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Critiques

D'acier, Sylvia Avallone

Ecrit par David Campisi , le Samedi, 28 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, J'ai lu (Flammarion), Italie

D’acier, Trad. Italien par Françoise Brun. mai 2013, 411 pages, 7,60 € . Ecrivain(s): Silvia Avallone Edition: J'ai lu (Flammarion)

 

Piombino, Italie.

Le soleil est de plomb, il coule du ciel dans une pluie de feu et arrose la côte toscane et la cité industrielle. Le béton est brûlant, les plages bondées de sable chaud, les corps sont nus, les regards sont remplis de désir.

Du désir, il y en a partout dans D’acier. Il se faufile dans toutes les scènes, s’insinue dans les silences, caresse les peaux nues qui s’exhibent aux yeux de tous. Anna et Francesca sont des objets, leur arme, c’est leur corps. « Leur beauté, elles vous l’envoient à travers la gueule ». Anna et Francesca sont belles, trop belles. Elles sont les princesses de la plage, déambulent en bikini entre les adolescents du quartier. Elles ont 13 ans. Encore un an et la liberté s’ouvrira à elles comme une fleur au printemps. 14 ans, c’est le scooter. C’est l’aventure. C’est la fuite.

Le clown et la geisha, Alexandre Naos

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 27 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le clown et la geisha, Le Passeur Editeur, 29 août 2013, 160 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Alexandre Naos

Europe, une ville sinistre, assombrie par une pluie sempiternelle, à une époque future indéterminée. Un bistrot avec une salle de spectacle. Là, un homme, appelé René Desvilles, patiente. L’heure de son show approche, il attend le moment de son entrée en scène, il observe et, là, il s’adresse à un client, assis derrière une table :

« S’il n’était le regard oblique que vous me décochez avec insistance depuis quelques précieux instants, j’opterais volontiers, monsieur, pour vous laisser à votre légitime solitude. […] Chacun a droit à un bref moment de répit en ce monde chargé de violence jusqu’à la gueule. Je respecte cela. Au contraire, cela vous ferait grand plaisir ? Ce n’est pas de refus, alors ».

René Desvilles s’installe ainsi en face de cet inconnu et se laisse entraîner par le fleuve d’un long monologue.

Pourquoi est-il devenu le clown du spectacle ? Desvilles narre ainsi son existence monotone, « chorégraphie immuable réglée comme un mécanisme d’horlogerie suisse », celle du temps où anonyme au Bureau des sans-papiers, « Homo fonctionnarius » depuis vingt-quatre ans, il « pliait ses jours comme on range ses extraits de comptes dans la farde adéquate fournie par son banquier ». Et puis, il y eut ce fameux jour, inquiétant, où une tempête s’engouffra dans une salle de réunion, suivie d’une rencontre avec un être énigmatique, nommé Baptiste, qui se présente comme son destin.

Le Coq de madame Cléophas, Gyula Krudy

Ecrit par Adrien Battini , le Vendredi, 27 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman

Le Coq de madame Cléophas, traduit du hongrois par Paul-Victor Desarbres et Guillaume Métayer, éditions Circé, 20 septembre 2013, 118 pages, 10 € . Ecrivain(s): Gyula Krudy

 

L’art éditorial ne revient pas, quand bien même la saison s’y prêterait, à placer ses poulains dans les différentes sélections des inévitables prix littéraires. Des irréductibles continuent de faire fi d’une certaine actualité et proposent au lecteur toujours friand de découvertes des petits trésors inattendus. C’est ici le cas des éditions Circé qui exhument des limbes magyares Le Coq de madame Cléophas, ouvrage saisissant publié au début des années 20.

Ce court roman, ou cette longue nouvelle, s’ouvre sur l’arrivée de Pistoli dans son village natal après des années d’exil. Ce retour au bercail, perçu comme une véritable résurrection par ses congénères, résonne pourtant comme un recommencement maudit. Bon vivant, passionné par la gente féminine, Pistoli doit faire le deuil de ses anciennes mœurs et s’enfonce dans un ermitage mortifère. L’élément perturbateur prend la forme de la disparition du coq de la démunie Cléophas. Les cris de la femme ramènent notre héros à ses impératifs sociaux et moraux, et le voici qui prend la route à la recherche de l’animal et de ses présumés voleurs.

La milice française, Michèle Cointet

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 27 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Fayard, Histoire

La milice française, août 2013, 341 pages, 23 € . Ecrivain(s): Michèle Cointet Edition: Fayard

 

Les Français ont eu, longtemps, du mal à regarder en face l’histoire de l’Occupation, du régime de Vichy, considérés comme des révélateurs désagréables de certains pans de l’histoire de France, de l’existence de courants d’idées contraires à nos valeurs républicaines. Michèle Cointet, historienne spécialisée dans l’histoire de la Collaboration, de la Résistance, et du gaullisme, énonce dans son livre La Milice française un terrible constat : la Milice, par ses crimes et ses exactions, s’est hissée au même niveau de barbarie que les SS, confirmant ainsi le caractère décisif, et douloureux, d’un réexamen de cette période de l’Histoire de notre pays, dramatique à plus d’un titre.

Ce qui frappe, dès les premiers paragraphes, c’est le malentendu originel sur lequel est fondée la création de la Milice le 31 janvier 1943. Laval, en confiant le commandement de ce corps à Joseph Darnand, pense que « ses hommes l’aideront sans trop l’engager. Sur cette erreur commence l’aventure de la Milice française ».

Transatlantic, Colum McCann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Septembre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

Transatlantic trad. (Irlande) Jean-Luc Piningre août 2013. 550 p. 22€ . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: Belfond

 

On sait depuis sa première œuvre, le somptueux « chant du Coyote » (10/18) que Colum McCann est un virtuose de la composition romanesque. Ce « Transatlantic » est une sorte d’aboutissement de son art de la narration, quand les ruisseaux se font rivière, les rivières des fleuves et les fleuves enfin la mer.

La mer justement. C’est bien sûr l’Océan Atlantique qui sépare l’Amérique de l’Irlande. Qui sépare vraiment ou qui lie ? Nous sommes, déjà, au cœur du propos du roman : l’Irlande et les USA sont tricotés (comme les chapitres de ce livre) ensemble jusqu’à l’identité, la confusion, la fusion. L’Atlantique n’est pas ! Les Irlandais ne connaissent que le « Transatlantique » tant leur histoire, depuis le XVIIIème siècle, est liée au Nouveau Monde. Comme si un pont aérien permanent était suspendu entre les deux pays, comme si les « oies sauvages* » avaient tiré les câbles de ce pont, invisibles mais indéfectibles.

C’est d’ailleurs ainsi que commence cet opus : au-dessus de l’Atlantique. 1919, Alcock et Brown, aux commandes d’un bombardier « désaffecté » de ses missions guerrières, réalisent le premier courrier postal USA/Irlande. Donner corps au rêve du lien anime leur folle entreprise, réduire la distance encore entre les deux terres.