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Articles taggés avec: Ferrando Sylvie

L’Ile des esclaves, Marivaux (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 09 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Théâtre

L’Ile des esclaves, Marivaux, juillet 2020, 128 pages, 2,95 € Edition: Folio (Gallimard)

 

L’Ile des esclaves met en scène la situation suivante : échoués sur une île, quatre protagonistes, deux maîtres et deux valets, sont avertis par Trivelin, le gouverneur de l’île, qu’ils doivent échanger leurs statuts, leurs noms et leurs habits pendant une durée de trois ans. Ainsi, Arlequin et Cléanthis prennent les rôles et les apparences de leurs maîtres, le général athénien Iphicrate (qui signifie « celui qui gouverne par la force » en grec) et l’aristocrate Euphrosine (prénom de l’une des trois Grâces de la mythologie grecque, qui signifie « joie »), ces derniers devenant leurs valets.

On pense aux fêtes romaines des Saturnales, qui se déroulaient en décembre pendant une semaine et pendant lesquelles les barrières sociales disparaissaient, maîtres et esclaves étaient égaux et s’offraient des cadeaux, organisaient des réjouissances. Mais Marivaux va plus loin puisqu’il propose une véritable inversion des rôles : on est au XVIIIe siècle et la révolution française n’est pas loin.

Et si on arrêtait de faire semblant ?, Jonathan Franzen (Par Sylvie Ferrando)

, le Vendredi, 02 Octobre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Et si on arrêtait de faire semblant ?, Jonathan Franzen, L’Olivier, septembre 2020, trad. anglais (USA) Olivier Deparis, 352 pages, 22,50 €

Voici une collection de dix-huit articles publiés au fil des ans, dans diverses revues ou ouvrages, de 2011 à 2019, mais écrits entre 2004 et 2019 par l’essayiste Jonathan Franzen, et traduisant son engagement soit littéraire, soit politique.

Le goût de Franzen pour les oiseaux court de texte en texte, au gré de ses nombreux voyages – que de merveilleux noms cités, tels le Rossignol progné, les Cochevis huppés, la Bondrée apivore, le Pic à raies noires, les Pluvians d’Egypte, les Guêpiers carmin, un Engoulevent à balanciers mâle, le Pygargue à tête blanche, le Loriot d’Europe, et tant d’autres, car Franzen est un ornithologue « listeur », celui qui aime à établir des listes des espèces rencontrées. C’est sa façon propre de s’engager en faveur de la biodiversité et de la protection des espèces en voie de disparition. Toutefois, comme tout bon écrivain qui pense contre la doxa et l’opinion commune, Franzen déploie une pensée à étages, une analyse de sa propre critique : « je me demande parfois si, au fond, mon souci de la biodiversité et du bien-être animal ne serait pas une forme de régression vers ma chambre d’enfant et sa communauté de peluches : un fantasme de câlins et d’harmonie interespèces ».

Le nouveau désordre numérique, Olivier Babeau (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 25 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Buchet-Chastel

Le nouveau désordre numérique, Olivier Babeau, septembre 2020, 272 pages, 19 € Edition: Buchet-Chastel

L’essai d’Olivier Babeau analyse les causes et les modalités de l’évolution/révolution numérique internationale, et de ce qu’on appelle couramment la « fracture numérique ».

Un constat s’impose de prime abord dans ce livre très documenté : « Il n’y a pas d’IA pour les pauvres, c’est un business de riches ». Les puissances de calcul requises pour collecter et traiter les « big data » ou développer l’intelligence artificielle sont trop importantes et nécessitent des moyens financiers colossaux. C’est vertigineux, car on passe de la modération si chère aux Grecs anciens à l’excès, du « rien de trop » au « toujours plus » des puissances financières.

Le Nouveau Désordre numérique se place tout d’abord du côté des entreprises, de la production et des GAFAM. Dans les années 1980, c’était les entreprises de production de pétrole qui tenaient le haut du marché mondial ; aujourd’hui, ce sont les GAFAM (acronyme pour Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Les profits colossaux de ces entreprises profitent à quelques élus hypercompétents en informatique, et reposent sur la sous-traitance, mal payée, mal considérée, à laquelle elles font appel :

Le goût de l’esprit français, Collectif (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 11 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres, Mercure de France

Le goût de l’esprit français, Collectif, textes choisis et présentés par Antoine Gavory, mars 2020, 126 pages, 8,20 € Edition: Gallimard

 

Une sélection de textes représentatifs de « l’esprit français », tel est le pari d’Antoine Gavory et du Mercure de France dans cette jolie petite collection intitulée « Le goût de… ». En trois parties et 31 textes, nous retrouvons la quintessence de ce qui fait l’esprit – au sens du « wit » anglais – des auteurs français, depuis Molière jusqu’à Jean Dutourd ou René de Obaldia, en passant par Georges Courteline et Jules Renard. Car la dimension de l’humour, de la dérision mais aussi d’un certain engagement est prégnante dans le parti-pris de l’auteur de cette sélection.

A côté de textes classiques exigeants, tirés de Dom Juan ou du Misanthrope de Molière, ou bien le monologue de Figaro de Beaumarchais ou la tirade des nez de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, se trouvent des extraits d’auteurs exhumés du purgatoire des lettres, comme Antoine de Rivarol ou Anatole France. Un credo de Jean d’Ormesson sur la littérature et son goût des livres, issu de Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit, côtoie des nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, teintées « d’humour ou de coquinerie », transcrites de dépêche d’agence de presse et sélectionnées parmi les 1210 qu’il rédigea en deux ans au sein du journal Le Matin : « A Oyonnax, Mlle Cottet, 18 ans, a vitriolé M. Besnard, 25 ans. L’amour, naturellement ».

Apeirogon, Colum McCann (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 04 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman, Belfond

Apeirogon, traduit de l’anglais (Irlande) par Clément Baude, août 2020, 512 p., 23 euros . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: Belfond

 

Un apeirogon est un polygone infini, à multipes facettes. Le roman de Colum McCann est, de la même façon, une construction très élaborée, en forme de boomerang ou de boustrophédon : des chapitres de longueur variable, allant de la phrase à la dizaine de pages, tels des versets ou des sourates, vont croissant de 1 à 500, avec un point d’orgue ou acmé à 1001, puis vont décroissant de 500 à 1. On pense à un retour temporel, à un parallèle existentiel, à l’Hyperion de Dan Simmons et à la course des pèlerins contre le temps.

On pense aussi à une fresque multifocale, extrêmement documentée, dans laquelle le lecteur est assailli d’informations à la fois tragiques et poétiques : ainsi, on apprend que « le terme mayday -apparu en Angleterre en 1923, mais dérivé du français « Venez m’aider »- est toujours répété trois fois, mayday, mayday, mayday. La répétition est vitale : dit une seule fois, le mot pourrait être mal interprété […] » ; de même, « le seelonce mayday, ou silence de détresse, est maintenu sur la fréquence radio jusqu’à ce que le signal de détresse soit terminé.