Identification

Critiques

La trilogie babylonienne, Sébastien Doubinsky

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 20 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

La trilogie babylonienne, Traduit de l’anglais par Sébastien Doubinsky. 209 p. 20 € . Ecrivain(s): Sébastien Doubinsky Edition: Joelle Losfeld

 

Que ce soit dit d’entrée – et ici écrit – Sébastien Doubinsky est un architecte et un styliste. Sa maîtrise de l’art romanesque en est époustouflante.

Architecte. Tout dans ce livre est bâti en passerelles, en arc-boutants, en galeries de ronde, en abymes, en correspondances. Un « narrateur », passablement déjanté, caché derrière des masques de couleurs, nous l’annonce d’ailleurs dans le premier volet du triptyque. Comme un guide qui nous indiquerait grosso modo le chemin dans les méandres, seuils et répliques de la narration. Dans une amusante adresse au lecteur :

« Ah vous êtes là… Déjà ?... On aurait dû me prévenir… Enfin, ne vous inquiétez pas, je vous en prie… Cette histoire finira par prendre tout son sens – Du moins, je l’espère. On n’est plus sûr de rien de nos jours. »

Autofiction : Pratiques et théories, Articles, Arnaud Genon

, le Mardi, 20 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres

Autofiction : Pratiques et théories, Articles, Mon Petit Editeur, avril 2013, 228 pages, 22 € . Ecrivain(s): Arnaud Genon

 

« Le débat sur l’écriture de soi est souvent réduit à se situer de part et d’autre d’une frontière qui sépare les défenseurs et les détracteurs de toute littérature autobiographique » (p.135), déclare à bon droit Arnaud Genon en guise de préambule dans un des cinquante-cinq articles reproduits dans son ouvrage synthèse qui vient tout juste de paraître sous le titre Autofiction : Pratiques et théories. Articles. C’est certes pour esquisser « une cartographie de l’autofiction » (p.7) et sans doute en partie pour dépassionner ce débat, voire pour pénétrer les arcanes d’un « mauvais genre » (Jacques Lecarme) dans une (vaine ou fructueuse ?) tentative de lui redonner ses lettres de noblesse que ce spécialiste de l’autofiction a réuni la grande majorité de ses écrits sur le sujet :

« Chacun prendra alors conscience, qu’on la défende ou qu’on l’accuse, que l’autofiction a ce mérite-là : en faisant parler d’elle, elle fait parler de la littérature. Cette « notion » n’est donc pas, quoi qu’en disent les « déclinistes », la manifestation de la dégénérescence de l’art littéraire, mais le simple indicateur d’une de ses mutations. Le signe rassurant de sa vitalité… » (p.8).

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.

Freedom, Jonathan Franzen

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 21 Juillet 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Freedom, trad anglais (USA) par Anne Wicke, 718 p. 24€ . Ecrivain(s): Jonathan Franzen Edition: L'Olivier (Seuil)


Quel est l’objet (« objet petit a » dirait Lacan, désignant ainsi l’objet illusoire du désir) de la littérature ? Ou de la lecture pour être plus précis dans le moment de l’acte littéraire. Sempiternelle question de la quête. Mille réponses on le sait, parmi lesquelles, fréquentes, celles de la force des caractères, de la trépidation d’une histoire, de la magie d’une langue, de l’émotion nichée dans les recoins des phrases, en bas de la page 99 (toujours la page 99) et qui vous prend à la gorge parce que tout à coup, vous savez que l’auteur parle de vous, par exemple.

Etrange début pour un papier critique sur un livre. Nécessaire cependant pour expliquer ce qui constitue la collision entre « Freedom » et le déferlement médiatique qui l’a précédé avant son arrivée en France ! Rarement livre ne fut encensé avec tant d’élan outre-Atlantique, avec même couverture du Time ! « Freedom » est LE roman américain d’aujourd’hui peut-on y lire.


Et après la page 199 (pour rire), on se demande pourquoi.

Pas revoir suivi de Neige rien, Valérie Rouzeau

Ecrit par Jean Bogdelin , le Jeudi, 18 Juillet 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde

Pas revoir suivi de Neige rien de Valérie Rouzeau (2010, 146 p. 7€) . Ecrivain(s): Valérie Rouzeau Edition: La Table Ronde

Une réédition en poésie contemporaine n’est pas courante, mais Pas revoir l’a été plusieurs fois depuis 1999. Publié à l’origine par les éditions Dé bleu il a été repris en 2010 par La Table Ronde qui a ajouté Neige rien (2000 éditions Unes), heureuse initiative, car Pas revoir est un écrit très intimiste concernant la poète elle-même, son adieu au père, alors que Neige rien c’est son autre versant, consacré à ceux qui n’ont rien. Neige rien se prononce, dit-elle : N’ai-je rien.
Valérie Rousseau avait 32 ans quand elle a percé avec Pas Revoir. Son audience ne fait que grandir depuis, amplifiée en plus par ses activités de traductrice, comme d’Ariel de Sylvia Plath, de chez Gallimard, dont nous avons parlé. Notre poète a décidé avec beaucoup de bravoure dès ses débuts de vivre de la poésie, et y réussit.
Pas revoir n’est pas un recueil habituel de poèmes à sujets multiples. Il s’agit d’un seul et vaste poème composé de 79 chants à sujet unique, la mort du père racontée par une petite fille, autant de séquences qu’on peut lire, ou plutôt déclamer, comme la poète le fait également pour ses autres poèmes*. Car il s’agit de poèmes à écouter, parfois accompagnés de musique, voire de mise en scène. On se rend dès lors compte de leur éclatante nouveauté.