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Poésie

Vaguedivague, Pablo Neruda

Ecrit par Alhama Garcia , le Jeudi, 04 Juillet 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Gallimard

Vaguedivague, traduit de l’espagnol (Chili) par Guy Suarès, juin 2013, 186 pages . Ecrivain(s): Pablo Neruda Edition: Gallimard

On ne veut dire ici rien d’autre que l’exceptionnelle actualité de cette œuvre relativement peu connue de Pablo Neruda (peut-on dire du Canto General qu’il est connu – combien d’entre nous l’ont lu… en entier ?).

C’est le premier sursaut qui vient après la lecture de Estravagario, Vaguedivague dans la traduction de Guy Soarès, une réédition en format de poche de l’édition de 1971. Soixante années après son écriture… il aurait pu être écrit l’année dernière.

On se place sur le plan de l’écriture poétique. Tout texte questionne à sa mesure et ses propres forces les thèmes abordés : le fil tendu entre sujet et sujet, leurs liens, les enchevêtrements sont la première raison, une des premières, qui nous motive à lire (et (ou) à passer à l’acte d’écriture). Pablo Neruda écrit en je, variant registres et tonalités, mais sur des thèmes presque obsessionnels, en accordant au sujet un rôle capital, d’observateur, de témoin, d’acteur. La manière, l’extension, l’espace dans lesquels les thèmes du fragment d’œuvre qu’est un livre, ici un recueil de poésie, se développent, nous confirment si la tension de l’écriture du sujet par le sujet perdure à travers les décennies ou les continents. Les thématiques finalement assez resserrées assurent à ces divagations une cohérence presque obsessionnelle, entre le je et le texte, précisément, et une pertinence remarquable.

La tendresse, Jacques Ancet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, publie.net

La Tendresse, publie.net, collection Temps Réel, janvier 2011, 120 pages, 3,49 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net

 

Voyez le pianiste Nelson Freire, lorsqu’il joue : ses mains à chaque instant font comme – exactement comme – si elles dessinaient, sans tremblement, sans même l’esquisse d’un vacillement, un cercle parfait.

Et Nelson Freire, quand il se met au piano, transforme chaque morceau en une seule phrase musicale, avec ses différents tempi, faisant ressentir à quel point l’ampleur du mouvement (mouvement de vie, mouvement d’eau, mouvement de lumière) donné à la partition par ses mains, et l’extraordinaire précision dans cette ampleur confèrent à chacun des accords confiés à l’ivoire, aux cordes et au bois du piano son identité indivisible. Sa particularité secrète. Qui irradie en nous. Soudain. Cet accord, dans cette irradiation par quoi il paraît totalement, de toute son unicité, se voyant renvoyé au monde duquel il ne peut s’extraire et qui est constitué de la totalité des accords (et du silence, sans quoi rien ne peut se dire, d’une musique qui, pour ne rien vouloir dire, signifie tout, suivant l’adage steinerien). Au monde qui loin de nier sa singularité la façonne de bout en bout.

La tristesse durera toujours, Yves Charnet

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 20 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Récits, La Table Ronde

La tristesse durera toujours, janvier 2013, 173 pages, 17 € . Ecrivain(s): Yves Charnet Edition: La Table Ronde

 

 

La beauté sera convulsive ou ne sera pas

La fin – magnifique – de Nadja de Breton trouve constamment un écho dans l’œuvre d’Yves Charnet, comme celui-ci le confesse lui-même dans La tristesse durera toujours, écrivant : « Je voudrais juste avoir favorisé la rencontre convulsive des jeunes gens avec la beauté ».

Si à chaque instant la phrase d’Yves Charnet est tendue vers la beauté convulsive, c’est d’abord du fait de sa brièveté.

Par celle-ci, l’auteur parvient à restituer les secousses, les fulgurances de ce qu’il évoque et qui toujours ont à voir avec la façon qu’a l’émotion de tordre des moments de vécu, dans le moment où ils sont vécus, pour qu’ils puissent être véritablement vécus avec le ventre, et avec l’esprit.

La rage entre les dents, Soeuf Elbadawi

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 17 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Vents d'ailleurs

La rage entre les dents, Un dhikri pour nos morts, 2013, 70 pages, 9 € . Ecrivain(s): Soeuf Elbadawi Edition: Vents d'ailleurs

 

Le kwasa kwasa… C’est quoi ça ? C’est une danse africaine très chaloupée.

Les kwasa kwasa, par métonymie, sont ces barques minuscules où embarquent au péril de leur vie chaque année des milliers d’habitants des îles comoriennes d’Anjouan et de Mohéli pour tenter de gagner clandestinement l’île voisine, Mayotte, ô mirage ! demeurée française après l’indépendance de l’archipel.

Le dhikri est la stance cadencée et lancinante qu’adresse à Allah le soufi en transe.

Quand un poète militant mêle en un long chant de révolte les transports que connotent ces trois référents, cela donne La rage entre les dents.

L’auteur, metteur en scène et comédien, exprime en une litanie de versets lyriques et déclamatoires, destinés à être dits sur une scène de théâtre, sa souffrance et celle de son peuple qui vit au quotidien la tragédie des kwasa kwasa sombrant dans l’océan en allant se heurter à cet autre mur de la honte qui le sépare de ses cousins mahorais :

La vie de Marie, Rainer Maria Rilke

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 12 Juin 2013. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Arfuyen

La Vie de Marie, traduit de l’allemand par Claire Lucques, Edition bilingue, 88 pages, 11 € . Ecrivain(s): Rainer Maria Rilke Edition: Arfuyen

 

Cet ouvrage précieux présente en treize tableaux poétiques, disposés chronologiquement, la vie de Marie de sa naissance à sa mort.

Face au texte original en allemand, l’excellente traduction de Claire Lucques, qui réussit à en rendre au mieux l’esprit, la lettre et la force poétique, permet au lecteur non initié à la langue de Goethe d’entrer dans le monde torturé de Rainer Maria Rilke et d’en ressentir toute la puissance lyrique.

Mais l’édition bilingue offre à ceux qui ont la chance de pouvoir lire ces poèmes dans le texte initial, qu’ils soient croyants ou non, la possibilité d’une communion particulièrement intense, voire bouleversante, par-delà les années et au-delà de la mort du poète, avec l’âme de Rilke le mystique.

Dès la première strophe s’annonce le souffle poétique qui a inspiré le poète tout au long de ces treize compositions.