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Poésie

Fin du monde, Jakob van Hoddis

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 12 Octobre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Arfuyen

Fin du monde, trad. (Allemand) J.-F. Eynard, septembre 2013 . Ecrivain(s): Jakob van Hoddis Edition: Arfuyen

 

Jakob van Hoddis

Le montage symbolique

 

Comme il faut souvent se garder de l’anecdote pour expliquer en quoi un texte est fort ou touchant, et que cependant on ne peut pas détacher la lecture d’un faisceau de faits, d’autres lectures en cours et tout simplement de la connaissance des arts, je vais essayer de trouver un juste milieu. Le dernier livre de la collection Neige chez Arfuyen est exemplaire à ce sujet car il est le témoignage vif et presque neuf d’un poète peu connu ici, d’expression allemande, et que l’on peut rapporter sans trop d’erreur, à mon sens, au mouvement de l’expressionnisme du début du siècle. Ce livre donc a pris sa compagnie auprès de moi au milieu de la découverte du premier film d’Eisenstein, et de la proximité de cet art majeur du cinéma russe de l’entre-deux guerres, dont je m’expliquerai tout à l’heure.

Requiem, Marie-Josée Desvignes

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 09 Octobre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Cardère éditions

Requiem, avec 12 encres de l’auteur et des photos d’Hélène Desvignes, septembre 2013, 108 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marie-Josée Desvignes Edition: Cardère éditions

 

Requiem comme son nom l’indique est une pièce maîtresse et bouleversante. Il s’agit bien comme son titre l’indique d’un hommage à un défunt, une cérémonie du souvenir, mais aussi une pièce d’un puzzle jusque-là resté inachevé, qui vient donc combler un manque, refermer autant que possible une plaie béante, car le défunt, ici, n’a jamais eu d’existence, il n’a jamais été reconnu parmi les vivants et donc impossible de le compter parmi les morts.

Pas de pleurs, sauf les miens, en silence, toujours – loin des autres, quelque chose de honteux – faut cacher.

Il faut cacher et il faut oublier, lui a-t-on dit, et le silence est tombé comme une chape sur la mère. Cette mère qui ne l’a pas vu elle, seul le père l’a vu, l’enfant. Cet enfant non viable, lourdement handicapé, mort peu de temps après avoir été tiré du ventre, deux mois avant terme. Cet enfant qu’il fallait oublier, ne pas nommer, juste un blanc dans la lignée familiale.

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Stefanu Cesari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Colonna Edition, 2012, 132 pages, 24 € . Ecrivain(s): Stefanu Cesari

 

Stefanu Cesari : une voix majeure de la poésie contemporaine s’affirme.

Avec Le moindre geste / U mìnimu gestu, recueil poétique très dense et abouti articulant sur un format 20x20 cinquante textes, dans leur version corse et française, et vingt-cinq reproductions en couleur et en pleine page d’œuvres picturales recourant à diverses techniques, Stefanu Cesari s’affirme comme une voix majeure de la poésie contemporaine. Invité au festival de poésie de Lodève en juillet dernier, il vient de recevoir le Prix du livre corse 2013 pour ce magnifique et bouleversant ouvrage réalisé en collaboration avec Badia, peintre, pastelliste et  sculptrice.

Ce jeune poète – dont c’est le quatrième recueil publié – pratique une poésie authentique, exigeante, mystérieuse mais non hermétique. Une patiente poésie de l’obscur striée de fulgurances, la clarté, la beauté se révélant dans la fugacité de l’instant. Une parole tendant vers l’absolu dont les brefs mais nombreux éclairs semblent contracter la durée. L’espace sous la surface fournit la « matière noire » dans laquelle le poète trempe sa plume pour éclairer la nuit, attentif à déceler les moindres fissures dans la surface lisse du réel et les suscitant aussi par son écriture, concentré dans l’attente du « miracle » que sont ces manifestations fugitives de l’« improbable » :

Passant l'été, Jean-Baptiste Pedini

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 11 Septembre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Cheyne Editeur

Passant l’été, 2012 (Prix de la vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet), 56 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Pedini Edition: Cheyne Editeur

 

Passant l’été peut faire penser à ces tableaux de front de mer, un peu rétros, avec cette lumière mélancolique d’un été qui semble toujours sur le point de finir. Des tableaux qui, à trop les regarder, finissent par nous rendre tristes sans qu’on sache pourquoi.

Il y a dans ce recueil la nostalgie du souvenir et en même temps son refus.

On ne raconte rien de l’enfance. (…) De ces jours qui nous doublent sur la ligne d’arrivée. (…) On ne raconte rien de cette nostalgie absurde. De ces pelures en vrac qui s’entassent n’importe où. Un peu plus loin, selon le sens du vent.

Il y a une sorte d’amertume vaguement nauséeuse et des points colorés qui jaillissent ci et là, mais toujours comme l’ombre d’un drame qui plane imperceptiblement. « Ce soir les rires roulent sur la plage. On les entend tomber des gorges avant de s’évanouir ». Même la chaleur estivale peut prendre des allures menaçantes. « Le soleil brille. Les rayons traversent la ville comme des rouleaux compresseurs. Ils sont lourds et opaques et quand ils happent les passants on ne voit plus rien après ».

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.