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Critiques

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Stefanu Cesari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Colonna Edition, 2012, 132 pages, 24 € . Ecrivain(s): Stefanu Cesari

 

Stefanu Cesari : une voix majeure de la poésie contemporaine s’affirme.

Avec Le moindre geste / U mìnimu gestu, recueil poétique très dense et abouti articulant sur un format 20x20 cinquante textes, dans leur version corse et française, et vingt-cinq reproductions en couleur et en pleine page d’œuvres picturales recourant à diverses techniques, Stefanu Cesari s’affirme comme une voix majeure de la poésie contemporaine. Invité au festival de poésie de Lodève en juillet dernier, il vient de recevoir le Prix du livre corse 2013 pour ce magnifique et bouleversant ouvrage réalisé en collaboration avec Badia, peintre, pastelliste et  sculptrice.

Ce jeune poète – dont c’est le quatrième recueil publié – pratique une poésie authentique, exigeante, mystérieuse mais non hermétique. Une patiente poésie de l’obscur striée de fulgurances, la clarté, la beauté se révélant dans la fugacité de l’instant. Une parole tendant vers l’absolu dont les brefs mais nombreux éclairs semblent contracter la durée. L’espace sous la surface fournit la « matière noire » dans laquelle le poète trempe sa plume pour éclairer la nuit, attentif à déceler les moindres fissures dans la surface lisse du réel et les suscitant aussi par son écriture, concentré dans l’attente du « miracle » que sont ces manifestations fugitives de l’« improbable » :

Dis-leur qu’ils ne sont que cadavres, Jordi Soler

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

Dis-leur qu’ils ne sont que cadavres, traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Marie Saint-Lu, septembre 2013, 236 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jordi Soler Edition: Belfond

 

Eh bien, voilà un livre à plusieurs entrées – toutes, portes riches –, qui nous permet ainsi, plusieurs voyages. Pas vraiment étonnant, avec la signature poétique, et burlesque de Jordi Soler – un des grands noms de la littérature espagnole actuelle ; un barroco à la hauteur des grands retables de Salamanque.

Il y a l’entrée – Irlande ; magnifique, musicale, éclairée, comme il se doit par cet Irlandais d’adoption qu’est J. Soler, qui vous la décline à tous les parfums de l’infini de ses bières : « la tourbe… est vendue en lingots sombres dans les supermarchés, se place dans la cheminée ou le poêle, comme si c’était un tas de rondins ». Odeurs, pluie, une Irlande-de-livre…

Il y a l’entrée – Mexique ; couleurs violentes d’un baroque bavard et mystérieux, dans lequel, par moments, passe le souvenir de cet autre hispanisant, l’écrivain chilien Hernan Rivera Letelier, dans son inoubliable Art de la résurrection. Soler, là encore, est en pays de connaissance ; il est de ce pays.

Confiteor, Jaume Cabré

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 18 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Actes Sud, La rentrée littéraire

Confiteor (Jo Confesso), Trad. du catalan par Edmonde Raillard (août 2013). 782 p. 26 € . Ecrivain(s): Jaume Cabré Edition: Actes Sud

 

 

« C’est incroyable comme les choses les plus innocentes peuvent engendrer les tragédies les plus improbables. »

Un tour de force. Confiteor est une impressionnante saga grâce à une narration spectaculaire, enlevée, complexe, mais toujours fluide. Jaume Cabré est un virtuose qui jongle entre les personnages et les époques. On voyage du Barcelone actuel au Moyen Age, en passant par l’Inquisition, l’après-guerre espagnole, l’Allemagne nazie ou Auschwitz. Mais (et c’est là, le plus fort), c’est d’une phrase à l’autre, d’un paragraphe à l’autre, que l’auteur fait un bond de trente en arrière (ou de cinq cents ans !), revient au présent, avant de continuer à nous balader à travers les méandres de l’Histoire.

De la même manière, il passe aussi du « il » au « je », du « je » au « il », donnant ainsi un nouvel éclairage, une distance, ou bien renforçant le côté subjectif de la narration, sa proximité avec les personnages.

La longue attente de l’ange, Melania G. Mazzucco (2ème critique)

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 18 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion, La rentrée littéraire, Italie

La longue attente de l’ange, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, 4 septembre 2013, 446 pages, 22 € . Ecrivain(s): Melania G. Mazzucco Edition: Flammarion

 

La lutte de Jacob – Jacomo est le prénom du Tintoret –… si ce tableau ne figure pas au nombre des toiles peintes par le Tintoret à la Scuola Grande San Rocco, sans doute est-ce celle qu’il crée, pas à pas, dans l’œuvre de Melania Mazzucco, La longue attente de l’ange.

L’ange… sa fille, Marietta née de ses amours avec Cornélia, une prostituée allemande, qui viendra le chercher dans une ultime vision, non dans un ciel d’Ascension mais dans une plongée dans l’eau saline, sournoise et omniprésente à Venise :

« Madame Marietta disait que Venise est une ville sans racines, dangereuse et secrète, car personne ne peut voir ni connaître sa partie la plus importante, ce qui la soutient, ses fondations en somme, qui sont englouties et cachées comme nos pensées les plus troubles et nos désirs inavouables » (p.221).

Marietta, à la fois trop présente et désincarnée. N’est-elle pas l’Etincelle du peintre, celle qui aussi bien, également, peut faire jaillir le feu et son idée, l’imagination et l’image ? Même après s’être résolu à la marier, le Tintoret la veut près d’elle, aussi installe-t-il le jeune couple dans un appartement situé au-dessus du sien, la réplique du sien :

La maison des Anges, Pascal Bruckner

Ecrit par Zone Critique , le Mercredi, 18 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset

La maison des Anges, janvier 2013, 320 pages, 22 € . Ecrivain(s): Pascal Bruckner Edition: Grasset

 

La cause littéraire vous présente aujourd'hui un article de son partenaire Zone Critique

 

« Avec le clochard, la compassion n’est jamais loin de la violence, la charité de la haine… Il incarne la fascination du gouffre ». Attention polémique : le dernier roman-brûlot de l’ancien « nouveau philosophe », La maison des anges, paru ce janvier, fait déjà grincer plus d’une dent. Pascal Bruckner rentre en Zone Critique.

A-t-on un avis sur le sort des sans-abris ? Les clochards, les vagabonds, ceux que l’aseptisation de notre vocabulaire place sous le doucereux nom de Sans Domicile Fixe, ce qui les laisse sans doute indifférents mais apaise assurément notre bonne conscience. Nous les côtoyons chaque jour, avachis dans la rue, formant un petit groupe sous le métro aérien, petit peuple post-historique dont les rangs grossissent de jour en jour à la faveur de la crise actuelle.