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Roman

D'autres prendront nos places, Pierre Noirclerc

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 13 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion

D'autres prendront nos places. 2011. 231 p. 17 € . Ecrivain(s): Pierre Noirclerc Edition: Flammarion

Avez-vous déjà entendu parler du « crowdsourcing » littéraire ? Procédure nouvelle en matière éditoriale, visant à publier un inconnu, sous une forme particulièrement originale. Elle est le fruit d’un partage et d’une collaboration entre internautes, permettant ainsi d’envisager une nouvelle forme de créativité littéraire tout en utilisant la puissance d’internet afin de mettre en relation des auteurs et de créer des projets inédits. Telle est l’ambition de « WeLoveWords » qui a remporté un vif succès pour sa première édition. Pierre Noirclerc vient de remporter une victoire avec publication à la clé. Et le livre-lauréat, « D’autres prendront nos places », dresse un portrait assez alarmant de la « Génération Y ».


Pierre, un jeune diplômé universitaire en économie, part à Londres pour un court-séjour, avant de venir s’installer à Paris en vue d’y trouver son « Eldorado ». Cherchant un studio, il signe rapidement :

« Un type dans un costume brillant et étriqué m'a pris en charge. Je lui ai dit que je cherchais un meublé disponible tout de suite et il m'a proposé de visiter un studio porte de Clignancourt. Quand on est arrivés, l'immeuble paraissait bien tenu. Il y avait quand même, sur l'intérieur de la porte, une note du syndic qui prévenait d'une dératisation prochaine. Mais à choisir entre les punaises et les rats, je préférais les rats. Eux, on peut les voir venir».

La petite, Michèle Halberstadt

, le Lundi, 12 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

La petite, août 2011 150 p. 12,90 euros . Ecrivain(s): Michèle Halberstadt Edition: Albin Michel

La quatrième de couverture de ce court roman intrigue : « J’ai 12 ans et ce soir je serai morte. » Et puis, dès la première page, on est happé par l’écriture de Michèle Halberstadt, douce et féroce à la fois, qui nous plonge dans la spirale du silence et du désamour dont peut souffrir une enfant à la veille de l’adolescence, avec ici pour décor la France des années 60.

Comment en vient-on à envisager la mort à l’âge où tout est possible ? Comment arrive-t-on à préférer disparaître quand la vie n’est que promesses ? Tout se joue à rien, un rien à peine palpable, un rien tu, un secret dont la douleur prend une dimension inversement proportionnelle aux années de celle qui le possède.


« A quoi bon vivre quand on craint à ce point d’être soi-même ?

J’avais peur de tout. Des baisers des garçons, du jugement de ma tante, du rire de ma sœur, du regard de ma mère.

Il n’y avait qu’avec mon grand-père que je n’avais peur de rien.

Ce soir-là, en éteignant la lumière, j’ai pensé pour la première fois qu’il serait doux de le rejoindre. » (page 92)

Profondeurs, Henning Mankell

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 08 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Points

Profondeurs, 2004, Points Seuil 2009, 348 pages, 7€. . Ecrivain(s): Henning Mankell Edition: Points


S'il n'y avait qu'un objet, se serait une sonde. Son outil de travail, celui contre lequel il se blottit les nuits sans femme. L'objet de tous ses mensonges, qu'il laisserait en garantie contre  parole donnée.

Lui, c'est Lars Tobiasson-Svartman, capitaine hydrographe de l'armée suédoise.


Au début de la première guerre mondiale la Suède, pays neutre, reste sur le qui-vive. Cette guerre, pleine d'incertitudes, on la sent au loin. Des cannonades, des éclairs dans la nuit, des navires croisant au large des côtes, et la peur des mines dérivantes.

Dans ce contexte le capitaine Lars Tobiasson-Svartman a pour mission de sonder les fonds marins des détroits, passes et autres chenaux aux alentours du phare de Sandsänka. À la recherche d'une nouvelle voie navigeable secrète, plus rapide et adaptée à des bateaux de toujours plus grands tirants d'eau.

Noces de sang à Bucarest, Rémi Boyer

, le Mardi, 06 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Noces de sang à Bucarest, Les Editions de l’œil du Sphinx (coll. Les Insomniaques d’Innsmouth) 317 p. 20 € . Ecrivain(s): Rémi Boyer


Un roman qui s’apprécie selon plusieurs niveaux de lecture, qui connote plusieurs genres, complémentaires et à la fois hiérarchisés.

Le cinéma, dans les découpages scénaristiques de l’écriture, dans des scènes qui pourraient être autant de plans et cadrages, dans certains personnages, en particulier féminins, qui ne sont pas sans rappeler Kill Bill et autres héroïnes tarantinesques.

La littérature populaire, avec d’incessants rebondissements, un suspense remis d’une page l’autre comme dans un feuilleton, un sens aigu de l’ellipse. Littérature populaire qui se décline en autant de sous-catégories, scientifique merveilleux, espionnage, aventures… On pense à Gustave Le Rouge, Maurice Renard, le Capitaine Danrit…

La littérature gothique et le thème du vampire. Mais thème remanié dans une Roumanie post-Ceausescu, où passent encore les malfaisances de la Securitate, où les messes rouges et le sang, serait-ils toujours  associés à la quête de l’immortalité, se renouvellent en expériences génétiques, en recherches sur la post-humanité et la surhumanité : s’il en est, un vampirisme technicien et scientifique.

Les champs de Paris, Yann Suty

, le Mardi, 06 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Stock

Les Champs de Paris, janvier 2011, 384 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Yann Suty Edition: Stock


Les Champs de Paris, c’est un bar étrange autour duquel gravitent quatre protagonistes : Freddy, le beau garçon plein d’assurance et de fric, pour qui seules comptent les apparences, Anna, sa sublime petite amie qui s’ennuie à mourir, Cortès, le meilleur ami de Freddy, désespérément amoureux d’Anna, et Vanessa, la sœur de Cortès, qui a trouvé un refuge salutaire dans le bodybuilding.

Leurs points de vue s’entremêlent avec pour décor un Paris où la météo s’est totalement, définitivement déréglée.

Et, dans ce deuxième roman, Yann Suty ose même se mettre en scène.

Le rythme haletant, la force qui pousse à lire encore juste quelques pages, le suspense, les personnages plus vrais que nature, bien loin des clichés que l’on envisage de prime abord, les univers construits en quelques lignes seulement, des univers forts, marquants, qui restent, des images impressionnantes [qui font impression], un roman difficile, sans doute, à oublier, et que l’on a, de toute façon, pas envie d’oublier.