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Critiques

Le chat Ponsard, André Fortin

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 08 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jigal

Le chat Ponsard, septembre 2013, 248 pages, 18 € . Ecrivain(s): André Fortin Edition: Jigal

 

André Fortin, avant de devenir écrivain, a été juge d’instruction, juge des enfants, président de correctionnelle. Une carrière professionnelle où il a eu le triste privilège d’être le témoin de vies brisées dès l’enfance par des abandons puis des placements dans des fondations où l’instruction et l’apprentissage de la vie passe aussi par la soumission sexuelle à certains pensionnaires. Il fut le témoin et l’observateur d’une société où les intérêts publics et privés se mélangent, dans une course obsessionnelle au pouvoir et à l’argent. Des observations sans complaisance d’un homme qui se définit comme : « Un témoin engagé, plutôt porté vers les plus faibles car, historiquement en tout cas, le droit est fait pour ça, n’en déplaise à certains : rompre, par l’avènement de la règle, avec la loi de la jungle, la loi du plus fort ».

L’intégrité, l’honnêteté sont-elles des valeurs destinées à disparaître sous les attaques d’un monde à genoux devant le matérialisme, et la justice humaine peut-elle encore aller au bout de sa mission en maniant équitablement la balance et le glaive ? Telles sont, derrière l’intrigue de ce roman policier, les questions que l’auteur aborde avec tact et humanité.

Ultima Verba, Robert Notenboom

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 08 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Le puits de Roulle

Ultima Verba – Une vie de poésie, 2013, 147 pages, 20 € . Ecrivain(s): Robert Notenboom Edition: Le puits de Roulle

 

« When I die

Forget my life

Remember my dreams »

 

Ultima Verba est le testament poétique de Robert Notenboom, accompagné de quelques-unes de ses aquarelles. Cet orfèvre du mot travaille à la façon d’un artisan. Chaque mot compte pour lui. Ses mots, il les soigne, les cultive, les cisèle, tel un alchimiste dans son antre. Ses poèmes, il les concocte comme des préparations, entourées de douces volutes, « à la fois rêveuses et profondes », ou encore « douloureuses et sereines ».

Robert Notenboom explore les chemins de la beauté, il va à l’essentiel. Tous les genres lui conviennent : haïkus, nouvelles, fables, poèmes aux vers libres ou classiques, avec un art tout particulier, celui de la concision. Ses vers les plus incisifs sont les plus courts ; en peu de mots, il dit tout…

les nouveaux robinsons, Ludmila Petrouchevskaia

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Nouvelles, Christian Bourgois

Les nouveaux robinsons, octobre 2013, trad. du russe par Macha Zonina et Aurore Touya, 185 p. 15 € . Ecrivain(s): Ludmila Petrouchevskaïa Edition: Christian Bourgois

On ne peut trouver d’ailleurs plus ailleurs  que dans ces nouvelles de Ludmila Petrouchevskaia. Géographiquement on est en Russie, mais une Russie tellement vague, fantômatique, qu’elle en devient fantasmée. Narrativement, on s’enfonce dans les dédales d’un monde sombre et étrange, plus profondément encore de nouvelle en nouvelle. Quant à l’univers du style il est fascinant tant il invente une écriture qui allie raffinement et simplicité. Bien sûr on pense à des parentés. A commencer – Russie oblige – par Nicolas Gogol et ses nouvelles fantastiques. Car on oscille dans ces histoires entre un réalisme saisissant, un peu celui du socialisme soviétique de l’après-guerre - et/ou de la Russie post-URSS - et le fantastique presque horrifique. Gogol et ses univers qui, de la vie quotidienne nous bascule soudain dans l’impossible, l’horreur (« Le Nez »). L’autre référence est revendiquée directement par l’auteure dans une des nouvelles de ce recueil :

« Seule la chatte continuait à miauler, comme dans cette célèbre nouvelle où le mari tue sa femme et l’ensevelit dans un mur de briques ; à leur arrivée, les enquêteurs comprennent ce qui s’est passé grâce à un miaulement provenant de l’intérieur du mur, où le chat préféré de l’épouse a été emmuré avec elle et se nourrit de sa chair. »

(Hygiène)

La chimie des larmes, Peter Carey

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

La chimie des larmes, traduit de l’anglais par Pierre Girard, septembre 2013, 326 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Peter Carey Edition: Actes Sud

 

Des rouages, des engrenages, un mécanisme, un dispositif, une animation, autant de mots concernant l’écriture d’une histoire comme la précision d’une horlogerie. Animer, n’est-ce pas créer un mouvement susceptible de se répéter (presque) sans intervention humaine ?

Le cygne n’est-il pas à la fois symbole masculin et féminin, et emblème de l’alchimie ?

Pour tenter de sauver la vie de son fils Percy, atteint d’une maladie incurable, Henry Brandling en désespoir de cause décide d’entreprendre un voyage en Allemagne – pays des plus fins horlogers – pour y faire construire un merveilleux automate en vue de divertir son enfant.

Deux siècles plus tard, ses carnets de voyage ainsi que les pièces et rouages d’un grand automate se voient confiés à une conservatrice londonienne, Catherine Gehrig, qui vient de perdre son amant, lui-même conservateur dans le même musée. Quoi de commun entre ces deux personnages ? La force d’un amour désespéré, et l’automate mystérieux.

Le petit château de Diderot, Roger Bruyeron

Ecrit par Alhama Garcia , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Hermann

Le petit château de Diderot, Entretien d’un philosophe avec son ombre, juillet 2013, 18 € . Ecrivain(s): Roger Bruyeron Edition: Hermann

 

On croit connaître les grandes lignes de l’épopée intellectuelle de l’Encyclopédie, l’extraordinaire impact sur les courants de pensée, le rôle moteur des philosophes qui, sur deux longues décennies, interrompues par les abandons, la censure royale, ont osé s’y impliquer ; l’originalité dans son approche des techniques, son importance accordée à l’image… mais la richesse des thèmes abordés est inépuisable du fait même des changements de perspective que notre regard critique, évoluant par définition, suscite. Et le travail de fond sur un seul article, avec toutes les passerelles possibles, est une méthode certainement efficace.

Un simple article comme celui de Jouissance, qui aurait été mal ou non lu il y a cinquante ans prend avec les changements sociétaux des significations différentes. C’est la richesse de ces textes qui, les générations passant, se font littéralement re-lire, qui découvrent leur propre capacité à susciter l’émotion et la réflexion dans la nouvelle approche qu’en fait une société autre. Car ne nous trompons pas : les mœurs passées nous sont opaques, et nous aurions sans doute autant de mal à jouer les chrononautes sous Louis XV que du temps de Tibère.