Identification

Articles taggés avec: Baillon François

Une philosophie de la solitude, John Cowper Powys (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 02 Novembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Allia, Essais

Une philosophie de la solitude, John Cowper Powys, août 2020, trad. anglais, Michel Waldberg, 208 pages, 12 € Edition: Allia

 

A la lecture de la préface (une préface ne devrait-elle pas être lue comme une postface ?), on pourrait prendre peur. Car on se dit, presque avec automatisme, que cet ouvrage, fraîchement réédité cet été, veut se présenter comme un guide spirituel à l’égard des personnes qui, malgré elles, ont trop subi la solitude durant le confinement. Ce n’est pas qu’une telle démarche serait à déplorer, mais dès l’abord, c’est comme si l’on sentait trop l’écho fait à ce que nous connaissons tous en 2020, et c’est déjà agaçant.

Sauf que cet ouvrage a été publié pour la première fois en 1933 et qu’il a été écrit par John Cowper Powys, grand érudit. Ce qui s’est révélé agaçant dans les premières minutes, sans doute trop influencé par les actualités, devient troublant : la philosophie qu’on cherche à y développer, invitant à retrouver une solitude dépouillée à l’extrême et profondément individuelle, tout particulièrement au milieu des grandes cités, abat les murs des époques.

Chair papier, Juliette Brevilliero (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 13 Octobre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Editions Galilée

Chair papier, Juliette Brevilliero, septembre 2020, 96 pages, 12 € Edition: Editions Galilée

 

Le titre Chair papier tient la promesse des thèmes abordés dans ce premier recueil de poésie de Juliette Brevilliero, ouvert par le poème La femme livre, un portrait possiblement idéal de la Poétesse dans son sens empirique. L’obsession de la création littéraire et l’obsession des mots qui ne viendront peut-être pas sont mêlées à une sensualité ininterrompue, qu’elle se trouve dans les vocables eux-mêmes ou dans les corps que nous croisons. Car ce qui est physique ne cesse pas d’être marié à ce qui est écrit, à ce qui est lu : la volonté de la poétesse est de troubler (non pas de tromper) son monde en faisant des signifiants et des signifiés son armée, une armée mixée, mais si cela apparaît comme un jeu valable de poète, en aucun cas il ne s’avère gratuit. Cette volonté est l’expression d’une quête, d’un sens à apporter, d’une direction. Les poèmes se boivent ici comme des sensations, où l’on tend à un rapprochement exalté, exceptionnel avec l’autre, où l’on appréhende et accepte les déceptions d’un amour qui avait l’allure du parfait : « Mon cœur veut des mots plus forts / des mots qui impriment le ciel / Que ferons-nous s’ils ont tort ? » ; « mes lettres s’emmêlent aux tiennes / qu’elles foudroient l’infini ».

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles

Et la vie continua, Jean Boisdeaufray, Editions du Petit Pavé, 2010, 132 pages, 15 €

 

Ce recueil de nouvelles se tient comme un funambule adroit sur la corde séparant le rêve et la réalité : d’une part, en raison des différents genres qui sont représentés dans ces nouvelles ; d’autre part, par le fait qu’on y rencontre à la fois des personnages pleinement imaginaires et l’auteur lui-même, exposant des souvenirs à la teinte réaliste ou, au contraire, immergés dans le fantastique.

Ainsi, Le souterrain nous conduit vers un souvenir de jeunesse de Jean Boisdeaufray, condamné à être un découvreur solitaire et incompris, mais seul détenteur d’un secret qui persiste à enchanter son enfance et à lui rendre une saveur particulière. C’est l’une des nouvelles les plus émouvantes de ce recueil.

D’une manière différente, Les cavaliers de Noël s’appuie également sur la mémoire du jeune professeur qu’était Jean Boisdeaufray, mais pour nous emmener, cette fois-ci, dans un mystère qui se tient aux portes du merveilleux et de l’historique.

Le Magasin de jouets magique, Angela Carter (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 02 Septembre 2020. , dans Titres (Christian Bourgois), La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Roman

Le Magasin de jouets magique, Angela Carter, trad. Isabelle Delord-Philippe, 304 pages, 8 € Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

Le titre est enfantin, le roman ne l’est pas.

Du moins, il tente, à travers les yeux de Mélanie, de préserver un lien attendri et merveilleux avec cette période de la vie censée être une des plus douces. Mais le lien est rapidement brisé, et c’est en usant d’une ironie qu’on pourrait qualifier d’enchanteresse, d’images et de couleurs qu’on trouve habituellement dans des contes de fées, qu’Angela Carter nous plonge au sein de désillusions irrémédiables – et ceci ne manque pas de donner à l’œuvre une dimension particulièrement émouvante.

Mélanie, la protagoniste, a quinze ans et, cet été-là, elle découvre avec trouble l’éveil très fort de sa sensualité. Elle vit dans une atmosphère familiale qui respire l’aisance, la propreté délicate et les parfums de salle de bains. Jonathan, son frère, Victoria, sa très jeune sœur, et elle-même vivent avec Mrs Rundle pendant que leurs parents sont partis en voyage.

Dans le confessionnal, et autres nouvelles, Amelia B. Edwards (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 26 Août 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Nouvelles, Editions José Corti

Dans le confessionnal, et autres nouvelles, Amelia B. Edwards, trad. Jacques Finné, 248 pages, 18,25 € Edition: Editions José Corti

 

Si la littérature, comme d’autres domaines, est un champ infini, c’est en partie parce qu’elle nous conduit à porter notre regard vers des écrivain(e)s un peu vite oublié(e)s.

Amelia B. Edwards en sait quelque chose : Jacques Finné s’est intéressé de près à la vie et à l’œuvre de cette romancière et nouvelliste britannique, qui fut également égyptologue. En vérité, Amelia B. Edwards était plus que cela : journaliste, musicienne (elle eut le bonheur d’être soliste en tant que chanteuse lyrique), elle fut par ailleurs une conférencière très appréciée à la fin de sa vie, sillonnant l’Amérique et l’Angleterre.

Dans le recueil Dans le confessionnal et autres nouvelles, ce sont sept récits fantastiques qui nous retiennent, sept récits habités par des fantômes qui ne se révèlent pas aussi effrayants qu’on pourrait l’attendre. Sept nouvelles qui n’apporteront pas de surprise supplémentaire aux amateurs du genre fantastique à l’époque victorienne.