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Poésie

N'oublie pas les oiseaux..., Marguerite Clerbout

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

N’oublie pas les oiseaux…, illustrations Marthe Ansiaux, Ayeneux, Tétras lyre, 1992 . Ecrivain(s): Marguerite Clerbout

Marguerite Clerbout est une auteure singulière. Rencontrer ses textes est comme vivre une résonance de la lumière. La vivre comme on vit une rencontre qui marque, qui ne finira pas de se répercuter, comme les souvenirs font des ronds éblouis dans l’eau de nos pensées – nos pensées comme un fil tendu dans « nous ».

Un fil sur lequel se pose doucement la poésie de Marguerite Clerbout, papillon de mots, de pensées et de silences.

L’auteure porte sa poésie dans la page, dans le silence, dans la vie ; elle la pose comme un trait d’union sur une page déchirée par un enfant, déchirée d’un grand cahier pour que puisse s’y voir un soleil dessiné par lui, par ses mains, par ses rêves, avec son empressement, soleil – chauffant de ses rayons le squelette juste esquissé d’une maison – dessiné avec des crayons de couleur qui ont l’arc-en-ciel qu’ils font une fois mis ensemble, toutes les couleurs d’une vie commençante, avec toutes les courbes en elle de ce qui est infini, et se sait tel.

Comme un trait d’union ? Un trait d’union entre l’étoile et l’oiseau, qui sont une même réalité. La poésie de l’auteure dans son mystère l’indique. Un trait d’union qui est un point. Un point comme un soleil.

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 29 Mars 2012. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, L’intégrale des haïkus, Edition bilingue par Makoto Kemmoku & Dominique Chipot. mars 2012, 480 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Quel bel objet déjà ! Un écrin à la hauteur du contenu, la couverture est  d’un vert qui fait aussitôt penser au jade, ce même vert se retrouve à l’intérieur pour le texte en version japonaise. Ce livre, dédié aux victimes  et sinistrés du grand tremblement de terre du Tōhoku, région que Bashō a visité lors de ses voyages, s’ouvre sur une note concernant la traduction. Elle commence ainsi, ce qui résume bien le propos : Traduire c’est trahir, et expose les difficultés auxquelles ont été confrontés les traducteurs et donc leurs partis-pris.

Ensuite, une introduction aborde en un tour rapide mais instructif l’histoire de la poésie japonaise, suivie d’une biographie détaillée de Bashō, illustrée par quelques haïkus. Indispensable pour la compréhension de son œuvre. Nous entrons alors dans la chair même de l’ouvrage : l’intégrale des haïkus du maître en la matière, souvent précédés par des avant-propos de Bashō lui-même, classés par ordre chronologique.

Le premier est daté de 1663 :

Le silence des chiens, Jacques Ancet

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 07 Mars 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, publie.net

Le silence des chiens. Février 2012. 186 p. 2,99 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net


"Pourquoi rééditer aujourd’hui ce livre vieux de plus de vingt-cinq ans ? Sans doute parce qu’après toutes ces années, sous les horreurs qui le traversent et qui n’ont jamais été d’une actualité aussi brûlante, j’y retrouve toujours la même énergie de vie. Une énergie qui, malgré tant d’obstacles et de raisons de désespérer, ne cesse de s’affirmer contre la mort. C’est là que je verrais le sens de cette activité chaque jour plus invisible qu’on appelle littérature : être une force qui vous saisit, en deçà de toute figuration ou représentation – terrain sur lequel cinéma et nouveaux arts de l’image l’ont depuis longtemps supplantée –, en deçà de tout discours constitué et autres messages à faire passer ; une force qui vous jette dans cette « obscurité sans voix où les mots sont des actions » (Faulkner) où un corps, et toute sa charge biologique, historique, sociale, rencontre un autre corps, le touche dans le présent de son passage dont chaque texte ou chaque livre est la trace recommencée. Autrement dit, et simplement, profondément, être la vie du langage et le langage de la vie. Telle serait, pour moi, la leçon toujours vivante de ces pages de ténèbres et de mort."

La voix et l'ombre, Richard Millet

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard

La voix et l’ombre, Gallimard, Collection L’un et l’autre, 210 p. 21 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Gallimard

Un nouveau livre de Richard Millet est toujours une découverte dont les attentes ne sont pas déçues. La voix et l’ombre fait partie de ces livres qui nous retiennent tant on y palpe l’engagement physique de l’auteur. Chaque mot a sa place dans une rhétorique au service de ce que les mots sont pourtant incapables de signifier. Quoi de plus singulier que de vouloir, par le truchement d’une galerie de portraits, rendre compte des liens que la voix et l’ombre entretiennent dans le corps. Il faut avoir fouillé les arcanes de nos chairs pour effectuer ce voyage incantatoire dans les zones de la voix et de l’ombre. Richard Millet nous soumet que notre sujétion au réel ne peut nous conduire à la conscience à laquelle il nous convie. L’effort indispensable pour concrétiser par le verbe ce qui nous échappe mais dont nous avons confusément conscience est inscrit dans cette écriture qui utilise des figures de style comme l’oxymore, des paradoxes, des ambiguïtés, des contradictions pour rendre compte, à force de mots qui sont autant d’outils, de l’impossibilité même d’écrire.

« La voix et l’ombre (…), l’une et l’autre accouplées (…) dans une lutte, une torsion où elles se confondent quelquefois ». Ainsi l’auteur prévient-il d’emblée de sa vision qui ne souffre aucun confort. Il ajoute « nous sommes des ombres bruyantes » et les portraits qui suivront seront revêtus de cette double enveloppe qui parfois se déchire.

L'air de ton nom et autres poèmes (1986-2011), Jean-Dominique Humbert

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 17 Février 2012. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Campiche

L'air de ton nom et autres poèmes (1986-2011). Ed. Campiche (Campoche). 200 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Jean-Dominique Humbert Edition: Campiche


« L’Air de ton nom et autres poèmes », un recueil qui invite au ressourcement. Jean-Dominique Humbert saisit les mots. Délicatement, comme l’aile d’un papillon. Avec légèreté. Avec respect. Avec amour. L’image, peu à peu, se révèle. Les idées se colorisent. Le tableau prend forme. L’espace se remplit. Imperceptiblement. Dans toutes ses dimensions. Impression de plénitude. Jean-Dominique Humbert cisèle les mots, à l’image d’un artisan.


Selon Jean Roudaut, sa poésie est « celle du mieux perçu » et comporte « ce sens de la lenteur énergique et discrète ». Parcourir ce recueil, c’est aussi prendre la liberté de savourer un voyage teinté de subtilité et parfumé de volutes sensuelles. Une âme semble se promener au milieu de ses poèmes. Discrètement. En filigrane. Et pourtant omniprésente. Celle de feu son père ? Un indice peut-être… Ce père qui aimait lire dans le « pavillon Flaubert » de son chalet, lieu également où le fils, poète, aime se recueillir.