui-même référence à un poème de Wordsworth, cité tour à tour par la professeure de littérature anglaise, miss Metcaf, et son élève, héroïne de l’histoire, Deanie Loomis. Malgré les vicissitudes de la vie, soyons maîtres de nous-mêmes et de notre passé.