Identification

Poésie

Le Ciel identique, Stéphane Blok

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 20 Juin 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Campiche

Le Ciel identique, mars 2014, 125 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphane Blok Edition: Campiche

 

« C’est étrange de ne pas penser à ce que l’on fait ».

Tous les jours sont différents. Et pourtant. Tous les jours, on a des gestes, une façon de vivre, que l’on enregistre, que l’on ne pense plus et que l’on produit machinalement ou reproduit mécaniquement :

« Je ne pense en fait pas (ou très rarement) aux actions que j’effectue. Est-ce que cela change quelque chose de penser ou non aux actions que j’effectue ? (…) A tel point que je doute de me rendre réellement compte de la présence des autres autour de moi quand nous sommes à plusieurs. (…) Je ne vois pas vraiment ce que je vois, ni n’entends ce que j’entends. (…) … mû par mes plus anciens instincts – attention la voiture, la plaque est brûlante, la fille est désirable ».

Toutes ces petites choses, cumulées les unes aux autres, font de nous des « automates ». L’être humain vit sous un « ciel identique » : chacun d’entre nous se brosse les dents, remplit ses poubelles, éteint les plaques, allume son ordinateur, vérifie mille trucs avant de quitter son appartement, surtout avant un départ ou un voyage. Tics et tocs : « Ne surtout pas oublier la poubelle, le chargeur, le cash, les clefs, les cartes de crédit, le passeport ».

Juste après la pluie, Thomas Vinau

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 12 Juin 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Alma Editeur

Juste après la pluie, janvier 2014, 281 pages, 17 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Alma Editeur

 

Comme il l’écrit lui-même dans sa postface intitulée Lignes de fuite : « Ma poésie n’est pas grand-chose, elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. J’ai pensé à ce projet plus conséquent. Un gros livre de petits poèmes ». Pari osé, ce roman-poésie, car on sait bien, l’offre en poésie dépasse de loin la demande, beaucoup en écrivent, peu en lisent ; « je travaille beaucoup à la simplicité » nous dit Thomas Vinau, or rien n’est plus difficile à atteindre que la simplicité, cependant chacun pourra très certainement puiser dans ce « gâteau de miettes » quelque chose à son goût.

D’ailleurs, poésie du quotidien peut-être, mais comme le souligne l’air de rien l’intitulé de la postface, il semble qu’écrire de la poésie soit justement pour Thomas Vinau une façon d’échapper au quotidien, ou tout au moins de le rendre parfois plus respirable, plus supportable. C’était peut-être moins évident dans des recueils plus anciens, mais ici on peut distinguer plus nettement des fêlures, des fragilités, dans les constructions qui protègent un quotidien, qui est surtout celui de l’intimité, de soi, du couple, de la famille, comme à opposer à un monde devenu bien trop fou, bien trop agressif pour qui a la sensibilité à fleur de peau.

Prends-moi, Michel Deville

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Cherche-Midi

Prends-moi, 5 juin 2014, 134 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Michel Deville Edition: Le Cherche-Midi

 

Scénariste, producteur et dialoguiste, metteur en scène, Michel Deville écrit des poèmes depuis l’âge de 9 ans par goût, règle du jeu, une histoire du Je :

COMME L’ATTENTE DES DERNIERS JOURS !

D’une vie en filigrane, une Femme assoupie sur un lit ou L’indolente de Pierre Bonnard (1899), à Une élégante parvenue à tirer la couverture à elle.

L’auteur est tour-à-tour photographe, réalisateur de trente films.

Il se considère comme un bidouilleur d’images, de mots – pas un poète !

Le titre de son ouvrage Poézies (Collection Points fixes au Cherche-Midi éditeur) en 1990 en est d’ailleurs le postulat de départ.

Poursuivant son chemin réflexif sur le rôle de la poésie, de l’existence, l’auteur se « livre » dans son ouvrage Les Haïkus du loup hilare, aux éditions Atelier des champs, à « L’illustration des images ».

Rester debout au milieu du trottoir, Murièle Modély

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 20 Mai 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Rester debout au milieu du trottoir, Ed. Contre-Ciel, mars 2014, photographies de Bruno Legeai, 78 pages, 12 € . Ecrivain(s): Murièle Modély

 

Rester debout au milieu du trottoir ou en tout cas comme planté devant la porte derrière laquelle se déroule ce recueil. On le lit comme on regarderait à travers un œilleton, captant des images, mais surtout des odeurs et des sons. L’imagination galope, mais ce qui se passe réellement reste hors d’atteinte. Des images de Lui et d’Elle, l’homme et la femme et parfois la fille. C’est d’ailleurs peut-être à travers le regard de celle-ci que nous avons accès à une dimension où tous les temps sont ramassés en un seul, celui « Des faux souvenirs, des vrais cauchemars ».

Un recueil comme une multitude de mini-scènes de théâtre à huis-clos, sans public, étouffant. Pas de mise en scène, juste du brut de vie, qui arrache le gosier si on le boit trop vite. Il se dégage de l’ensemble une profonde sensation de malaise, mais toujours chez Murièle Modély cette écriture organique, à la fois subtile et racleuse de fond, dérangeante parfois à la limite de la nausée. C’est comme si au lieu de la lire, on l’avalait, page après page comme

Le Départ, Ernst Stadler

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 15 Mai 2014. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Arfuyen

Le Départ, trad. de l’allemand par Philippe Abry avril 2014, 230 pages, 14 € . Ecrivain(s): Ernst Stadler Edition: Arfuyen

 

Ernst Stadler ou Le Poème mystique

Je sais que le mot mystique est parfois employé à tort, mais s’agissant des poèmes d’Ernst Stadler, je n’ai que cette épithète pour clarifier un peu mon sentiment. D’ailleurs, je précise qu’au moment où je rédige ces notes, je n’ai lu que Le Départ que publient les éditions Arfuyen en bilingue, dans la toujours très belle collection Neige, traduction que l’on doit à Philippe Abry. Le poète alsacien qui écrit ici en allemand a eu une courte existence et a disparu sur le champ de bataille en 1914. Ce sont les seules informations biographiques que j’ai pris en compte dans l’appareil critique qui accompagne ce beau livre, parce qu’il me semblait que le caractère éphémère de l’existence du poète pouvait donner un sens au lyrisme de son écriture.

Pour finir, on reste très vite saisi par la première section du livre qui s’appelle La fuite, série de poèmes sombres et pessimistes, variations sur la douleur et le drame intérieur du poète, la mort, le sexe comme une autre mort et le tout dans une langue un peu expressionniste et colorée. Mais cette violence morbide ne dure pas jusqu’au bout de l’ouvrage, et la dernière section du livre s’intitule LE REPOS, avec un premier poème dont le premier vers est :