Identification

Roman

Le musée de l'innocence, Orhan Pamuk

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Gallimard

Le musée de l’innocence, 674 pages, 25 € . Ecrivain(s): Orhan Pamuk Edition: Gallimard

Qu’est-ce qui fait un grand livre ? Une histoire originale et savamment construite ? Des personnages remarquablement campés auxquels on s’identifie ? Un style qui vous emporte ? Une force qui vous pousse à tourner les pages les unes après les autres, qui ne fait jamais relâcher votre attention, même à une heure avancée de la nuit ? De l’émotion ? Du suspense ? Des interrogations qui poussent le lecteur à remettre en question ses façons d’être et d’agir ? Une fin à la hauteur de tout ce qui précède ?
Tous les ingrédients sont réunis dans le dernier livre d’Orhan Pamuk, Le musée de l’innocence et l’auteur les utilise à merveille. Après Istanbul et D’autres couleurs, il revient (enfin !) au roman avec Le musée de l’innocence, pour la première fois depuis son Prix Nobel de 2006.
Au début du livre, Kemal se souvient du moment le plus heureux de sa vie. C’était quand il embrassait l’épaule de Füsun. Il avait 30 ans, elle en avait 18. Quelques jours plus tard, Kemal devait se fiancer avec Sibel, une femme que tout le monde trouvait parfaite pour lui. Lui aussi était d’accord avec cette idée. Il savait qu’il se sentirait bien aux côtés de Sibel tout sa vie durant.

Un secret de rue, Fariba Vafi

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Zulma

Un secret de rue, traduit du persan par Christophe Balaÿ, 2011, 218 p. 18 € . Ecrivain(s): Fariba Vafi Edition: Zulma

 

Homeyra assiste indifférente à l’agonie de son père à l’hôpital. A ses côtés, elle se remémore son enfance à Téhéran et dresse le portrait d’un quartier populaire où des familles se détruisent lentement. Tandis qu’Homeyra est effacée et recherche l’amour de sa mère, son amie Azar se joue des recommandations des adultes et refuse de se soumettre à la loi masculine. « Elle riait aux éclats, avec moins de cervelle qu’une linotte. Elle aimait écouter les élucubrations de son père, ne se préoccupant pas du fait qu’il fût opiomane. De sa mère, elle ne voulait qu’un peu d’argent pour s’acheter des pâtes de fruit qu’elle dévorait sans même les mâcher. Elle ne semblait pas se soucier du fait que sa mère vieillissait à la peine devant le four du boulanger. Elle se souciait du monde comme d’une guigne ». A trop peu s’en soucier, elle en périra.
Fariba Vafi nous dépeint avec pudeur la loi patriarcale et la tristesse voilée des femmes dans cette rue où rien n’est un secret et où l’on vit avec les voisins comme au sein d’une famille élargie. De ces histoires imbriquées, émerge une touchante poésie de la douleur.

Le Polygame solitaire, Brady Udall

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 21 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Albin Michel

Le Polygame solitaire, mars 2011, 738 p., 24€ . Ecrivain(s): Brady Udall Edition: Albin Michel

Le Polygame solitaire est sans doute l’un des meilleurs romans de ce début d’année. Son humour est détonant. Son propos associe récit d’aventures et peinture d’une certaine vie de famille en un cocktail incongru et diablement réussi. Le tour de force de ce roman fleuve, rocambolesque et pathétique à la fois, est de ne jamais tomber dans une caricature facile. On ne trouvera pas ici les clichés attendus autour des mormons et autres « polyg ». Certes, le personnage principal, Golden Richards, « apôtre de Dieu », est bel et bien un polygame de 40 ans, marié à quatre sœurs-épouses et père de 28 enfants. Il est même pressenti pour être Le Puissant et Fort, summum de la consécration dans l’Eglise-de-Jésus-Christ-des-Saints-des-Derniers-Jours.

Or, qu’arrive-t-il lorsqu’un tel homme, fort de son attitude exemplaire et du soutien de sa communauté se voit confier la construction d’un nouveau bordel, voisin du non moins réputé Pussycat Manor et que de surcroît, il trouve le moyen de tomber amoureux d’une sensuelle inconnue, en réalité femme légitime du patron du bordel susnommé, homme fort susceptible ; et se retrouve alors pourchassé par des hommes de main patibulaires et une cohorte d’épouses méfiantes ? On attend un vaudeville, Brady Udall déclenche un cataclysme, un vrai, de ceux qui entraînent une remise en question complète.

Villa des hommes, Denis Guedj

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 17 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Points

Villa des hommes, Ed. Robert Laffont 2007. Réédition Points 2011. 312 p. 7 € . Ecrivain(s): Denis Guedj Edition: Points

« - Emmerdez-les le plus possible, Monsieur Matthias. Foutez-leur une belle merde ! Ne laissez pas le monde tourner rond. Quand il tourne rond, on perd la boule. »


C’est Herr Singer qui parle. C’est la fin du livre de Denis GUEDJ « Villa des Hommes ». C’est la fin de l’histoire d’une amitié improbable entre un jeune soldat français blessé dans les combats douteux de la Première Guerre Mondiale et un vieux mathématicien allemand, génial, soigné dans le même hôpital parce qu’il souffre de dépression périodique. Entre eux s’est tissé un lien de plusieurs longs mois, lien fait de silences, de discussions interminables, lien indissoluble tressé dans les mêmes rêves, les mêmes dégoûts. La haine de la guerre, le refus des cécités nationalistes, le rêve partagé d’un monde plus fraternel et plus juste.

Herr Singer c’est, dans une libre inspiration, la figure de Georg CANTOR, mathématicien célèbre, père des « mathématiques modernes », père de la « théorie des ensembles » et des « nombres transfinis ». Monsieur Matthias, c’est un cheminot français qui se retrouve transformé en « chair à canon » dans la "grande boucherie" de 14/18. Rien ne les unit quand le directeur de l’hôpital entre dans la chambre de Herr Singer et lui dit :

Amour, Hanne Orstavik

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 16 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Les Allusifs

Amour, 2011, 134 pages, 14 € . Ecrivain(s): Hanne Orstavik Edition: Les Allusifs

 

Libéré de l’espoir… non, le petit Jon est trop jeune pour penser cela, penser que c’est cela qui s’installe dans sa tête quand il se couche, au seuil de sa porte, dans la nuit glaciale : il aura neuf ans le lendemain.

Il en a rêvé, de ce train électrique pour son anniversaire, ce train qui siffle dans son esprit et qui les emporte, Vibeke, sa mère et lui. Loin d’ici, dans cet endroit reculé de Norvège où l’on dirait que l’hiver et la nuit ne finiront jamais… Vibeke, sa mère, il ne l’appelle pas autrement, ne pense à elle que sous ce prénom. Une seule fois, vers la fin, il pensera « maman ». Ces deux-là ne se sont pas trouvés, ne se retrouvent pas. Leurs routes se croisent, à un moment, mais implacable, le destin les trace et les traque.

Le fil du récit passe de la mère au fils, enchevêtrant leur soirée d’abord légèrement, puis effroyablement. On assiste, impuissant, à l’inéluctable.