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Poésie

Visage vive, Matthieu Gosztola

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 01 Août 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Visage vive, Gros Textes, 2011, 7 € . Ecrivain(s): Matthieu Gosztola

Quand les mots s’affolent, quand ils épuisent leur sens et se mettent à nu, ils ne peuvent plus servir qu’à dire l’indicible, tout ce qui appartient, en l’occurrence, aux choses essentielles comme l’amour. On quitte le domaine traditionnel, et l’on tombe dans le monde de l’instable ou de l’inattendu, le monde musical, par exemple, où le sens des notes n’est défini que par l’usage qu’on en fait. A moins que visage ne signifie douleur, comme dans Mater Dolorosa, on s’interroge sur la juxtaposition ahurissante, dissonante pour ainsi dire, de ces mots Visage vive, servant de titre au recueil de poèmes de Matthieu Gosztola.

Mais visage a pris un autre sens, un sens caché, il s’habille de douleur et devient féminin. « On est près de la douleur qui blesse/Vive/ Visage vive ». Visage est douleur.

Ce recueil parle de la mort d’un enfant, dans un vrai « affolement des mots des mots très caractériels ». Dans le souvenir « tout est déjà dans le visage. Il est ce qui fait toute une histoire ». Et le poète s’adresse très tendrement à l’enfant défunt : « Tu as la nuit dans les yeux/ Plus que ce que tu pourrais/ Imaginer/ Le visage est notre folie ».

Le livre tout entier est en fait un long poème sur un impossible deuil. A chaque page il n’est qu’évocation de l’enfant, « retourné à sa réception d’étoile ».

Promesse achevée à bras nus, Eric Barbier

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 16 Juillet 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Promesse achevée à bras nus, Editions Rafael de Surtis, Collection Pour une Terre interdite, 2011, 56 p. (tirage limité et numéroté), 15 € . Ecrivain(s): Eric Barbier

« Écrire, effraction dans la voix de l’autre »

 

La poésie d’Eric barbier puise à une source limpide comme celles des montagnes qu’il affectionne. Dans ce recueil, il se livre à un questionnement qui n’attend pas de réponse. Le poète semble même s’être délivré du besoin de réponse, pour être simplement le témoin d’une nature où se concentre l’essentiel de l’Homme.

 

« De quoi témoigner ?

l’esprit se déposant en limon

sur la croyance de l’automne

croit ensemencer ce qui n’attend rien »

Tryptique du veilleur, Louis Raoul

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 10 Juillet 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Cardère éditions

Triptyque du veilleur, Louis Raoul, Cardère, 2012, 58 pages, 12 € . Ecrivain(s): Louis Raoul Edition: Cardère éditions

 

Parce que la vie nous pousse de l’avant tout en nous dépouillant, vient ce temps où il nous faut prendre de la hauteur, de cette nécessité-là peut-être est né Triptyque du veilleur. Une tour, une barque et une archère. Non pas un, mais une, selon le choix de l’auteur. Une archère, qui est aussi la flèche envolée, et la cible invisible de l’au-delà.

Il y a donc une tour dans la première partie, intitulée L’approche de la hauteur. Une tour de pierre, de chair et de vent.

 

« Prisonnier et gardien

Tu n’habites pas la tour

Tu es ses assauts et sa défense

Le poème qui la fonde ».

Visage vive, Matthieu Gosztola

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 09 Juillet 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Publications de nos contributeurs

Visage vive, Ed.Gros Textes, photographies de l’auteur, 2011, 96 p. 7 € . Ecrivain(s): Matthieu Gosztola

Visage vive n’est pas de lecture aisée, car derrière une langue qui semble s’égarer, s’éteindre avant de se rallumer à nouveau, un peu comme des soubresauts, il y a cette tentative de dire l’indicible.

 

Il faisait un froid terrible

Dans le visage

De cet enfant là

 

Il n’y a pas de mots assez vastes, assez puissants pour contenir la douleur, sans doute la plus insupportable, de la perte d’un enfant. Aussi, par petites touches, ce texte se remémore, parle à l’enfant qui n’est plus, lui imagine même un futur, le tout accompagné de très belles photos de l’auteur, prises en Inde, pays de grande intensité spirituelle. Des photos dont toute la lumière et les vives couleurs aident peut-être à transcender la souffrance. Visage vive est un livre tendu comme une main au-dessus du vide et qui s’adresse aussi à tous ces autres « parents-funambules », qui subissent cette épreuve.

Comme un morceau de nuit, Déborah Heissler

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 15 Juin 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Cheyne Editeur

Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, 2010, 57 p. 15 € . Ecrivain(s): Déborah Heissler Edition: Cheyne Editeur

 

Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe s’ouvre en silence et se clôt en Et déjà la nuit.

En quatre stances libres : entrevoir, silence, image fixe, scène de nuit.

Déborah Heissler promène les sens, tous les sens, aux frontières conjonctives de l’orient et de l’occident, éloge de l’ombre lumineuse, de la nuit claire, sans oxymore, à l’orée de l’être, là où les sons et les sens se rencontrent, inouïs, en une présence qui sort du texte.

Le poète ne capte rien, ne combine rien, il laisse être l’être.

Elle (le poète) dit le dit, pas son fait, le simple dit dans sa nudité vraie, sans fard ; elle dévoile ses choses et ses choses parlent. Des choses à la Ponge : abricotiers, papillons, herbe, forêts, nuages, pommiers, églantier, guêpes, fruits sauvages, vigne vierge, écorce, mousse, lichen, tilleul…

Et ses mots sont autant d’images, et les stances autant d’estampes : montagnes bleues, eau vivante, ciel gris, air frais…

Nous y sommes.