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Poésie

Chants populaires, Philippe Beck

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Flammarion

Chants populaires, 2007, 18 euros. . Ecrivain(s): Philippe Beck Edition: Flammarion

La poésie contemporaine, hum, vous avez dit poésie contemporaine ? Quoi ? Vous lisez ça ? Mais on ne comprend rien ! Et il n’y a peut-être même rien à comprendre !! La poésie contemporaine, c’est toujours très éloigné de la vie, de la langue telle qu’on la parle, telle qu’on la veut, telle qu’elle nous séduit, de la langue telle qu’on pouvait la déchiffrer, la savourer quand on était enfant. De la langue des contes. Vous vous souvenez de l’enfance ? On était là, avec les contes, on vivait dedans. Eh bien, la poésie, c’est exactement l’inverse. On ne peut pas vivre dedans, c’est un objet curieux, que l’on prend avec des pincettes, que l’on regarde de loin.

Bon. Reprenons. Et si la poésie contemporaine, c’était exactement l’inverse ? Si la poésie contemporaine pouvait au contraire revivifier le conte de l’intérieur ? L’enfance d’une part (comme c’est le cas également chez Ariane Dreyfus ou chez Jean Daive dans son très beau dernier livre Onde générale, notamment dans la section : « Noël des maisons qui n’ont plus d’enfants ») et d’autre part la parole impersonnelle : celle des contes de Grimm précisément. Il faut ouvrir et lire pour s’en convaincre Chants populaires de Philippe Beck. Ce merveilleux livre. Merveilleux, merveilleux, merveilleux. « Les Chants populaires dessèchent des contes, relativement. Ou les humidifient à nouveau », comme l’écrit l’auteur dans son avant-propos.

Carnet du soleil, Christian Bobin

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Carnet du soleil, Lettres Vives, 2011, 64 p. . Ecrivain(s): Christian Bobin

Alors que Christian Bobin vient de faire paraître Un assassin blanc comme neige chez Gallimard, il est plus que jamais nécessaire de se replonger dans son précédent ouvrage, Carnet du soleil, paru chez un petit éditeur : Lettres Vives.

Avec sa délicatesse, sa ferveur et sa mélodie habituelles et uniques, affinées dans le sens d’une épure livre après livre, Bobin compose une musique de mots pour non pas dire quelque chose de la grâce, mais nous la donner à ressentir. La grâce qui est une grâce de tous les jours et de tous les temps. La grâce que l’on peut expérimenter au plus intime et qui nous est donnée à vivre à chaque inflexion que fait la vie sur le ruisseau du temps, faisant des ricochets qui ont valeur de monde.

La grâce qu’il y a à être nu et sans paroles dans la vie, sans paroles pour pouvoir exprimer cette vie qui nous excède de toutes parts et que l’on ne peut que vivre, que l’on ne peut qu’être.

Et Bobin cherche à dire justement ce qui est sans mots pour être dit, mais sans retirer son caractère ineffable – son silence – à la chose dite, pour qu’elle soit encore vivante dans le langage. Voilà pourquoi son langage aphoristique confine au langage des enfants et des saints. Voilà pourquoi il se tient dans l’entre-deux entre les mots les plus simples que l’on hasarde sur le versant de la mort et le silence heureux de l’enfant qui sait être bientôt face à une surprise.

Il fut un temps ... l'ailleurs, Damien Corbet

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cardère éditions

Il fut un temps… l’ailleurs, Cardère Ed. 2011, 80 p. 15 €. . Ecrivain(s): Damien Corbet Edition: Cardère éditions

Alors il y a quelque chose qui m’a intriguée dès les premières pages du livre, c’est l’âge de l’auteur. Né en 1991, est-il indiqué en quatrième de couverture, soit à peine 20 ans et cette écriture pourtant dénonce un vécu de plusieurs vies déjà, quelque chose qui tiendrait du juif errant imbibé de beatnik ! Etrange recueil oui, qui nous entraîne en divers lieux dans un défilé chronologique, d’abord comme à travers le prisme d’anciens clichés que l’auteur aurait retrouvés dans une vieille malle voyageuse ou quelques tableaux dénichés chez un antiquaire… Cela commence à « Rio de Gens’héros », le 1er janvier 1750 :

Sur les tambours pulpeux du visage des hommes, les femmes lançaient l’envie d’un mouvement de bassin. Il y avait des jeunes à qui l’on conte l’amour comme le plus beau des sacres, qui couraient dans les rues, le cœur au bout d’une canne à pêche.

Un hareng dieppois à Fécamp, Marc Kober

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Un hreng dieppois à Fécamp. Gravures Olivier O Olivier. Rougier V éditions. 13 € . Ecrivain(s): Marc Kober

Trop discret, K sort son hareng et ne harangue pas la foule.
Huysmans, 1429, Grotius, Coquille Saint-Jacques, Mongolie, Ziggourat, Goélands, Olisbos, Vulcain, Charles Cros... Il ne manque que Poisson Soluble au post surréaliste Kober.
On goûtera quelques images, elles tracasseront les mémoires :
le sang blanc de l'écume
l'avarice de la mer
les amours sont pierreuses, les récoltes bénévoles...

Les récoltes bénévoles. Bravo. C'est dont nous manquons, et K nous les offre.
Les lecteurs chanceux savoureront le fumet des mots ciselés et les réfractaires au hareng pomme à l'huile des bistrots au petit déjeuner des travailleurs risquent de modifier leur vieux palais adolescent, et donc augmenter un peu l'intensité de leur vie.

RILKE : seconde élégie de Duino

Ecrit par Gabrielle Althen , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Poésie, Les Dossiers, Etudes, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Langue allemande

Etude : seconde élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Tout ange est effroyable. Pourtant – Malheur à moi ! –

je vous invoque, oiseaux de l’âme presque mortels,

sachant bien qui vous êtes. Qu’il est loin le temps de Tobie,

où l’un des plus radieux se tenait à la porte

un peu déguisé pour le voyage, cessant déjà d’être effrayant

(Simple jeune homme pour le jeune homme qui, avec curiosité, le regardait).


Tout Ange est effroyable : la proposition si puissante est cette fois reprise depuis le tout début de la seconde Elégie. Le même contexte semble l’accompagner : mêmes mots, même image, même effroi, même appel à l’Ange, en somme même matériel mythologique. Alors, est-ce répétition ? Répétition rythmique semblable au refrain d’un chant ? Sans doute. Mais un grand poème ne peut se suffire de la prééminence de la forme, si marquante soit-elle. Il y faut quelque grande vision et celle qui est à l’œuvre ici, plus que grande, est grandiose.