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Le Titanic fera naufrage, Pierre Bayard

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 12 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Les éditions de Minuit

Le Titanic fera naufrage, octobre 2016, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

Dans quelle mesure les écrivains et les artistes bénéficient-ils d’un talent particulier qui leur permettrait de prévoir l’avenir et de le retranscrire dans leurs écrits ou productions artistiques ?

La thèse de l’ouvrage de Pierre Bayard s’inscrit dans cette problématique que l’on peut caractériser d’intégrationniste (c’est-à-dire qui envisage des relations possibles entre le monde réel et le monde créé par la fiction), en se situant entre deux avis opposés, celui des coïncidences que défend Gérald Bronner, plutôt ségrégationniste en ce qu’il ne perçoit pas de relation de causalité entre les écrits fictionnels et les événements réels, et celui de la précognition, que soutient Bertrand Méheust, et duquel Bayard se rapproche.

Contrairement à Cassandre, à qui « les dieux avaient donné […] le don de prophétie, en la privant de la capacité d’être entendue », le pouvoir prédictif des écrivains a un impact politique fort, dans la mesure où il permet aux hommes sinon de modifier l’avenir, du moins de mieux s’y préparer.

La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Samedi, 19 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Albin Michel, Roman

La valse des arbres et du ciel, août 2016, 304 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Guenassia Edition: Albin Michel

 

A Auvers-sur-Oise, à la fin du XIXe siècle, vivent le Docteur Gachet, médecin collectionneur d’œuvres d’art impressionnistes, et sa fille Marguerite. Celle-ci, jeune fille cultivée et idéaliste, l’une des rares à l’époque à avoir obtenu son baccalauréat, désire ardemment devenir peintre. L’Ecole des Beaux-Arts lui est fermée à cause de son sexe : « […] dans ce pays, il n’y a rien de pire que d’être une femme ». Marguerite étouffe dans une famille dénuée d’amour, entre un père acariâtre et tyrannique et un frère faible, se sentant à l’étroit dans la société de la petite bourgeoisie de province corsetée par les convenances.

Marguerite, qui s’exprime en je tout au long du roman, est non seulement le témoin privilégié de la rencontre entre son père et Vincent Van Gogh, qui vient s’installer à l’auberge Ravoux d’Auvers-sur-Oise dans les derniers mois de sa jeune vie, à l’âge de 37 ans, mais aussi – c’est là le pouvoir de la fiction – elle noue une liaison passionnée avec le peintre, à qui elle voue une admiration sans limite. Le mystère de la mort de l’artiste s’éclaire alors d’un jour nouveau.

La passion des écrivains, Rencontres & portraits, Josyane Savigneau

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Lundi, 14 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Gallimard

La passion des écrivains, Rencontres & portraits, octobre 2016, 264 pages, 21 € . Ecrivain(s): Josyane Savigneau Edition: Gallimard

Josyane Savigneau, dont on a lu dans les années 1990 et 2000 tant et tant de critiques littéraires dans Le Monde des Livres, publie ici une sélection de ses portraits d’écrivains parus dans ce journal, dont elle fut l’une des plumes. De fait, il s’agit plutôt d’une promenade amicale et empreinte d’admiration auprès d’écrivains et d’éditeurs, d’une femme de théâtre et d’un marchand d’art également, côtoyés, admirés ou chéris, tous respectés à un titre ou à un autre, du moins au moment où les articles ont été écrits, car Josyane Savigneau rappelle de temps à autre que « la vie n’est pas morale ».

Parmi ce florilège de personnalités littéraires, on trouve Patricia Highsmith, William Styron, Françoise Giroud, Salman Rushdie, Toni Morrison, Guy Schoeller, Jean d’Ormesson, Edmonde Charles-Roux, Jérôme Lindon, Claude Durand, Pierre Bergé, Françoise Sagan, Doris Lessing, Simone de Beauvoir, Régine Deforges, Joyce Carol Oates – des auteurs français ou anglophones, beaucoup d’auteures féministes, des éditeurs qui ont compté dans le paysage éditorial français. Les rencontres et portraits interviennent souvent à la fin de la vie des auteurs, ce qui rend les textes d’autant plus riches, plus essentiels.

La Mille et Deuxième Nuit, Théophile Gautier

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Contes

La Mille et Deuxième Nuit, mai 2016, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Théophile Gautier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les éditeurs choisissent souvent de republier des œuvres d’auteurs tombés dans le domaine public, en les combinant différemment. La prolifique collection Folio 2 euros s’inscrit dans ce projet, avec ce recueil de quatre nouvelles de Théophile Gautier, extraites de Romans, Contes et Nouvelles (Bibliothèque de la Pléiade), qui porte le titre intrigant de l’une d’entre elles, La Mille et Deuxième Nuit. Si les sources d’inspiration et les modes d’énonciation des nouvelles sont variés, en revanche l’ensemble présente une unité thématique, celle du double.

Le premier récit, intitulé Laquelle des deux, conte l’amour irrépressible du narrateur pour deux femmes anglaises, une brune et une blonde, qu’on dirait jumelles.

Deuxième conte de la série, La Chaîne d’or revisite le mythe de Jason et la Toison d’or. L’épreuve consiste ici à rapporter une chaîne d’or monumentale appartenant à une ancienne hétaïre aimée. Le navire équipé pour la quête porte le nom d’Argo et les références à la mythologie antique sont nombreuses : « Demander la chaîne de Bacchide, c’était demander quelque chose d’aussi impossible que d’apporter la mer dans un crible : autant eût valu exiger une pomme d’or du jardin des Hespérides ».

Les Parisiens, Olivier Py

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 20 Septembre 2016. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

Les Parisiens, août 2016, 544 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Olivier Py Edition: Actes Sud

 

Le roman d’Olivier Py est construit, un peu à la manière de scènes de théâtre, sous forme de tableaux, lieux géographiques (Le château, L’église…) ou thématiques (La guerre, Deux femmes…), coups de projecteur sur des rencontres, des conversations, des pensées intérieures.

Deux personnages, Aurélien et Lucas, jeunes Rastignac du XXIe siècle, incarnent les deux tendances antagonistes mais réductibles d’Olivier Py : le libertaire et le sacré. L’une comme l’autre transcendent la mort et se rejoignent dans l’Art, le théâtre, la musique, la poésie : « Oublier la mort, oublier que l’on va mourir, vaincre, triompher […] croire à son destin et ridiculiser la mort ». Aurélien le solaire, tourné vers la vie, le plaisir et la fête, s’oppose à Lucas l’ombrageux, qui lutte et se débat contre des forces obscures.

Autour d’Aurélien, deux univers gravitent et se mêlent par épisodes : d’une part, le milieu de la politique et de la culture, où se cotoient les pires stratèges et les coteries qui s’opposent, se méprisent et se livrent une guerre sans merci ; d’autre part, une joyeuse bande de révolutionnaires, transsexuels, homos, lesbiennes, qui défendent, en mots et en actes, les droits et la liberté des « travailleuses du sexe » et inventent le terme de « putitude ».