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Passage des ombres, Arnaldur Indriðason

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Passage des ombres, mai 2018, trad. islandais Eric Boury, 304 pages, 21 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Auteur islandais, Arnaldur Indriðason appartient à la génération des auteurs à succès de romans noirs « nordiques », qui ont pris il y a maintenant plusieurs décennies la relève des romanciers anglo-saxons, jusque-là maîtres incontestés du genre : Stieg Larsson, Henning Mankell, Liza Marklund, Åke Edwardson, Johan Theorin (suédois), Jo Nesbo (norvégien), Jussi Adler-Olsen (danois), concurrencent aujourd’hui l’Américain Harlan Coben, pour ne citer que celui-ci. Les intrigues de ces « nouveaux » polars innovent avec des décors venus du froid et une réserve manifestée par les enquêteurs scandinaves et nordiques, dont est proche – souvent – Fred Vargas.

A l’heure où le roman policier profite des effets de la mondialisation (en explorant la Chine ou l’Amérique du Sud, par exemple), la toponymie du roman d’Indriðason demeure exclusivement islandaise, cantonnée à la ville de Reykjavik et à une région du Nord du pays où une petite part de l’intrigue prend place : rue Frikirkjuvegur, où se trouve la Criminelle, Skuggahverfi, le quartier des Ombres, les rues Hverfisgata et Lindargata, près du Théâtre national. La couleur locale est ainsi préservée.

Les papillons noirs, Caroline Gutmann

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Les papillons noirs, mai 2018, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Caroline Gutmann Edition: Jean-Claude Lattès

 

Caroline Gutmann nous offre avec ce livre un vigoureux récit de résilience. Les « papillons noirs » qui peuplent son esprit et gênent sa vision sont les symptômes d’un envahissement de son cerveau par un méningiome, tumeur bénigne qui advient, par malchance, plusieurs dizaines d’années après une chimiothérapie. L’héroïne, très inspirée de l’autobiographie de l’auteure, a une longue histoire avec la maladie et aspire à toute force à appartenir au monde des bien portants.

Libérée de toute charge professionnelle et familiale pendant le temps des examens et du traitement, elle se trouve à même d’explorer des pans de son histoire familiale paternelle qui lui étaient encore inconnus : Jean Gutmann, son père, resté à elle étranger, à la fois admiré et détesté, Gustave Hinstin (nom dérivé de celui d’Einstein), son arrière-grand-père, enseignant aux penchants homosexuels et mentor de Lautréamont, l’autre grand-père, le docteur Fernand Lamaze, inventeur de « l’accouchement sans douleur », le général Adolphe Hinstin, l’arrière-grand-oncle, et le cousin issu de germain Charles Hinstin, surnommé par Joseph Kessel « Le Zombie », installé au Cameroun dans les années 1930, qui reprend ensuite l’entreprise Citroën fondée par son père en région parisienne avant de s’expatrier à Kaboul, sont les figures marquantes qui reprennent vie au fil des pages.

Rendre justice aux enfants, Jean-Pierre Rosenczveig

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 10 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Récits, Seuil

Rendre justice aux enfants, mai 2018, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Rosenczveig Edition: Seuil

 

Jean-Pierre Rosenczveig, qui a exercé sa fonction de juge des enfants d’abord au tribunal de Versailles, puis a présidé le tribunal pour enfants de Bobigny pendant 22 ans, est un homme et un professionnel engagé qui, prenant parti pour une visée humaine et sociale de la famille et de la société, défend quelques enjeux essentiels de son métier.

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, l’a, en 2005, jugé « laxiste », héraut d’un certain « angélisme de gauche » ? Il s’en défend, se revendiquant « le plus dur des juges » du tribunal de Bobigny, tout en prenant parti pour la cause des enfants et des adolescents et en faveur des avancées éducatives, sociales et judiciaires qui sont liées aux situations individuelles hautement problématiques auxquelles il se trouve confronté. En effet, Jean-Pierre Rosenczveig est depuis le début de sa carrière membre actif du Syndicat de la magistrature, dont l’une des caractéristiques est de rechercher des solutions innovantes et adaptées à chaque cas, dans la limite de la légalité bien entendu. En outre, il a dirigé dans les années 1980-90 l’Institut de l’Enfance et de la Famille (IDEF) –qu’il a contribué à créer lors de son passage au cabinet de Georgina Dufoix –, organisme chargé de recueillir des données scientifiques dans le champ de l’enfance et de la famille.

A l’aube, Philippe Djian

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

A l’aube, avril 2018, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

 

Philippe Djian aime les vastes espaces ruraux ou urbains, dans lesquels il place des personnages pulsionnels et torturés et des intrigues sulfureuses.

Dans ce roman, la scène se passe autour de la très Old-England, East-Coastville de Boston, dans la campagne de l’état du Massachussetts, mais en fait d’Amérique il s’agirait bien plutôt d’une France sudiste, brute et profonde, à l’image de celle de 37°2 le matin, ou encore d’une lointaine inspiration du fabuleux roman Le Bruit et la Fureur de William Faulkner. Ainsi, les prénoms des personnages, tous américanisés sauf celui de Sylvie, la femme du shérif, et l’omniprésence de Marlon, qui, comme le Benjy de Faulkner, souffre de maladie mentale, tissent un entrelacs de références torrides que le désert froid et enneigé des dernières pages ne suffit pas à oblitérer.

Surtout, ce que l’on retrouve dans les romans de Djian, ce qui fait sa force, son charme et qui forge sa prose narrative, ce sont les dialogues, mi-intérieurs mi-extériorisés, à peine signalés par un retour à la ligne, sans ponctuation, sans marque énonciative distincte, souvent sans incise. Des phrases hâchées qui sont le propre de personnages sous tension.

Roman noir, Agnès Michaux

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 04 Mai 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Joelle Losfeld, Roman

Roman noir, avril 2018, 236 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Agnès Michaux Edition: Joelle Losfeld

 

Le roman d’Agnès Michaux est à la fois un roman du voyage, du dépaysement, de l’ailleurs, et un roman sur l’identité, son usurpation et les mensonges et faux-semblants que cela provoque. Que faire quand on se fait prendre à son propre piège d’avoir usurpé l’identité d’une célèbre romancière, alors qu’on n’en est qu’à l’écriture de son deuxième roman ? Qui est cette Célia Black, romancière à succès habitant l’île de Pondara, où se rend Alice Weiss pour un séjour qu’elle espère inspirant pour la rédaction de son nouveau manuscrit ? Un peu par jeu au début, et pour échapper aux marques d’intérêt insistantes d’un passager du même avion, la Blanche Alice prendra peu à peu la place de la Noire Célia, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil aux verres noirs ou rouges parce qu’elle souffre d’achromatopsie. Avec tous les dangers que cela comporte.

Drôle d’univers que celui de la villa L’Acheloos tenue par Baby et Erythie, qui accueille Alice, et du Grand Hôtel des Cinq-Mondes, où Amour et Princess logent. Une typologie de l’espace divise l’île en Terramar, la zone de transit populaire, et Pondara, la zone touristique de luxe. Agnès Michaux aime les mots des descriptions imagées :