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Poésie

Je voudrais tant que tu te souviennes, anthologie poétique

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Je voudrais tant que tu te souviennes (Poèmes mis en chanson de Rutebeuf à Boris Vian) Anthologie, Poésie/Gallimard, 272 p. 6,90 euros Edition: Gallimard

 

Ce choix de poèmes éclairant constitue un double bel hommage. A ces poètes, dont les textes ont été choisis pour leur musicalité, leur potentiel mélodique, leurs rimes que l’on veut entendre dites à haute voix ; aux chanteurs, qui peuvent justement s’enorgueillir du choix de poèmes parmi les plus beaux textes de la langue française. On note particulièrement, au fil des pages et de la découverte des œuvres d’auteurs célèbres et moins connus, le choix de poèmes impressionnant de Georges Brassens : puiser chez Villon, Hugo, Richepin, Fort, Aragon, Musset, Corneille, Du Bellay, Banville, Verlaine, Jammes, Pol, Mac Orlan… la matière de certaines de ses plus belles chansons force l’admiration, tant le goût est sûr.

La lecture de la sélection de l’éditrice Sophie Nauleau fait se rappeler que nos chanteurs, s’ils ont copieusement emprunté, ont souvent modifié, réécrit, adapté les poèmes. C’est parfois pour des raisons de longueur, mais cela relève également souvent d’une volonté de personnalisation, d’appropriation des textes. Pour cela les textes des chansons auraient pu être plus systématiquement donnés en regard des poèmes, cela n’aurait pas été compliqué lorsque ce n’est qu’un vers ou quelques mots qui changent.

Enlacement(s), Raharimanana

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Récits, Vents d'ailleurs

Enlacement(s), 3 ouvrages de 64 pages chacun, novembre 2012, 29,90 € . Ecrivain(s): Raharimanana Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un objet inhabituel. Trois ouvrages distincts en un coffret, trois textes qui mélangent les genres, qui sont à la fois récits, poèmes, chants. Le titre Enlacement(s) dit bien l’intention de l’auteur qui est de tisser les mots sans le souci d’être contenu dans un genre donné afin d’exprimer le mieux possible un état d’âme précis : la fatigue. Le mot et le sentiment reviennent régulièrement dans chacun des textes.

« J’ai encore plusieurs de ces histoires, mais cela me fatigue d’y penser… » (« Des ruines »).

Quelles histoires ? Celles des « ruines » qui le constituent et d’où il écrit : esclavage, colonisation, oppressions, génocides… Raharimanana, né en 1967, a l’insigne (et lourd) privilège d’être le prosateur qui dote son pays – Madagascar – d’une œuvre littéraire très nourrie par la conscience de l’Histoire. Ses romans, nouvelles et récits explorent les limites de l’écriture et des genres littéraires, recourent à des images et des documents d’archives afin de restituer à la conscience des siens (et des autres) toutes leurs ruines amères donc.

De l'érotisme, Robert Desnos

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 16 Avril 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard

De l’érotisme, et Voici l’amour du fin fond des ténèbres, Annie Le Brun, février 2013, 116 p. 6,90 € . Ecrivain(s): Robert Desnos Edition: Gallimard

Gallimard propose sous la couverture de la collection « L’imaginaire » la réunion d’un texte de Desnos paru dans le recueil Nouvelles Hébrides et autres textes (1922-1933) édité chez Gallimard par Marie-Claire Dumas (dont les notes sont reprises ici), et de l’article publié par Annie Le Brun en 2011 dans le n°3 de la revue L’Étoile de mer (nouvelle série), cahiers de l’Association des Amis de Robert Desnos.

Le texte de Desnos, écrit à la demande du mécène Jacques Doucet en 1923, constitue une brève histoire de la littérature érotique de l’Antiquité à Guillaume Apollinaire. Cette histoire est partielle, et forcément partiale, puisque, comme l’explique Desnos dans un chapitre préliminaire, « l’érotique est une science individuelle ». La place laissée à Sade n’est cependant guère contestable, et Desnos bâtit entièrement son texte autour de son œuvre. Elle est en effet à ses yeux un ferment essentiel de l’esprit moderne, et cela bien au-delà du seul érotisme. Desnos distingue ensuite l’œuvre de Sacher-Masoch, le masochisme étant « la seule forme d’amour qui se soit développée depuis Sade ». S’il salue chez Apollinaire « le rôle essentiellement moderne du fouet », le lecteur ne peut s’empêcher d’évoquer la grande scène de flagellation du pensionnat d’Humming-Bird, dans La liberté ou l’amour !qui cristallise soudainement un fantasme érotique que Desnos place au cœur des « mystérieuses arcanes de [s]on érotique imagination » (La liberté ou l’amour, ch. X « Le pensionnat d’Humming-Bird Garden »).

Solitude des seuils, Angèle Paoli

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 04 Avril 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Solitude des seuils, liminaire de Jean-Louis Giovannoni, Colonna Edition, collection Poésie, 2012, 69 pages, 9 € . Ecrivain(s): Angèle Paoli

Lisant Solitude des seuils, l’on est tout de suite happé par une poésie d’une grand beauté.

Écoutons :

 

« Bleu violine la mer

miroir de lumière

ou peut-être de pluie

 

mirage des mots nus

 

– mousses odorantes

émaillées de douceur –

Peste soit de l'horoscope et autres poèmes, Samuel Beckett

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 30 Mars 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Les éditions de Minuit

Peste soit de l’horoscope et autres poèmes, traduit de l’anglais et présenté par Édith Fournier, novembre 2012, 44 p. 7,50 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Les éditions de Minuit

 

 

Cette mince plaquette donne à lire des poèmes de Beckett écrits entre 1930 et 1976 et restés inédits en français.

L’intérêt de cet ensemble, outre le caractère inédit des textes, tient à l’aperçu (saisissant) qu’il donne de l’évolution stylistique considérable qu’a suivie (ou subie) Beckett entre ces deux pôles temporels.

En effet, le Beckett des années trente s’illustre dans un style baroque, quelque peu excentrique, qui donne à voir et à penser une culture protéiforme dont le sérieux est constamment contrebalancé par un sentiment d’exubérance vrillé au corps du poète. Il n’est pas avéré que le baroque de cette écriture soit la résultante de la fréquentation que fait Beckett, à cette époque, des dadaïstes et des surréalistes.