Identification

Articles taggés avec: Baillon François

Journal d’un départ – Photographies de Bretagne, Jean-Michel Aubevert (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 19 Août 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Arts, Recensions, Le Coudrier

Journal d’un départ – Photographies de Bretagne, Jean-Michel Aubevert, Photographies : Joëlle Aubevert, Éditions Le Coudrier – Mai 2024, 114 pages – 22 € Edition: Le Coudrier

 

Jean-Michel Aubevert nous guide dans cet ouvrage à l’aide d’un bref avant-propos où il nous dit entre autres : « Ainsi louvoyons-nous entre le réel et le vrai, entre ce que nous vivons et ce que nous en concevons. » (p. 3) De ce qu’il résume d’une expérience humaine, il tire son propre témoignage des faits et de ce qu’il observe. Et, visiblement, ce témoignage doit tendre pour lui vers une forme qui lui paraît une des plus valables, si ce n’est la seule valable : le poème.

Le fait est que nous sommes bien ici dans une langue hautement poétique, où les sonorités sont travaillées, voire malaxées, de telle façon que le résultat doit en être une sculpture précise, tout en étant généreuse pour les sens. Il se peut, d’ailleurs, que le poète se laisse parfois trop aller à cette volonté musicale, à ce jeu accentué avec les phonèmes.

Cette nuit-là, la Sorcière… – Vendée, 1794, Jean-Claude Lumet (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 17 Juin 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Contes

Cette nuit-là, la Sorcière… – Vendée, 1794, Jean-Claude Lumet Éditions du Petit Pavé – Août 2023 112 pages – 12 €

 

À la lecture du titre de ce récit, on pense inévitablement à plonger dans une atmosphère de légende ou de conte. Si le paysage qui entoure les personnages principaux revêt les draperies d’un cauchemar, l’histoire qui nous est narrée, bien qu’inventée, est réaliste. Du reste, il nous est précisé que les lieux mentionnés, les massacres, le nombre de tués et les noms de victimes sont authentiques. Ainsi, le récit de cette nuit vendéenne de 1794 puise son étrangeté et sa magie, si l’on peut dire, dans une succession de faux-semblants, d’idées basées sur des croyances populaires – ces mêmes croyances bénéficiant de l’obscurité et de l’oppression des luttes révolutionnaires. L’imagination des paysans prévaut sur tout autre effort de raison.

Crever la nuit, Philippe Colmant (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 03 Juin 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Coudrier

Crever la nuit, Philippe Colmant, Editions Le Coudrier – Mars 2025 Illustrations : Philippe Colmant. 68 pages – 18 € Edition: Le Coudrier

 

Le titre de ce recueil, aussitôt lu, nous projette vers un double sens auquel le contenu ne déroge pas. L’insomnie du poète le force à désirer « crever la nuit », à désirer une faille au sein d’une obscurité trop dense, trop longue, à désirer apercevoir, au sein même de sa prison, un trait de lumière. Car la douleur exprimée ici est si aiguë que le poète pourrait bien être près de « mourir » au cours de cette nuit.

L’être aimé n’est plus présent dans ces murs. Le sommeil est introuvable. A l’image de ces feuilles éclairées par un lampadaire, que nous montre la couverture, on a l’illusion de voir et d’entendre des insectes bourdonner autour de l’esprit du poète, assailli par un essaim d’intranquillité. L’environnement, observé, écouté, se dresse devant lui comme un reflet. « Une brise discrète pleure quelque étoile écrasée. (…) au loin, dans les campagnes, la cécité guette, ratisse large. Les labours neufs s’éteignent dans leurs lignes. Les champs en grains cèdent de leur opulence aux rongeurs impénitents. » (p. 8)

Le Portrait de Jennie, Robert Nathan (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 20 Mai 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Joelle Losfeld, Roman, USA

Le Portrait de Jennie, Robert Nathan, Editions Joëlle Losfeld, 2000, trad. anglais (USA) Germaine Delamain, 144 pages, 5,10 € Edition: Joelle Losfeld

 

Un passage de ce livre résume la quête, somme toute absolutiste, de son personnage principal : « N’existe-t-il peut-être qu’une seule âme entre toutes – entre toutes celles qui ont vécu, à travers les nouvelles générations, d’un bout du monde à l’autre – et qui doit nous aimer ou mourir ? Que nous devons aimer à notre tour, que nous devons espérer toute notre vie, aveuglément, avec nostalgie, jusqu’à la fin » (p.92).

Eben Adams est un peintre de vingt-huit ans, qui vit dans un profond dénuement. Nous sommes en 1938 : New York est une ville qui résiste durement au talent d’Eben. Celui-ci ne parvient pas à vendre les toiles qu’il compose et il s’interroge, les déceptions répétées le plongeant dans un très grand désarroi. La « faim » qu’il a de s’accomplir est, cependant, plus dévorante que la faim du corps elle-même ou que le froid. Un soir de cet hiver-là, revenant d’une journée à nouveau stérile, il erre dans ce qu’il appelle « le Mail », tout à fait déserté :

D’étranges nuits d’été, Véronique Delamarre Bellégo (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Vendredi, 04 Avril 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

D’étranges nuits d’été, Véronique Delamarre Bellégo, Oskar Éditeur, 2014, 80 pages, 9,95 €

 

Adopter l’état d’esprit d’un narrateur très jeune (onze ans dans le livre qui nous intéresse) n’a rien d’une évidence en termes littéraires. Cependant, la justesse qui émane de ce court roman, à travers la voix et le ton de Matthieu, n’est pas son unique qualité. Comment ne pas penser, à certains moments, aux livres de ce talentueux écrivain qu’est Michel Cosem, dont une large partie de la bibliographie est tournée vers la jeunesse ? Des romans tels que L’Enfant et la légende ou Émilie et la Dordogne contiennent ce souffle propre au jeune héros, ou à la jeune héroïne, qui va à la fois au-devant de lui-même et de l’inconnu, où le ressenti de sa chair n’est plus vraiment le même à la fin du voyage, où l’ambiguïté permanente entre réel et imaginaire, si caractéristique de cet âge, est savamment ménagée pour faire de l’aventure entière un poème.

Tels sont les éléments contenus dans ces Étranges nuits d’été, au titre déjà poétique et énigmatique – à travers l’illustration de couverture, l’art de Julia Wauters a su délicieusement exprimer l’envoûtement et la délicatesse de ces nuits.