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Poésie

Requiem, Marie-Josée Desvignes

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 09 Octobre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Cardère éditions

Requiem, avec 12 encres de l’auteur et des photos d’Hélène Desvignes, septembre 2013, 108 pages, 14 € . Ecrivain(s): Marie-Josée Desvignes Edition: Cardère éditions

 

Requiem comme son nom l’indique est une pièce maîtresse et bouleversante. Il s’agit bien comme son titre l’indique d’un hommage à un défunt, une cérémonie du souvenir, mais aussi une pièce d’un puzzle jusque-là resté inachevé, qui vient donc combler un manque, refermer autant que possible une plaie béante, car le défunt, ici, n’a jamais eu d’existence, il n’a jamais été reconnu parmi les vivants et donc impossible de le compter parmi les morts.

Pas de pleurs, sauf les miens, en silence, toujours – loin des autres, quelque chose de honteux – faut cacher.

Il faut cacher et il faut oublier, lui a-t-on dit, et le silence est tombé comme une chape sur la mère. Cette mère qui ne l’a pas vu elle, seul le père l’a vu, l’enfant. Cet enfant non viable, lourdement handicapé, mort peu de temps après avoir été tiré du ventre, deux mois avant terme. Cet enfant qu’il fallait oublier, ne pas nommer, juste un blanc dans la lignée familiale.

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Stefanu Cesari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le moindre geste / U mìnimu gestu, Colonna Edition, 2012, 132 pages, 24 € . Ecrivain(s): Stefanu Cesari

 

Stefanu Cesari : une voix majeure de la poésie contemporaine s’affirme.

Avec Le moindre geste / U mìnimu gestu, recueil poétique très dense et abouti articulant sur un format 20x20 cinquante textes, dans leur version corse et française, et vingt-cinq reproductions en couleur et en pleine page d’œuvres picturales recourant à diverses techniques, Stefanu Cesari s’affirme comme une voix majeure de la poésie contemporaine. Invité au festival de poésie de Lodève en juillet dernier, il vient de recevoir le Prix du livre corse 2013 pour ce magnifique et bouleversant ouvrage réalisé en collaboration avec Badia, peintre, pastelliste et  sculptrice.

Ce jeune poète – dont c’est le quatrième recueil publié – pratique une poésie authentique, exigeante, mystérieuse mais non hermétique. Une patiente poésie de l’obscur striée de fulgurances, la clarté, la beauté se révélant dans la fugacité de l’instant. Une parole tendant vers l’absolu dont les brefs mais nombreux éclairs semblent contracter la durée. L’espace sous la surface fournit la « matière noire » dans laquelle le poète trempe sa plume pour éclairer la nuit, attentif à déceler les moindres fissures dans la surface lisse du réel et les suscitant aussi par son écriture, concentré dans l’attente du « miracle » que sont ces manifestations fugitives de l’« improbable » :

Seigneur ermite, L'intégrale des haïkus, Bashô

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Août 2013. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde, Japon

Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, 2012, 475 p. 25 € . Ecrivain(s): Bashô Edition: La Table Ronde

 

Qui est Bashō ? Il n’est sans doute pas inutile de rappeler brièvement quelle fut sa vie : « Fils de samouraï, Bashō (1644-1694) a vécu de son art et pour son art, dans un dénuement choisi. À l’âge de treize ans, il apprend d’un maître du haïku les rudiments du genre, puis fonde à Edo (l’actuelle Tōkyō) l’école de Shōmon. Le Maître partage alors son existence entre de longues pérégrinations qui inspirent son œuvre […] et d’austères séjours dans des ermitages. Il meurt à Ōsaka le 12 octobre 1694 […] ».

Il s’agit bien là d’une intégrale puisque sont publiés en édition bilingue (pour la première fois) les 975 haïkus de Bashō.

En somme, presque mille haltes sont offertes au lecteur, dans le cours souvent parcouru par les courants d’intensités diverses de sa vie quotidienne, qui sont les courants de l’attendu et de l’inattendu mêlés, de la déception et de la surprise heureuse accolées.

J'aime, Nane Beauregard et La Manouba, Solange Mézan

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 11 Juillet 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, P.O.L, Léo Scheer

J’aime, Nane Beauregard, Editions POL, 2006, 93 pages, 9 € La Manouba, Solange Mézan, Editions Léo Scheer, 2011, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Nane Beauregard Edition: P.O.L

 

 

Une psychanalyse sans coulpe.

J’aime de Nane Beauregard est un bloc sans vide, plein d’amour. Dans le bloc, résistant à toute entropie, circule le fluide vital au milieu de deux êtres : l’auteur(e) et son objet-sujet, Un livre, un hymne, un grand poème. Un texte n’est pas choisi par POL ou Léo Scheer par hasard : il lui faut beaucoup de singularité, et de singularités. Original à force d’être banal : la ligne voulue par Beckett n’est pas seulement inscrite en filigrane, elle est ici une force de création et d’expression.

Un bloc et un seul point. Un point, et « ce n’est pas tout », ne clôt rien, il ouvre. Un point final n’a pas de fin, pas de but. A quoi bon faire le point ? Dérèglement de tous les sens ? Time is out of joint : le temps est sorti de ses gonds. Le temps de la vie est un entre-temps. S’y plonger.

La tendresse, Jacques Ancet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, publie.net

La Tendresse, publie.net, collection Temps Réel, janvier 2011, 120 pages, 3,49 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net

 

Voyez le pianiste Nelson Freire, lorsqu’il joue : ses mains à chaque instant font comme – exactement comme – si elles dessinaient, sans tremblement, sans même l’esquisse d’un vacillement, un cercle parfait.

Et Nelson Freire, quand il se met au piano, transforme chaque morceau en une seule phrase musicale, avec ses différents tempi, faisant ressentir à quel point l’ampleur du mouvement (mouvement de vie, mouvement d’eau, mouvement de lumière) donné à la partition par ses mains, et l’extraordinaire précision dans cette ampleur confèrent à chacun des accords confiés à l’ivoire, aux cordes et au bois du piano son identité indivisible. Sa particularité secrète. Qui irradie en nous. Soudain. Cet accord, dans cette irradiation par quoi il paraît totalement, de toute son unicité, se voyant renvoyé au monde duquel il ne peut s’extraire et qui est constitué de la totalité des accords (et du silence, sans quoi rien ne peut se dire, d’une musique qui, pour ne rien vouloir dire, signifie tout, suivant l’adage steinerien). Au monde qui loin de nier sa singularité la façonne de bout en bout.