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Articles taggés avec: Ferrando Sylvie

La vérité sur “Dix petits nègres”, Pierre Bayard (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Les éditions de Minuit

La vérité sur “Dix petits nègres”, janvier 2019, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Ligne à ligne, chapitre après chapitre, Pierre Bayard décortique l’un des chefs-d’œuvre de la littérature policière, Dix petits nègres, rédigé par l’un des maîtres du genre, Agatha Christie, en revenant sur la solution trouvée par l’auteure – et acceptée sans broncher par tous les lecteurs depuis la parution du livre en 1939 – et en proposant une nouvelle interprétation et un nouveau meurtrier.

Ce n’est pas son premier essai. Bayard s’est déjà penché sur d’autres textes d’Agatha Christie ou de sir Arthur Conan Doyle qui représentent des prouesses en matière de roman policier, comme Le meurtre de Roger Ackroyd, où le récit en « je » est narré par le criminel, sans qu’on connaisse avant la fin sa responsabilité dans les assassinats, ou encore Le chien des Baskerville, dans lequel un chien monstrueux est le supposé auteur de meurtres familiaux sur la lande anglaise.

Le « délire d’interprétation » est ici porté à son comble puisque Bayard, sans réécrire le roman, en propose, par le truchement de son « nouveau » criminel, une relecture correctrice que la plasticité de la fiction autorise. Bayard se glisse dans les interstices de la diégèse, explore les zones d’ombre de la narration et modifie la donne ou plutôt les relations de causalité qui mènent à la culpabilité du personnage, en choisissant un coupable différent de celui de l’auteur d’origine, et en justifiant ce choix.

La lumière est à moi et autres nouvelles, Gilles Paris (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 15 Février 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Gallimard

La lumière est à moi et autres nouvelles, octobre 2018, 208 pages, 19 € . Ecrivain(s): Gilles Paris Edition: Gallimard

Ce recueil de nouvelles de « Haute enfance » commence en force et en beauté avec deux excellents textes, construits en miroir, « Les pins parasols » et « Anton – Les pins parasols », où les récits à vif de deux des trois personnages principaux, Brune et Anton, se font écho. L’intrigue est ainsi peu à peu dévoilée, les zones d’ombre s’éclaircissent et les personnages prennent épaisseur et complexité à travers le regard qu’un autre protagoniste porte sur eux.

D’autres pépites scintillent d’émotion et d’invention créative, comme « Gris », qui prend place dans une famille d’acrobates, « Enfants de cœur » ou « Les pétales jaunes de Panarea ».

Gilles Paris s’intéresse aux destins d’enfants et d’adolescents blessés, perdus, malades, maltraités, esseulés, isolés, destins qui vont prendre un tour nouveau, s’enliser ou s’éclaircir, comme dans la vie, la poésie en plus. Foyers désunis, meurtrissures, petites et grandes, drames familiaux, amicaux ou amoureux, l’expression de ces brisures de la vie est tout en pudeur, à l’image des enfants/héros qui subissent plus qu’ils n’agissent, mais ressentent, réfléchissent, analysent, révèlent les malchances qui se muent en chances ou les bonheurs qui se transforment en malheurs. C’est l’enfant qui parle et qui – toujours – est en quête d’amour, d’amitié et de reconnaissance.

L’ombre de la terre, Christine Fizscher (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

L’ombre de la terre, Dumerchez, janvier 2019, 54 pages, 15 € . Ecrivain(s): Christine Fizscher

 

Le lent récit d’un oubli, le récit d’une ou de deux années, mois par mois, le récit d’un journal sous forme poétique, à la fois carnet de voyage et récit d’un amour fervent et passionné, puis manqué, non partagé, délité, le récit d’une rupture amoureuse, d’un oubli.

Voyage intérieur et voyage extérieur se mêlent tout au long des vers et des phrases au rythme parfois mélodieux, parfois haché.

D’une île de la mer Egée, puis de New-York jusqu’à Salamanque, en passant par Paris et Ville d’Avray, la poétesse-narratrice emmène son lecteur dans un voyage de réflexion sur l’ailleurs, l’amour, l’oubli et la rupture. Le voyage à la fois comme stimulant de l’amour et comme remède lorsqu’il s’est enfui.

Il s’agit d’un lent découpage du temps, mois par mois, parfois à rebours : l’été, août dans les îles grecques, à Hydra où :

La Coupure, Fiona Barton (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 29 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Polars, Roman, Fleuve Editions

La Coupure, septembre 2018, trad. anglais Séverine Quelet, 480 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Fiona Barton Edition: Fleuve Editions

 

Comme tout bon roman policier, La rupture est une histoire de secrets.

Trois femmes, qu’au départ rien ne relie, rien ne prédestine à se rencontrer, sont marquées par l’annonce, en quelques lignes, dans un journal, de la macabre découverte du corps d’un nouveau-né sur un chantier de la banlieue de Londres. Le dossier se corse lorsqu’on apprend que les ossements du bébé datent de 42 ans auparavant. A des titres différents, ces trois femmes vont chacune renouer les fils de leur passé et mener une enquête individuelle qui les conduira vers une vérité – la verité ? Ont-elles un lien personnel ou un lien professionnel avec l’affaire ? Le doute persiste, au cours du roman, pour l’une des trois protagonistes.

Angela, mère de famille et jeune grand-mère, vit dans le souvenir de l’enlèvement de son premier enfant à la maternité quelque quarante ans plus tôt, et peine à tourner la page. Cette affaire est pour elle l’occasion sinon de percer le mystère, du moins d’obtenir une réponse : Alice, son bébé qui lui a été si tôt arraché, est-elle morte ou a-t-elle survécu ?

Prix de la Vocation 2018 (4) - Bicyclettres, Jean-Acier Danès et Le croque-neige, Antoine Janot (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 02 Octobre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Bicyclettres, Jean-Acier Danès, Seuil, janvier 2018, 224 pages, 17 €

 

C’est un itinéraire de littéraire, de khâgneux amoureux des lettres. On y démarre à Sète et au cimetière marin de Valéry, puis on se rend à Annecy avec Rousseau et Madame de Warens, dans les Flandres de Marguerite Yourcenar…

Nous assistons, presque en instantané, à ces pérégrinations littéraires à dos d’une bicyclette nommée Causette, homophone de Cosette : « Loin de la recherche de la performance à tout prix, j’ai voulu faire cela : être heureux quelques semaines avec la candeur de cet enfant, les rêves d’un littéraire et d’un vagabond qui grandit ».