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Partage de la nuit, Patrick Devaux (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 09 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Le Coudrier

Partage de la nuit, Patrick Devaux, Ill. Catherine Berael, 70 pages, 16 € Edition: Le Coudrier

 

Nous voici dans un moment où notre conscience se laisse glisser vers un autre niveau du monde, à moins qu’à l’inverse elle n’ait enfin le moyen de s’éveiller pleinement à ce monde. Nous voici dans ces instants déterminants où l’aube est sur le point d’apparaître, où le crépuscule est si bien installé qu’il nous place dans le mystère et l’expectative, qu’il nous invite à une observation plus minutieuse de l’espace, qu’il nous met face à quelques questionnements centraux.

C’est l’impression qu’apporte ce très délicat Partage de la nuit de Patrick Devaux qui, dans une langue poétique aussi épurée que suspendue (la disposition graphique elle-même semble faire état d’une suspension, suspension du temps, suspension du geste), nous emmène au sein d’une oscillation entre ombre et lumière, nous conduit à cette frontière incertaine où tentent de se rencontrer le jour et la nuit, où le jour et la nuit s’essayent à un partage des éléments.

La Demoiselle Sauvage, S. Corinna Bille (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 13 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Gallimard

La Demoiselle Sauvage, S. Corinna Bille Gallimard, collection Blanche – Mai 1975 (réédition juin 2014) 216 pages – 16,90 € Edition: Gallimard

 

La Demoiselle Sauvage est un titre parfaitement choisi, à l’image de ce recueil de nouvelles où les femmes sont plus présentes que les hommes, où les forêts du Valais semblent ne pas nous quitter tout au long de la lecture, où le désir tient une place somme toute importante dans l’histoire des personnages, qu’il s’agisse d’un désir réprimé ou vécu avec complexité. Cependant, ce recueil, qui a reçu la Bourse Goncourt de la nouvelle en 1975, ne nous apparaîtrait pas aussi riche si une atmosphère de rêve et une forme de fausse innocence colorée ne venaient compléter ces tableaux de vie surprenants, oscillant entre le conscient et l’inconscient.

Les titres des nouvelles pourraient eux-mêmes faire penser à une suite de contes charmants, mais c’est une relative tromperie : « Le Garçon d’Aurore », « La Jeune Fille sur un cheval blanc », « Le Rêve », « L’Envoûtement »… Envoûtés, nous le sommes, comme sous l’effet d’un sort légué par le talent de Corinna Bille (qui, du reste, a aussi écrit des contes pour les enfants), mais c’est pour mieux nous faire entrer dans les turpitudes, les frustrations, les méandres intérieurs des femmes et des hommes parfois.

Peau d’Âne et la Princesse qui-pue-du-bec, Stéphane Botti (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 06 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Jeunesse, Magnard

Peau d’Âne et la Princesse qui-pue-du-bec, Stéphane Botti, Magnard Jeunesse – Janvier 2020, 144 pages – 11,90 € Edition: Magnard

 

En reprenant les figures mythiques héritées de Grimm ou de Perrault, Stéphane Botti nous plonge dans un conte résolument moderne, aux prises avec les problématiques qui peuvent être celles des enfants du XXIème siècle. Attention, cependant : la modernité ne s’entend pas avec un iPhone. Ici, la poésie et la magie sont bien présentes, et l’humour y tient une place très grande.

Peau d’Âne se voit apprendre par sa marraine fée qu’elle a désormais l’obligation d’aller à l’école – elle qui vivait jusque-là paisiblement dans sa cabane au fond des bois. Elle rencontre alors plusieurs princesses en devenir, comme elle, et se fait rapidement des amies. L’une de ses camarades suscite l’admiration de toutes, en raison de ses talents divers et de sa beauté : Boucles-Parfaites. Mais il y a un envers au décor : Boucles-Parfaites est sans doute la plus pernicieuse aussi…

Smara, Carnets de route d’un fou du désert, Michel Vieuchange (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 06 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Libretto

Smara, Carnets de route d’un fou du désert, Michel Vieuchange, 256 pages, 9,10 € Edition: Libretto

« … toute vie qui ne se voue pas à un but déterminé est une erreur », nous dit Stefan Zweig dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Si l’on s’en tient à cette affirmation du célèbre écrivain autrichien, incontestablement, la vie de Michel Vieuchange n’aura pas été une erreur. Mais faut-il croire qu’il y avait un prix à payer ? Sa volonté exceptionnelle l’aura amené à une mort précoce : il n’a pas dépassé les 26 ans.

Ces carnets de route nous plongent dans une errance qui semble ne jamais finir, avec pour but ultime Smara, ville-symbole du mirage inhérent au désert, nourrissant abondamment l’imaginaire de l’explorateur français, et néanmoins véritable œuvre de Ma El Aïnin. Autant le dire : la partie est loin d’être gagnée. Ce journal, heureusement récupéré par son frère Jean, avec qui Michel Vieuchange s’est associé pour concevoir et préparer ce projet d’envergure et somme toute dangereux, s’il nous révèle les espérances et l’opiniâtreté de l’intéressé face au but qu’il s’est fixé, fait grandement état des épreuves abominables par lesquelles il passe : douleurs physiques intenses, sommeil continuellement perturbé voire absent, suspicions à l’égard de ses accompagnateurs, nourriture et boissons médiocres, impression d’angoisse devant l’immensité plate du désert… Et pourtant, Michel Vieuchange écrit ; et pourtant, Smara le tient avec fermeté.

Aile, la messagère, Michel Cosem (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 28 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Unicité

Aile, la messagère, avril 2018, 148 pages, 15 € . Ecrivain(s): Michel Cosem Edition: Unicité

 

Aile, la messagère – qui est-elle ? Sans doute celle qui porte et qui cimente l’esprit de Michel Cosem dans un ouvrage ciselé, où le mot poétique est systématiquement associé à un lieu. D’une certaine façon, l’élément « lieu » est le personnage principal de ce livre, invoquant en nous un déplacement continu et imperceptible. Outre la France et ses régions, l’Espagne et l’Egypte font partie des étapes du voyage. Et nous ne sommes pas autrement conviés qu’à un voyage de l’âme qui, hors de tout cheminement analytique, se laisse envahir ou est envahie malgré elle par les éléments naturels (végétaux, minéraux, animaux) et leurs images surréelles – de celles, bien sûr, qui viennent d’au-delà de nos perceptions ordinaires. Les êtres humains et leurs habitudes ne semblent être présents que dans une toile de fond, tel le passage d’un décor mouvant. C’est finalement quand l’âme se penche vers la nature, sans intention, gratuitement, qu’elle se révèle plus pleinement.