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Prix de la Vocation 2018, les livres en lice (3) : Sauver les meubles, Céline Zufferey et Le réconfort, Pierre Daymé (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 27 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Sauver les meubles, Céline Zufferey, Gallimard, août 2017, 240 pages, 19 €

 

Le personnage principal de l’histoire est un photographe débutant, de sexe masculin, un vrai narrateur et non un substitut de l’auteur : il ne s’agit pas ici d’autofiction, mais plutôt de conversations et de sous-conversations. Le « je » narre l’entrée dans le métier de photographe, non pas d’art mais pour la consommation de masse (les cuisines), d’un jeune homme, qui prend sur les sites de rencontre le pseudo de FIRE.

Pour échapper à ses frustrations de professionnel débutant, et à la compagnie fort peu exaltante d’Assistant, de Stagiaire et de Sergueï-le-Styliste, le narrateur entretient une liaison, d’abord entièrement satisfaisante, avec Nathalie, la collègue qui pose dans les décors qu’il photographie : « Après le sexe, elle pose sa tête sur mon épaule. C’est comme ça que l’archétype de l’homme stable et heureux qu’on promet dans nos photos finit sa journée : dans un lit à deux places, une belle fille entre les bras ».

Prix de la Vocation 2018, les livres en lice (2) : Ça raconte Sarah, Pauline Dalabroy-Allard et Mauvaise passe de Clémentine Haenel (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 18 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard, Les Editions de Minuit, septembre 2018, 192 pages, 15 €

 

C’est un roman bouleversant qui nous emporte, construit en deux parties antinomiques, l’une comme un hymne à l’amour, l’autre comme le récit d’une descente aux enfers. L’auteure s’est essayée à deux types d’écriture. C’est d’abord le portrait élogieux, dynamique, dans lequel Sarah apparaît dans toute sa fraîcheur, sa vivacité, sa fougue, sa fantaisie, telle une héroïne de Goldoni : « Ça raconte ça, ça raconte Sarah l’inconnue, Sarah l’honnête fille, Sarah la dame prudente, Sarah la femme fantasque, Sarah la femme bizarre. Sarah la femme seule ». Et cette première partie s’écrit sous le signe de la musique et du théâtre, comme Les Quatre Saisons de Vivaldi, La Tempête et Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare : Sarah est premier violon dans un quatuor de musique de chambre, elle a bientôt 35 ans, elle est gaie, elle est belle, elle est forte, enthousiaste, exaltée, elle respire la santé, « Elle veut tout tout de suite ».

Prix de la Vocation 2018, les livres en lice (1) : Nage libre, Boris Bergmann et Les Nougats, Paul Béhergé, par Sylvie Ferrando

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 12 Septembre 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

 

Nage libre, Boris Bergmann, Calmann-Lévy, janvier 2018, 308 pages, 18,90 €

 

Il était une fois Issa, jeune Français malien d’origine, qui habitait la Zone et qui venait de rater son bac. Issa se sent illégitime, ne pas appartenir au groupe, quel qu’il soit. Issa veut sortir du syndrome de l’échec des « fils de Zone » mais n’y parvient pas. Issa est arrivé en France à l’âge de 7 ans, à la « Cité du Parc », au « Bâtiment B, escalier 2, 3eétage, apt 24C. Son équation sans inconnue ».

Il était une fois Elie, le seul et meilleur ami d’Issa, un jeune juif dont la mère était battue par un beau-père cruel, et qui lui aussi venait d’échouer au baccalauréat. Une histoire sombre de banlieue, de losers, de violence et de maltraitance.

La femme à part, Vivian Gornick (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 06 Septembre 2018. , dans Rivages, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, USA

La femme à part, septembre 2018, trad. anglais (USA) Laetitia Devaux, 160 pages, 17,80 € . Ecrivain(s): Vivian Gornick

 

Gens de New York, tel aurait pu être le titre de ce nouvel ouvrage de Vivian Gornick, sur le modèle des Gente di Roma/Gens de Rome d’Ettore Scola (film sorti en 2003). A l’image du documentaire italien, proche de la comédie, Vivian Gornick nous fait partager ses réflexions, ses rencontres et ses errances dans les rues de New York, à Manhattan, l’île rêvée, puis habitée, et dans le Bronx, quartier où l’auteure a grandi, ainsi que son fidèle ami Leonard, intellectuel gay.

« Lorsqu’il est seul, l’homme est sincère, écrivait Ralph Waldo Emerson. Mais dès qu’il y a une seconde personne, c’est le début de l’hypocrisie […]. Ainsi, par nature, un ami constitue un paradoxe ». Il y a deux sortes d’amitié, selon Gornick, et d’après son expérience : celle où l’on se remonte mutuellement le moral et où les occasions de se voir sont provoquées, et celle où il faut avoir le moral pour voir l’autre et où on cherche des moments de libres dans son agenda. La place de l’amitié dans l’une ou l’autre de ces catégories dépend de la place du curseur entre « l’emprisonnement de la mélancolie » et « la promesse de l’espoir ». D’un point de vue plus optimiste et plus actif, l’amitié, c’est être « deux voyageurs » qui arpentent les contrées de leur vie et qui se rejoignent « de temps à autre à ses confins pour un rapport sur l’état de la frontière ».

Tuer Jupiter, François Médéline (seconde critique)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 28 Août 2018. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, La Manufacture de livres

Tuer Jupiter, août 2018, 224 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): François Médéline Edition: La Manufacture de livres

 

Le lundi 12 novembre 2018, un peu après 4 heures du matin, juste après la fin des cérémonies de commémoration du 11 Novembre, le Président de la République française Emmanuel Macron succombe à une tentative d’assassinat réussie, aussitôt revendiquée par Daesch. Il est enterré au Panthéon le 2 décembre, en grande pompe, au milieu de l’émotion de ses proches et de la nation tout entière.

A partir de cette date, François Médeline, qui connaît bien, pour les avoir fréquentés, les arcanes du pouvoir, remonte le temps et, mois par mois, semaine après semaine, dévoile l’énorme et sophistiquée mécanique qui, de Moscou à Washington DC, de Villejuif à Aubervilliers, des eaux territoriales israéliennes au large du Sahara occidental, de l’Elysée à New Delhi, orchestre le meurtre présidentiel.