Identification

Roman

Noces de sang à Bucarest, Rémi Boyer

, le Mardi, 06 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Noces de sang à Bucarest, Les Editions de l’œil du Sphinx (coll. Les Insomniaques d’Innsmouth) 317 p. 20 € . Ecrivain(s): Rémi Boyer


Un roman qui s’apprécie selon plusieurs niveaux de lecture, qui connote plusieurs genres, complémentaires et à la fois hiérarchisés.

Le cinéma, dans les découpages scénaristiques de l’écriture, dans des scènes qui pourraient être autant de plans et cadrages, dans certains personnages, en particulier féminins, qui ne sont pas sans rappeler Kill Bill et autres héroïnes tarantinesques.

La littérature populaire, avec d’incessants rebondissements, un suspense remis d’une page l’autre comme dans un feuilleton, un sens aigu de l’ellipse. Littérature populaire qui se décline en autant de sous-catégories, scientifique merveilleux, espionnage, aventures… On pense à Gustave Le Rouge, Maurice Renard, le Capitaine Danrit…

La littérature gothique et le thème du vampire. Mais thème remanié dans une Roumanie post-Ceausescu, où passent encore les malfaisances de la Securitate, où les messes rouges et le sang, serait-ils toujours  associés à la quête de l’immortalité, se renouvellent en expériences génétiques, en recherches sur la post-humanité et la surhumanité : s’il en est, un vampirisme technicien et scientifique.

Les champs de Paris, Yann Suty

, le Mardi, 06 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Stock

Les Champs de Paris, janvier 2011, 384 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Yann Suty Edition: Stock


Les Champs de Paris, c’est un bar étrange autour duquel gravitent quatre protagonistes : Freddy, le beau garçon plein d’assurance et de fric, pour qui seules comptent les apparences, Anna, sa sublime petite amie qui s’ennuie à mourir, Cortès, le meilleur ami de Freddy, désespérément amoureux d’Anna, et Vanessa, la sœur de Cortès, qui a trouvé un refuge salutaire dans le bodybuilding.

Leurs points de vue s’entremêlent avec pour décor un Paris où la météo s’est totalement, définitivement déréglée.

Et, dans ce deuxième roman, Yann Suty ose même se mettre en scène.

Le rythme haletant, la force qui pousse à lire encore juste quelques pages, le suspense, les personnages plus vrais que nature, bien loin des clichés que l’on envisage de prime abord, les univers construits en quelques lignes seulement, des univers forts, marquants, qui restent, des images impressionnantes [qui font impression], un roman difficile, sans doute, à oublier, et que l’on a, de toute façon, pas envie d’oublier.

Sous le règne de Bone, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Samedi, 03 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Actes Sud

Sous le règne de Bone (1995), Babel Actes Sud, 9,50 €, 438 p. . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud


Le narrateur porte un mohawk, quelques piercings, et s'oriente avec peu de repères. Mère et beau-père alcooliques, père absent depuis ses 5 ans, sa vie n'est pas un long fleuve tranquille. A 14 ans, Chappie est à fond dans la fumette. Comme il n'a pas beaucoup d'argent pour payer son herbe (sa came dit son alcoolique de beau-père) il chaparde chez lui des trucs à revendre. Quand son beau-père s'en aperçoit, c'est la crise. Une porte claque, l'ado s'installe chez son pote Ken qui vit dans une espèce de squat partagé avec une bande de bikers toxicomanes.

Chappie n'est pas un si mauvais garçon, il désire recoller les morceaux avec sa mère. Pour lui faire un cadeau de Noël et comme il n'a toujours pas assez d'argent, il vole dans un magasin et se fait attraper. Un piège se referme. La grande bascule de son existence.

Chappie part pour de bon et sa route le mène d'aventures en évenements violents, de rencontres (de très belles rencontres et de beaucoup plus mauvaises) en expériences spirituelles, entre folie magie transe et sagesse, des États-Unis à la Jamaïque.

En plein dans la nuit, Hélène Gaudy et Bertrand Desprez

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Samedi, 03 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier

En plein dans la nuit , 2011, 107 p. 8.55 € . Ecrivain(s): Hélène Gaudy, Bertrand Desprez Edition: Thierry Magnier

« C’est toujours pareil avec la colère. Ça commence tout doux et puis ça monte comme les montagnes, les montagnes russes. J’ai les mains qui s’affolent, j’ai les bras qui se tendent. Le creux. Au ventre. Ça mord. Je frappe. »

En plein dans la nuit résonne comme un coup, un coup bref reçu en plein plexus, un coup qui laisse pantelant, le souffle court, bref à l’instar des phrases juxtaposées d’Hélène Gaudy.

En plein dans la nuit, c’est l’histoire de Julien, collégien, qui plein de rage et de cris s’enferme sur lui-même au point de ne plus se voir comme une créature humaine, mais comme un animal acculé par les autres, par « ceux qui ne font pas d’efforts. Ceux qui me regardent par en-dessous. Ceux qui me provoquent et puis ceux qui ont peur ». Jusqu’au jour où, à la suite d’une bagarre en cours, il s’enfuit par la haie de sapins qui entoure le collège et y trouve, enfoui entre les racines, un revolver. Revolver qui devient le prolongement organique et quasi mystique de lui-même, et qui lui insuffle l’énergie nécessaire à la vengeance, la sienne mais aussi celle de son camarade malmené, Chen.

Pseudo, Ella Balaert

, le Mercredi, 30 Novembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Myriapode

Pseudo, Éditions Myriapode, août 2011, 144 p., 18 € . Ecrivain(s): Ella Balaert Edition: Myriapode


La correspondance a de tous temps intéressé les écrivains, le roman épistolaire n’est en rien nouveau. Et depuis plusieurs années, ère Internet oblige, fleurissent les romans faits d’échanges de courriers électroniques.

Pseudo est de ceux-là. Trois femmes que réunit une séance de gym hebdomadaire suivie d’un restaurant de quartier, trois femmes par ailleurs fort différentes – âge, milieu, situation familiale, goûts – décident d’en former une quatrième, imaginaire, pour répondre à l’annonce en ligne d’un antiquaire prénommé Ulysse. Ce sera Eva, avatar plus vrai que nature (« Ce n’est pas parce qu’elle est virtuelle qu’elle doit se désincarner ! » page 20), qu’elles se partagent en coupant la semaine en trois.

Trois mois durant, les échanges fusent, échanges entre Eva et Ulysse, mais aussi échanges entre les trois femmes. Sauf que les masques ne résisteront pas à l’épreuve du temps, et, s’il est facile de se cacher sur la toile, la vraie vie finit toujours par rattraper la virtualité.